Synthèse des relations France-Québec de 1760 à 1967

Chronologie 1760-1967

1760 à 1850 – La rupture

La corvette La Capricieuse sur le fleuve Saint-Laurent, 1855. Photographe non identifié. Centre d’archives de Québec.

La Conquête du Canada par la Grande-Bretagne marque une véritable rupture entre la colonie française et son ancienne métropole. Bien que les Français et les Canadiens français conservent certains liens de nature privée, le pouvoir politique et économique est désormais détenu par une nation dont les vaincus ne partagent ni la langue, ni la religion, ni les structures sociales.

La Révolution française accentue cette coupure, en faisant disparaître la France catholique et royaliste à laquelle les Canadiens français sont toujours attachés. La cassure devient d’autant plus inévitable que la Grande-Bretagne et la France s’affrontent dans une guerre quasi continuelle entre 1793 et 1815.

Le retour à la paix permet de timides retrouvailles dont témoignent surtout les séjours, à titre personnel, de Français au Bas-Canada et de Canadiens français dans leur ancienne mère patrie. Alexis de Tocqueville et Louis-Joseph Papineau figurent parmi les plus connus de ces voyageurs. Qu’il s’agisse de visites touristiques ou familiales, de travaux scientifiques, de voyages d’études ou culturels, d’implantations commerciales, d’exils politiques ou religieux, ces initiatives individuelles préparent les relations plus officielles de la seconde moitié du XIXe siècle.

1850 à 1914 – La grande ouverture

En 1849, l’abrogation des Navigation Acts, qui met fin au protectionnisme économique de la Grande-Bretagne, ouvre la voie à une relance du commerce entre le Canada et la France. En outre, dès 1854, la reine Victoria et Napoléon III s’allient dans la guerre de Crimée, marquant les débuts de la réconciliation entre leurs deux pays. L’arrivée du navire français La Capricieuse en mission commerciale sur les bords du Saint-Laurent symbolisera ce rapprochement.

Le contexte d’ouverture politique et économique favorise, dans les décennies suivantes, la mise sur pied de nouvelles structures de coopération entre la France et le Québec. Sur le plan diplomatique, l’inauguration d’un consulat français à Québec, en 1858, et la nomination d’un agent général du Québec à Paris, en 1882, officialisent les relations. C’est aussi le début des rencontres officielles entre premiers ministres français et québécois. De plus, la création d’institutions financières et commerciales franco-canadiennes soutient les premières initiatives économiques conjointes.

Quelques sociétés de colonisation tentent une « reconquête » française du Canada par l’immigration, avec assez peu de succès. Par contre, les Français qui s’installent au Québec bâtissent de véritables réseaux d’entraide pour encadrer leur nouvelle existence.

La tentative d’institutionnalisation des relations franco-québécoises, dans les années 1880 surtout, semble évidente. Si les Français redécouvrent avec curiosité leurs « cousins canadiens », certains rêvant même de voir revivre l’influence française en terre d’Amérique, les motivations des Canadiens français, elles, sont ancrées dans une plus grande nécessité : trouver des alliés naturels pour préserver et développer leur culture française et catholique sur un continent anglo-protestant. La plupart d’entre eux se sentent cependant plus d’affinités avec la France conservatrice et religieuse en déclin qu’avec la jeune France républicaine et laïque.

Les efforts consentis de part et d’autre donnent des résultats mitigés. La France souhaite avant tout conserver de bons rapports avec la Grande-Bretagne et limite les véritables engagements politiques envers le Québec. Le commerce franco-québécois demeure très faible, car il est peu rentable. Par contre, les échanges culturels et intellectuels perdurent et se développent, à une époque où ils relèvent davantage d’initiatives privées que de politiques gouvernementales concertées. Quasi à sens unique, ces échanges marquent l’élite canadienne-française d’une empreinte française.

1914 à 1967 – Vers une coopération d’égal à égal

Ancien édifice de la Délégation générale du Québec à Paris, rue Barbet de Jouy, s. d. Photographie : Hallery. Fonds documentaire de la Délégation générale du Québec à Paris.

La participation des Canadiens à la Première Guerre mondiale suscite la reconnaissance des Français et, conséquemment, un nouvel intérêt pour le Québec et le passé commun des deux peuples. Des missions d’amitié et des cérémonies d’inauguration de monuments commémoratifs resserrent les liens durant l’entre-deux-guerres. Afin de faire profiter l’élite canadienne-française de l’effervescence intellectuelle et culturelle de cette période en Europe, diverses mesures gouvernementales et institutionnelles facilitent les échanges universitaires ainsi que l’acquisition d’une expertise française dans plusieurs domaines.

Interrompus par la Deuxième Guerre mondiale, ces échanges reprennent dès la fin du conflit, malgré l’indifférence que professe pour la France le premier ministre québécois de l’époque, Maurice Duplessis. Des voix commencent d’ailleurs à condamner la dépendance culturelle du Québec envers la France. Le développement sans précédent de l’édition québécoise durant la guerre, engendré par l’occupation allemande de la France, et le conflit pour la reprise du contrôle de l’édition de langue française qui en a résulté après 1945 alimentent également ces questionnements sur l’identité culturelle canadienne-française.

À partir des années 1950, le Québec commence à s’exporter en France, principalement par la chanson, alors que Félix Leclerc connaît un grand succès européen. Des créateurs comme le peintre Jean Paul Riopelle et l’écrivaine Anne Hébert s’installent à Paris, dans un milieu artistique beaucoup moins traditionaliste que celui du Québec. Ils contribueront à faire entrer la culture québécoise dans la modernité.

Avec la Révolution tranquille, le Québec prend un nouveau virage et affirme son identité, tout en se donnant les moyens d’assumer son destin. Ses relations avec la France gagnent en autonomie. La Maison du Québec à Paris, ouverte en 1961, devient dès 1964 une délégation générale dotée de la plupart des privilèges réservés aux ambassades. Les gouvernements français et québécois signent, au cours des années suivantes, une série d’ententes de coopération touchant une multitude de domaines. Les échanges techniques et commerciaux s’intensifient.

Deux cents ans après la rupture, la France et le Québec ont réussi à réinventer leurs rapports. Ils sont devenus partenaires.