BAnQ - Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

Collections

MIRON, GASTON
(1928-1996).

Poète, né à Sainte-Agathe-des-Monts (Terrebonne).

Après ses études primaires au Collège des Frères du Sacré-Coeur, il entre au juvénat de la même communauté à Granby (1941-1946). Après le noviciat et le scolasticat, il passe quelques mois au sein de sa famille à Saint-Jérôme. Il se fixe ensuite à Montréal (1947) où il exerce divers métiers et s'inscrit au cours du soir à la Faculté des sciences sociales de l'Université de Montréal. C'est là aussi qu'il prend de plus en plus conscience de sa vocation d'écrivain, se lie d'amitié avec plusieurs auteurs, commence à mieux connaître la problématique de son pays. En 1954, il entre aux Éditions Beauchemin.

Depuis l'âge de quatorze ans, il aligne des vers; ses premiers écrits seront publiés dans Le Godillot, dans Amérique française et Le Devoir, en 1952 et en 1953. A cette époque, il rencontre Louis Portugais, Gilles Carle, Jean-Claude Rinfret, Mathilde Ganzini et Olivier Marchand et fonde avec eux les Éditions de l'Hexagone (1953) qui auront une influence déterminante sur la vie poétique au Québec. La même année, en collaboration avec Olivier Marchand, il publie un recueil de poèmes: Deux sangs.

En 1959-1960, il séjourne pendant vingt mois à Paris où il étudie les arts graphiques à l'École Estienne. De retour à Montréal, il entre chez Formac Ltée-HMH où il travaille jusqu'en 1965.

Pendant plusieurs années, Miron conçoit et écrit, par tranches, ses trois «cycles» poétiques: «La Marche à l'amour» (publiée dans le Nouveau Journal en 1962), «La Vie agonique» (publiée dans Liberté en 1963) et «La Batèch» (publiée en 1963). Ces trois cycles dominants donneront à leur tour naissances à deux «cycles» secondaires: «L'Amour et le Militant» (publié dans Parti Pris en 1963) et «Les Poèmes de l'amour en sursis» (publiés dans Liberté en 1967). Ce sont là de grandes suites en pièces détachées.

Jacques Brault, dans une conférence prononcée le 10 février 1966 à l'Université de Montréal, résume ainsi l'état de la poésie de celui qu'il appelle «Miron le magnifique»: «Cette poésie évolue curieusement; toujours en mouvement, jamais interrompue, elle se reprend, se remodule à l'infini d'un poème à l'autre, ou bien un, deux, trois poèmes se retrouvent, en bloc ou en pièces de son inachèvement».

Ce n'est pas sans difficultés que les Presses de l'Université de Montréal ont recueilli les écrits épars de Miron en un volume, L'Homme rapaillé (1970), pour lequel il reçoit le prix de la revue Études françaises en 1970 et, en 1971, le prix de la Ville de Montréal.

Poète, Miron est un homme politiquement engagé. Il milite au sein de plusieurs partis et associations: Rassemblement pour l'indépendance nationale, Mouvement de libération populaire, Parti socialiste québécois, Mouvement pour l'unilinguisme français au Québec, Front du Québec français... En même temps, il apporte sa collaboration à l'organisation des rencontres des poètes, à la fondation de la revue Liberté, aux récitals de poésie à Paris et au Québec.

Il est écrivain résident à l'Université d'Ottawa pendant l'année scolaire 1970-1971 et à l'Université de Sherbrooke (1971-1972). Il enseigne la littérature à l'École nationale de Théâtre de Montréal, de 1973 à 1978; de 1972 à 1980, il est aussi attaché aux Éditions Leméac.

Gaston Miron joue un rôle très important dans le renouveau poétique du Québec, dans le monde de l'édition et dans l'éveil de la conscience nationale. Il collabore régulièrement au Devoir.

Sa poésie tente d'affirmer l'universalité de la culture de ses ancêtres; sa thématique se situe au coeur même de la problématique socio-politique du Québec d'aujourd'hui. A la mesure de son désespoir - mais aussi avec le profond sentiment de vaincre et de renaître - Miron édifie laborieusement son univers sans souci de l'embellir: il se contente d'en dresser la charpente et d'entourer des paysages bien ajustés à ses souvenirs champêtres et à la réalité urbaine. Dans les mots qui véhiculent les éclats et les cris d'une collectivité frustrée évolue le drame de la dépossession, le drame de Miron.

Ce qu'il importe de souligner, précise Gilles Marcotte dans Le Temps des poètes, c'est que «l'humiliation atteint le coeur et la chair mêmes de la poésie et si l'interrogation passionnée qui propulse l'oeuvre du poète déborde la littérature, c'est que la littérature ne peut se suffire à elle-même quand elle prend conscience de sa réalité. [...] La poésie de Miron passe sans effort du personnel au collectif, de l'expression de soi à l'expression d'un monde».

Son oeuvre est reconnue internationalement; il reçoit plusieurs récompenses dont le prix Duvernay (1977), le prix Apollinaire (1981), le prix David (1983), et le prix Molson du Conseil des Arts du Canada (1985). En 1984 et 1985, à titre de boursier du Centre national des lettres, il fait des séjours prolongés en Europe. En 1986, il devient président de la Fondation Émile-Nelligan.

L'écriture de l'Homme rapaillé, confie Miron à Jean Royer, était une «écriture du type cri, de la révolte, de la revendication, de l'affirmation radicale de soi et de la négation radicale de l'autre, du rejet de celui dont il était le mépris. [...] J'ai toujours oscillé entre une écriture qui participe de l'esthétique de notre héritage européen et de notre commerce continuel avec la littérature française, et l'écriture indigène, qui sourd de notre américanité même. Je suis fait de la rencontre de deux courants. Ce chevauchement produit une écriture baroque».

Toujours accaparé par l'édition, l'animation cuIturelle, les luttes linguistiques et les fluctuations socio-politiques, Gaston Miron poursuit sa réflexion d'artiste et prévoit de publier un essai sur ses rapports avec la littérature française ainsi qu'un livre sur son parcours de poète pour lequel il a déjà conçu un titre: «Les Signes de l'identité».

OEUVRES

Deux sangs (poésie), Montréal, Les Éditions de l'Hexagone, 1953, 71 p. Collab. Olivier Marchand. Ill. de Mathilde Ganzini, Jean-Claude Rinfret et Gilles Carle.

L'Homme rapaillé (poésie et prose), Montréal, Presses de l'Université de Montréal, 1970, 171 p. Portrait «Prix de la revue Études françaises» ; Paris, François Maspero, 1981, 179 p. «Voix». Traduction anglaise par Marc Plourde: The Agonized Life. Poems and Prose, Montréal, Torchy Wharf, 1980, 79 p. (Morceaux choisis du recueil à l'exception de Gaston Miron, the Anthropoet). Traduction anglaise par D.G. Jones et Marc Plourde: Embers and Earth (Selected Poems), Montréal, Guernica Editions, 1984, 122 p. «Essential Poets».

Fragments de la vallée (poème), Montréal, Éditions G. Gheerbrant, 1972, [portefeuille, n.p., 2 f.]. Ill. de James Guitet. (Édition de luxe. Tirage limité).

La Corneille (poème), Québec, [s.é.], 1973, [portefeuille, n.p., 8 f.]. Ill. de Sabine Allard. (Édition de luxe. Tirage limité). Poème extrait de L'Homme rapaillé).

Courtepointes (poésie), Ottawa, Éditions de l'Université d'Ottawa, 1975, 53 p. «Textes»; Montréal, Gilles Corbeil éditeur, Galerie Saint-Denis éditeur, 1977, [portefeuille, n.p., 71 f.]. Ill. de James Guitet. (Édition de luxe. Tirage limité).

La Marche à l'amour. Poème, Montréal, Éditions Erta, 1977, [n.p., 25 p.]. Ill. de Léon Bellefleur. (Édition de luxe. Tirage limité).

Articles

«Alain Grandbois et les Jeunes Poètes», L'Amérique française, vol. 12, no 6, déc. 1954, p. 473 476. Collab. Jean-Guy Pilon.

«Situation de notre poésie. Son sort est lié à celui du fait ethnique qui la porte», La Presse, 73e année, no 210, 22 juin 1957, p. 67-70.

«Notes sur le non-poème et le poème», Parti pris, vol. 2, nos 10-11, juin-juillet 1965, p. 88-97.

«Marginales», Parti pris, vol. 3, nos 3-4, oct.-nov. 1965, p. 95-96; no 7, févr. 1966, p. 75-77.

«Marginales. Anglicisation. Les Noix de coco», Parti pris, vol. 3, no 5, déc. 1965, p. 83-84.

«Une poésie d'invasion», La Barre du jour, nos 11-12-13, déc. 1967-mai 1968, p. 126-128.

«Intervention à la rencontre des écrivains», Liberté, no 57, mai-juin 1968, p. 86-89, 99-102.

«Quelle Part doit-on réserver à la littérature québécoise dans l'enseignement de la littérature?», Liberté, vol. 10, no 3, mai-juin 1968, p. 85-86.

«L'Enseignement de la littérature en rapport avec l'état de la langue», Liberté, vol. 10, no 3, mai-juin 1968, p. 99-102.

«Femme sans fin», Possibles, vol. 4, nos 3-4, 1980, p. 271-284.

ÉTUDES

Claude Labelle, «Le Poète dans la cité moderne», Collège et Famille, vol. 12, no 4, oct. 1955, p. 159-167.

Jacques Brault, «Gaston Miron, poète du quotidien», Culture vivante, no 2, 1966, p. 6-8.

Jacques Brault, «Miron le magnifique», Littérature canadienne-française, Montréal, Presses de l'Université de Montréal, 1966, p. 143-180. (Conférences J.-A. de Sève, 1-10).

Paul Chamberland, «Fondation du territoire», Parti pris, vol. 4, nos 9-10-11-12, mai-août 1967, p. 11-42.

Jean Éthier-Blais, «L'Hexagone Miron's Band», Signets II, Montréal, Cercle du livre de France, 1967, p. 175-184.

Pierre Maheu, «Le Québec en mots dits, Engueulez Miron», Parti pris, vol. 5, no 5, févr. 1968, p. 48-50.

Jean-Louis Major, «L'Hexagone: une aventure en poésie québécoise», La Poésie canadienne-française, Montréal/Paris, Fides, 1969, p. 175-203. «Archives des lettres canadiennes» 4.

«Document Miron», La Barre du jour, oct. 1970, 52 p. Collab.

Cécile Pelosse, «L'Homme rapaillé», Livres et auteurs québécois, 1970, p. 102-118.

Gilles Marcotte, «La Poésie», Études françaises, vol. 7, no 1, févr. 1971, p. 103-114.

Axel Maugey, «Gaston Miron», Poésie et Société au Québec (1937-1970), Québec, Presses de l'Université Laval, 1972, p. 171-183.

Joseph Bonenfant, «L'Ombre de Mallarmé sur la poésie de Saint-Denys Garneau et de Miron», Voix et images du pays, no 4, Presses de l'Université du Québec, 1973, p. 51-64.

Joseph Bonenfant, «La Littérature québécoise aux Etats-Unis, Gaston Miron et l'identité politique du Québec», Le Jour, vol. 1, no 237, 7 déc. 1974, p. 16.

Thérèse Fabi, «Miron, le libérateur. Etude lexicale de trois poèmes de la Vie agonique», L'Action nationale, vol. 44, no 2, 1974, p. 179-192.

Paul Chanel Malenfant, «Gaston Miron. Courtepointes», Livres et auteurs québécois, 1976, p. 156-161.

Jean Royer, «Gaston Miron, prix Duvernay. «Je suis fier d'appartenir à la littérature québécoise»», Le Devoir, vol. 69, no 53, 4 mars 1978, p. 35.

Eugène Roberto, «Structures de l'imaginaire», Courtepointes de Miron, Ottawa, Éditions de l'Université d'Ottawa, 1979, 173 p. «CCRCCF».

Clément Trudel, «Possibles publie un nouveau Miron», Le Devoir, vol. 71, no 193, 23 août 1980, p. 16.

Auguste Viatte, «Le Livre d'or de la culture française, silhouette. Gaston Miron», Culture française, nos 1-2, 1981, p. 9-10.

Jean Royer, «François Maspero, une édition de combat», Le Devoir, vol. 73, no 18, 23 janv. 1982, p. 15, 28.

Jean Royer, «Québec 1983. Prix Athanase-David, Caston Miron: «Les poètes de ce temps montent la garde du monde»», Le Devoir, vol. 74, no 238, 15 oct. 1983, p. 17.

Jean Royer, «Gaston Miron. «Je suis souverain de moi-même»», Le Devoir, vol. 76, no 260, 9 nov. 1985, p. 23, 26.

Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

Vous avez une question?

Demandez à un bibliothécaire ou à un archivisteNous joindre