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PHILÉDOR BEAUSOLEIL

roman de Pierre Châtillon

Depuis les Cris (1968) jusqu'à la Vie en fleurs (1988), Pierre Châtillon montre une étonnante unité dans la thématique de ses œuvres. Il exploite sans relâche les thèmes de la recherche de la femme et du combat de la vie, associée au soleil, au sud, à la jeunesse, au rouge et à l'or ; contre la mort, rattachée à la lune, au nord et à la neige, à la vieillesse, au blanc et au bleu. Chez Châtillon, l'action se situe souvent entre le rêve et la réalité, de sorte que l'espace et le temps sont sans cesse mouvants et métamorphosés. L'auteur déploie une écriture schizomorphique qui entraîne la démesure, le lyrisme et la révolte.

Philédor, deuxième prénom du héros, Charles-Auguste Beausoleil, cultivateur de 70 ans, se réveille en plein cauchemar par une aube froide de février. Sa femme, Marguerite, a été kidnappée par Vent du Nord, l'haleine de la Dame blanche (on retrouve, dans le Fou * du même auteur, cette image d'un vent violent qui traque un homme). Chevauchant son tracteur-souffleuse, son flasque de gin en poche, il part en direction du Nord pour la délivrer et, du même coup, anéantir le froid et la Mort de la planète. Il rencontre plusieurs personnages légendaires du Québec qui l'aident dans sa mission. Chacun raconte son histoire et la fonde du même coup. Il s'agit d'abord de Ti-Louis Descôteaux, le champion portageux du Saint-Maurice, accompagné des gars de la chasse-galerie et de treize loups-garous, Marie-Josephte Corriveau, Jos Montferrand, Rose Latulipe, le géant Beaupré, Alexis-le-trotteur, Ti-Jean Poilu et Modeste Mailhot. Parmi ces derniers se glissent des personnages moins connus ou tirés de l'imagination de l'auteur : le dragon Miroir, le géant Ombilic, Archange Arbour (anticatholique notoire), les philosophes réversibles Ti-Blanc Lenoir et Ti-Noir Leblanc (seuls habitants de la planète Marde), et le Lutin noir.

Guidés par Lucifer, ils se rendent tous (sauf Montferrand et Descôteaux) dans la demeure de Dieu afin de le sermonner. Mais même celui-là est le dernier dieu vivant. Ils le convainquent de serrer la main de Lucifer et repartent vers la terre où Philédor terrasse le Lutin noir, seul vrai responsable du Mal et de la Mort. Enfin, Charles-Auguste repart vers le Nord, vainc la Dame blanche, délivre Marguerite et revient chez lui où il recrée le soleil qui avait disparu. Au bout de trois jours, il sort vainqueur de sa propre mort.

La fin de Philédor Beausoleil est plutôt moralisante. Tous les personnages réintègrent le corps de Philédor, sauf la Corriveau et la Vierge qui se fondent en Marguerite. Tout se passe comme si Philédor, après s'être désintégré en autant de personnages, renaissait dans la conscience progressive et initiatique d'être un homme multiple, comme l'avait déjà réalisé Placide Mortel dans son journal (le Journal d'automne de Placide Mortel [1970]). La femme est un peu rapidement résumée par la fusion d'une délurée et d'une sainte vierge.

Philédor s'acoquine avec toutes les forces du rouge et du chaud (son tracteur rouge, sa baguette magique de cornouiller rouge, la Corriveau est rousse...) pour vaincre les puissances du blanc et du froid (la tempête de neige, la Dame blanche, la mort...). Ce sont les forces de l'évolution, de la métamorphose, du rêve et de l'imaginaire contre celles de l'immobilisme, de la désintégration, de l'apocalypse et de l'inconscience.

« Il passe dans ce livre un grand vent de folie heureuse », estime Michel Lord en dépit du fait que beaucoup de critiques y ont vu un roman prétexte à étaler « un patchwork halluciné de vieilles peurs amusantes » (Jean-Pierre April). Lise Gauvin et Réginald Martel s'entendent pour décréter que ce roman est gauche « qui, [...] à vouloir trop dire, se perd dans une dispersion » et qui répète « inlassablement les [mêmes] images ». Enfin, d'autres insistent sur P« originalité peu commune » (Gilles Gemme) de l'auteur et de son entreprise « des plus ambitieuses et généralement bien menée » (Réjean Beaudoin).

François Larocque

OEUVRES

PHILÉDOR BEAUSOLEIL,

Paris, Robert Laffont [et] Montréal, Leméac, [1978], 234[1] p. ; Montréal, Libre Expression, 1985, 184 p.

ETUDES

[Anonyme] « Parutions récentes », le Nouvelliste, 22 novembre 1978, p. 19;

« Philédor Beausoleil », Vient de paraître, novembre 1978, p. 20 ;

« Philédor Beausoleil », Vient de paraître, n°4 (1978), p. 18;

Vient de paraître », le Droit, 23 décembre 1978, p. 19.

Jean-Pierre April « Perspectives de la sciencefiction québécoise », Imagine..., décembre 1979 – février 1980, p. 82-94 [v. p. 85].

Réjean Beaudoin « Pierre Châtillon, Philédor Beausoleil », LAQ, 1978, p. 40-41.

Pierre Châtillon « Figurant dans son roman Philédor Beausoleil. Pierre Châtillon décrit neuf personnages de notre folklore », le Nouvelliste, 6 janvier 1979, p. 13.

Jeanne Demers et Lise Gauvin « Contes – et Nouvelles – du Québec », dans René Bouchard (dir.), Culture populaire et Littératures au Québec, p. 223-241 [v. p. 240].

Lise Gauvin « Sur les traces de la chasse-galerie », le Devoir, 9 décembre 1978, p. 35 ;

« Romans, Récits et Contes. De la légende à l'histoire et à l'histoire de soi », UTQ, Summer 1979, p. 330-339 [v. p. 333-334].

Gilles Gemme « Leméac/Robert Laffont. Philédor Beausoleil: le plaisir de raconter», le Canada français, 13 décembre 1978, p. 74.

Louis-Marie Lapointe « Philédor Beausoleil. Un souffle neuf à nos légendes », Progrès-dimanche, 17 décembre 1978, p. 54.

Michel Lord « Pierre Châtillon. Philédor Beausoleil», Nuit blanche, n°23 (mai-juin 1985), p. 31.

« Quatre de nos écrivains à la télévision », le Nouvelliste, 31 juillet 1979, p. 25.

René Lord « Pierre Châtillon qui vient de publier à Paris : "On a toujours une mentalité de colonisés" », le Nouvelliste, 29 novembre 1978, p. 34 ;

« Pierre Châtillon, un Bunuel québécois », le Nouvelliste, 21 décembre 1978, p. 19 ;

« Quatre de nos écrivains à la télévision », le Nouvelliste, 31 juillet 1979, p. 25.

Réginald Martel « Pour tous les goûts mais qui les a tous ? », la Presse, 4 novembre 1978, p. D-3.

Jean-Marie Moreau « Notre choix. Philédor Beausoleil de Pierre Châtillon », Nos livres, avril 1979, [p. 6-8] ;

« Philédor Beausoleil», Nos livres, avril 1979, n" 127.

Marie St-Arnaud « Pierre Châtillon : un village de beauté », XYZ, automne-août 1990, p. 61-[6B].

Yves Taschereau « le Monde légendaire de Philédor Beausoleil », le Livre d'ici, n°23 (14 mars 1979).

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