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LE PERSONNAGE et LA BRUNANTE

romans de Pierre FILION

Fils de Maurice Filion, professeur d'histoire, et de Marguerite Bernier, Pierre Filion naît à Frelighsburg le 27 juin 1951. Il étudie au cégep Lionel-Groulx, puis il s'inscrit à l'Université de Montréal où il complète un baccalauréat (1973) et une maîtrise (1975) en littérature française de même qu 'un doctorat en littérature québécoise (1982). Après avoir été directeur de production (1972-1975) puis directeur littéraire (1975-1978) aux Éditions Leméac, il travaille comme chef de service de la production aux Presses de l'Université de Montréal. Membre de l'Union des écrivains québécois et secrétaire du prix de la revue Études françaises, il a écrit plusieurs introductions critiques, des préfaces et de nombreux textes radiophoniques. Conjoint de Marie Désaulniers, éditrice, il a également été critique littéraire notamment pour Livres d'ici, Livres et Auteurs québécois et le Devoir

Les deux premiers romans de Pierre Filion rompent avec la représentation romanesque traditionnelle. Comme le dit le Personnage: «J'ai longtemps cherché une histoire qui ne venait pas, les histoires ne viendront jamais et je n'irai pas à elles. » Dans un temps et un espace indéterminés, les textes de Filion postulent la mort de la représentation classique. C'est avant l'apocalypse que se déploie cette «écriture cinétique», à la Brunante, dans la conscience de la venue de la nuit et l'ignorance de quoi l'aube sera faite: «II faut poursuivre, l'abcès crèvera. »

Naufrage du sens, « blizzard sémantique », « flots de mots», le Personnage évoque la dérive d'un personnage en quête d'auteur(s) et de lecteur(s). Conçu comme une « grosse parenthèse », le roman« machine » se déroule dans une pure réflexivité : le personnage s'interroge sur son identité (« Je ne suis qu'un palimpseste») et sur la poursuite du texte («Vais-je poursuivre?»), interpelle le lecteur («Vous trichez, vous ne m'aidez pas»), le nargue («Vous faites un merveilleux parasite»), prévoit ses réactions («De nouveau l'incertitude qui exaspère le lecteur»). Toute écriture est posée comme gratuite, pur mouvement dénué d'intentionnalité : « L'écriture sans verbes ; l'écriture sans temps, quelques paragraphes au plus, à base de noms, la densité poétique poussée à l'extrême fusion, compacte, inerte, l'écriture sans histoire du tout. L'écriture. » La référence n'est pourtant pas évacuée des textes de Filion, comme le montre la fréquente parodie des classiques littéraires et des discours sociaux

Si le Personnage manifeste encore un certain souci d'ordre interne par la focalisation autour du personnage éponyme, il n'en est plus de même dans la Brunante où l'anomie semble complète. Cascade d'images, personnage « en instance permanente de dissolution » (François Ricard), refus « de pactiser avec le réel, de se remettre à marcher droit sur une terre qui vacille » (Gabrielle Poulin), le roman est « le journal de bord du naufrage planétaire » vu du Québec. Le spectacle de la démolition, thème du texte, mène au vertige et au refus de la littérature : «L'écriture n'est pas une solution plus qu'autre chose. » II n'y a aucune intrigue dans cette saison en enfer, seulement la fuite en avant du langage. La pseudo-« improvisation » de ce monologue, son lyrisme épisodique et sa rhétorique faite de prophétisme, de grandiloquence et d'imprécations s'abîment dans le silence final

Du Personnage, le chroniqueur du Livre canadien a vanté la démystification de la relation lecteurauteur et la mise à nu du « processus de production d'une œuvre littéraire ». Même si la Brunante peut « déconcerter », Ricard considère que l'éclatement de la forme y est «éminemment efficace et nécessaire» et que son langage est «percutant», proche du surréalisme. Gabrielle Poulin et René Dionne disent du roman qu'il témoigne «de la puissance et de la pérennité de la poésie », alors que le Livre canadien ne voit que «vomissement de l'auteur» dans cette «somme de micro-notations sans linéarité continue ». On ne saurait toutefois reprocher à Pierre Filion de ne pas respecter son «art poétique»: «Vivre pour et par et parmi l'imaginaire » (le Devoir, 24 novembre 1979)

Benoît Melançon
  • OEUVRES

    LE PERSONNAGE

    [Montréal], Leméac, [1972], 99 p
  • OEUVRES

    LA BRUNANTE

    [Montréal], Leméac, [1973], 104 p

ETUDES

[Anonyme] «le Personnage» le Livre canadien n° 186 (1973)

Pierre FILION « Pour que l'écriture ait lieu » le Devoir 24 novembre 1979, p. VIII

« la Brunante » le Livre canadien septembre 1974

Jean-Cléo GODIN « Au nom du père, des petits-fils et des grands-pères» Études françaises novembre 1972, p. 433-434 [le Personnage]

David M Hayne « Romans, Récits, Nouvelles, Contes» UTQ Summer 1973, p. 358-363 [v. p. 361] [le Personnage]

Réginald Martel «la Vie immuable et la Vie désaccordée» la Presse 5 janvier 1974, p. C-3 [la Brunante]

Alice Parizeau « Silhouette littéraire. Pierre Filion » la Presse 10 novembre 1986, p. B-4

Gabrielle POULIN « la Brunante » Relations juillet-août 1974, p. 220

Gabrielle POULINI et René DIONNE « Romans, Récits, Nouvelles, Contes » UTQ Summer 1974, p. 348-349 [la Brunante]

François Ricard «Pierre Filion, la Brunante» LAQ 1973, p. 43

Robert Tremblay «Une façon pathétique d'être joyeux» le Soleil 19 janvier 1974, p. 48 [la Brunante]

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