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13 RÉCITS

recueil de Jean SIMARD

«Je n'ai aucune imagination. Dans tous mes romans, je me suis raconté, ou j'ai décrit les lieux où j'avais vécu, ou des personnes que j'avais connues. [...] Je ne peux rien inventer, je ne suis pas comme [Yves] Thériault, moi. Je ne pourrais pas écrire Agaguk * sans avoir vu un maudit Esquimau. » Cet aveu que l'auteur de 13 récits a confié à Gérald Godin, alors collaborateur au Magazine Maclean, semble d'autant plus vrai que tous les récits du présent recueil, tous événements sans histoire, sont puisés dans le quotidien le plus banal. C'est ainsi qu'un homme, quelque peu importun et d'une grande nervosité, prépare méticuleusement un court voyage en automobile en compagnie d'une épouse indifférente, après toutes ces années (« Un départ »). Un couple de jeunes campagnards fait un voyage de noces sans histoire à Québec (« Un voyage de noces »). Une femme quitte momentanément son mari et ses enfants pour voyager en Italie. Elle rencontre son prince charmant, effleure le bonheur, mais revient gentiment au bercail avec son souvenir (« Une rencontre»). Une femme souhaite la mort de son exécrable mari et rêve d'une vie nouvelle : elle n'hésite pas toutefois à prier pour sa guérison quand il tombe gravement malade. Elle est exaucée et le mari vit « encore de nombreuses années à emmerder les siens» («Un miracle»). Une autre femme supplie son mari de participer à un concours dont le prix est un voyage en Europe. La chance lui sourit mais... l'avion s'écrase au large de l'lrlande (« Une chance »). Un professeur revient à l'enseignement après une longue maladie mais il est finalement victime de son incapacité de communiquer. Car la vieillesse ne pardonne pas, dans les récits de Jean Simard, tous empreints de pessimisme

La mort est omniprésente, en effet, et les personnages travaillent presque tous à leur propre emprisonnement, à leur propre disparition. Mr. Harris, monstre d'égoïsme, tue tous les siens et se suicide après avoir échappé, grâce à un abri qu'il s'est lui-même fabriqué, à une guerre nucléaire (« Un abri »). Un déséquilibré égorge une fillette avant d'entrer à son bureau, « le visage balafré, livide, le vêtement défait». On aura tôt fait de découvrir la victime «horriblement profané[e]» et, sans doute, le meurtrier (« Un rat»). Avant de se donner la mort, dans un monde qui lui échappe tant il le trouve absurde, un homme écrit une longue lettre qu'il s'empresse de brûler sitôt la rédaction terminée (« Une lettre »). L'heureuse gagnante d'un voyage en Europe meurt dans un écrasement d'avion («Une chance»). Enfin, un jeune homme, en conflit avec sa mère, se convainc d'un crime qu'il n'a pas commis comme s'il ne pouvait plus, dans son désœuvrement, supporter la liberté qu'il ne peut « considérer, désormais, autrement que provisoire » (« Un incendiaire »)

Le conteur connaît l'art de la nouvelle qui consiste à cerner brièvement un événement, à privilégier un instant dans la vie d'un héros, sans tomber dans la banalité : les décors sont bien campés, les personnages, décrits avec une grande économie de moyens. Le bon conteur ignore le bavardage. Quant à la langue de l'auteur des 13 récits, elle est généralement soutenue, élégante sans être recherchée. «En tout cas, note avec justesse Clément Lockquell, cet homme-là [le héros de « Une lettre »] écrit bien et Jean Simard aussi. Il y a, dans ces récits, des morceaux d'anthologies [...], de très belles images, des justesses remarquables de notations, un sens pictural de la composition, du bonheur dans la progression de l'intérêt. » D'autres critiques, Gilles Marcotte, André Renaud, Jean Ëthier-Blais, sont convaincus du talent de Simard qui « commet un très bon recueil de nouvelles ; notre époque y est mise à nu, montrée telle qu'elle feint de ne pas être, pleine de zèle apparent et totalement ridicule » (André Renaud)

Aurélien BOIVIN

OEUVRES

13 RÉCITS

Montréal, Éditions HMH, 1964, 199 p. [Quelques récits parurent d'abord dans les Sentiers de la nuit :] « Un voyage de noces», p. 66-68, 200. «Un départ», p. 116-119, 211-214. [Dans Mon fils pourtant heureux :] « Un incendiaire», p. 210-211. [Dans Répertoire:] «Une chambre», p. 58-61. «Un rat», p. 198-200. « Un miracle», p. 225-227

ETUDES

[Anonyme] «les Livres. 13 récits — par Jean Simard [...]» Bulletin du Cercle juif septembre-octobre J 964, p. 3

«13 récits» FBLC septembre 1966

Gilles Archambault «Treize [sic] récils de Jean Simard» LAC 1964, p. 29-30. –

M[ichei] B[EAULIEU] Paul L[AROSE] et M[arc] P|OULIN] «13 récits » le Quartier latin (supp.), 21 janvier 1965, p. 3. —

M[aurice] B[LAIN] « Notre maître, la misère humaine. 13 récits de Jean Simard » Cité libre novembre 1964, p. 32 [reproduit dans Québec, février 1965, p. 102-104]

Jean Éthier-Blais « Treize [sic] récits de Jean Simard » le Devoir 12 septembre 1964, p. 14

« Livres en français. Romans et théâtre » UTQ July 1965, p. 475-486 [v. p. 479]

G G « les Livres... Jean Simard, 13 récits» novembre 1965, p. 295

Gérald GODIN «Jean Simard : Écrire un roman d'amour» le Magazine Maclean décembre 1964, p. 78-79

Germain Lesage « Bibliographie Jean Simard. 13 récits» RUO juillet-septembre 1965, p. 374-375

Clément LOCKQUELL « Treize [sic] récits, Jean Simard » le Soleil 5 septembre 1964, p. 23

Michèle A Mailhot « Treize [sic] récits de Jean Simard [...]» Châtelaine novembre 1964, p. 19

Gilles Marcotte « Littérature. Contes et nouvelles d'ici : Jacques Ferron, Jacques Renaud, Jean Simard, Roch Carrier » la Presse (supp.), 16 janvier 1965, p. 6

André Renaud « Jean Simard : 13 récits » le Droit 18 septembre 1964, p. 20

J[ean]-Y[ves] T[HÉBERGE] « 13 récits de Jean Simard » le Canada français 1er octobre 1964, p. 26

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