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JE TOURNE EN ROND MAIS C'EST AUTOUR DE TOI

roman de Michel Beaulieu

Premier roman du poète Michel Beaulieu, Je tourne en rond mais c'est autour de toi est une œuvre d'introspection qui tente d'allier aux techniques du nouveau roman une certaine émotion. Partagé entre l'ennui, le sommeil et l'alcool, le narrateur, jamais nommé, laisse dériver sa pensée, mêle récit au présent, souvenirs et projections dans le futur, tente de tromper ou de tuer, dans; tous les sens, le temps

Après cinq ans de vie commune avec Marie-Thérèse, il prend des vacances durant lesquelles il rencontre Michèle, qu'il tente, difficilement, de séduire. Cette parodie de séduction le ramène toujours à Marie-Thérèse, — il lui est « impossible de [se] lier ailleurs », — ou à son passé ; il revit ainsi diverses scènes de son enfance, ses difficiles relations avec le mari de sa mère, ses premières expériences sexuelles, sa vie avec Marie-Thérèse, son travail d'informaticien... Parmi ces éléments, le souvenir d'une nuit d'amour avec une femme qu'il retrouve par hasard un an plus tard revient comme un leitmotiv. Cette liaison éphémère éclaire la relation possible avec Michèle : le narrateur ne peut que temporairement «rompre les amarres ». Michèle et la femme disparue servent de contrepoint à cette Marie-Thérèse constamment appelée et entraînent le narrateur toujours plus loin dans les méandres de la mémoire L'arrivée de Marie-Thérèse à l'hôtel vient interrompre le flot de pensées du narrateur

À cause de l'apparente profusion de détails, l'essentiel est masqué : la première rencontre avec Marie-Thérèse échappe à la narration, alors qu'une impatience occupe cinq pages ! Les souvenirs restent flous, le narrateur n'arrivant jamais à fixer son attention sur un événement, à cause d'une mémoire infidèle, de la chaleur, d'un mal de tête, d'un bruit... La moindre distraction l'entraîne dans un kaléidoscope de sensations. Avec humour, il décrit l'hôtel, les gens qui y vivent et les situations quotidiennes; toujours, cependant, il revient à ce point d'ancrage qu'est Marie-Thérèse, le « toi » du titre

Le titre contient d'ailleurs tout le roman. La rencontre de Michèle, autour de qui s'organise la quête, répond à la rencontre avec Marie-Thérèse, — « nous tournions l'un autour de l'autre ». À l'hôtel, le narrateur tourne en rond, rêve à Marie-Thérèse tournant en rond dans son salon. En fin de compte, il gravite toujours autour de Marie-Thérèse. L'image de la noyade à laquelle le narrateur puis Marie-Thérèse ont failli succomber accentue cette impression de tourbillon : l'eau emporte le noyé comme le narrateur est emporté par ses souvenirs

La critique a reproché à Michel Beaulieu la gratuité du procédé qui consiste à écrire sans majuscules et sans ponctuation. Il reste que la division par chapitres (chaque changement correspondant à une période de sommeil) et par paragraphes (construction quasi cinématographique où chaque paragraphe correspond à une situation temporelle, à une action) compense cet artifice rhétorique qui vise à imiter le fonctionnement de la conscience, le monologue intérieur

Benoît Melançon

OEUVRES

JE TOURNE EN ROND MAIS C'EST AUTOUR DE TOI Roman

Montréal, Éditions du Jour, [1969], 179 p

ETUDES

[Anonyme] « Ferron et Beaulieu : deux volets d'une littérature véritable » Sept-Jours 20 septembre 1969, p. 33

«Je tourne en rond mais c'est autour de toi » le Livre canadien nº 2 (1970)

« Livres récents. Je tourne en rond mais c'est autour de toi » l'Église canadienne octobre 1969, p. 309

Yrénée BÉLANGER « Je tourne en rond mais c'est autour de toi de Michel Beaulieu » LAQ 1969, p. 41

François Mailhot « Voulez-vous tourner en rond...?» le Soleil 18 octobre 1969, p. 32

André Major « Rencontres / Jacques Ferron et Michel Beaulieu. Sous le ciel des écrivains résistants » le Devoir 4 septembre 1969, p. 10

« Michel Beaulieu. Quand tourner en rond devient un art abusif » le Devoir 13 septembre 1969, p. 13

R[éginald] M[ARTEL] « Michel Beaulieu, romancier à plein temps » la Presse 28 août 1969, p. 26

« Un jeu solitaire et stérile » la Presse 6 septembre 1969, p. 29

Réjean ROBIDOUX « Livres en français. Romans, récits, nouvelles, contes » UTQ July 1970, p. 433-441 [v. p. 435]

Paule Saint-Onge «D'un jeune romancier à Napoléon » Châtelaine novembre 1969, p. 46

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