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HISTOIRE DES ABÉNAKIS D'ODANAK, 1675-1937

essai du père Thomas-Marie Charland

Thomas-Marie Charland naît le 31 mai 1900 à Saint-Thomas (comté de Missisquoi), d'Adolphe-Philémon Charland, commerçant, et de Marie-Sophie Laperrière. Il fait ses études classiques au Séminaire de Nicolet (1911-1919) et ses études théologiques au collège dominicain de philosophie et de théologie (1919-1926) à Ottawa et complète un diplôme en bibliothéconomie (1930-1932) à l'École vaticane de paléographie diplomatique et archivistique à Rome. Professeur au collège dominicain de philosophie et de théologie (1926-1930; 1932-1942) à Ottawa, à l'lnstitut d'études médiévales (1942-1946) et à l'École de bibliothéconomie (1937-1962) de l'Université de Montréal, il est également archiviste (1946-1976) de la province dominicaine à Montréal. Membre de la Société canadienne d'histoire de l'Église catholique, dont il est le président (1943-1944), de la Société historique de Montréal et du Conseil de direction de l'lnstitut d'histoire de l'Amérique française, il collabore à la Revue dominicaine, à la Revue d'Histoire de l'Amérique française et à /'Encyclopédie Grolier. // meurt à Montréal le 29 mars 1976

II existe une Histoire des Abénakis*, publiée en 1866 par le missionnaire Joseph-Pierre-Anselme Mauraull. Toutefois, outre qu'elle présente l'ensemble des Abénaquis et qu'elle s'arrête en 1848, cetle oeuvre n'a été écrite, pour l'essentiel, qu'à partir d'études d'historiens plutôt que d'archives. Thomas-Marie Charland a déjà écrit une histoire de Saint-François-du-Lac, lorsqu'il entreprend en 1964 de raconter celle des Abénakis d'Odanak ou Saint-François (et aussi, dans une moindre mesure, de Bécancour et de la baie Missisquoi). Après avoir dépouillé systématiquement les archives, il rédige, dans la tradition d'une histoire événementielle et minutieuse, une monographie de cette réserve sise près de l'embouchure de la rivière Saint-François. Il en est résulté une coupe diachronique de l'histoire d'une réserve, somme toute assez représentative des réserves situées au cœur des zones de peuplement des Euro-Canadiens

Les Abénakis sont originaires de la Nouvelle-Angleterre d'où les guerres avec les Iroquois et la poussée de la colonisation anglaise les ont forcés à fuir. Ils s'allient aux Français et s'installent dans la vallée du Saint-Laurent durant le dernier quart du xviie et les premières années du xviiie siècle. Ils s'implantent d'abord sur les rives de la rivière Chaudière puis, finalement, sur celles de la Saint-François, où les jésuites fondèrent une mission. L'administration coloniale française les encourage à occuper ce site afin qu'ils servent de barrière contre les attaques iroquoises. Durant tout le Régime français, les gouverneurs arment et subventionnent les Abénakis pour qu'ils conduisent des raids contre les villages anglais de la frontière. Aussi, lors de la guerre de la Conquête, un détachement de deux cents soldats anglais fait-il, sur l'ordre du général Jefferey Amherst, un raid punitif: mise à feu du village et massacre d'une partie des habitants

À l'origine, la réserve des Abénakis forme un rectangle de trois milles de profondeur sur un front de six milles s'étendant des deux côtés de la rivière Saint-François. Leur territoire de chasse couvre tout le bassin de la Saint-François de même que le versant est du Richelieu, du Saint-Laurent, au nord, jusqu'à la rivière Missisquoi et au lac Champlain, au sud. Bien que la Proclamation royale de 1763 ait maintenu les « Sauvages dans la possession de leurs biens », l'histoire du territoire abénaki peut se résumer à celle d'une peau de chagrin

À plusieurs reprises les seigneurs de Bécancour et de Saint-François tentent d'annexer la réserve. Bien qu'ils n'y parviennent pas, ils réussissent à en gruger des morceaux en arpentant à leur profit les zones limitrophes. En 1784, le tracé de la frontière au 45e parallèle fait perdre aux Abénakis toutes leurs terres du côté américain. En 1792 et 1794, le gouvernement du Bas-Canada livre aux Loyalistes les terres des Abénakis dans les Cantons de l'Est. S'adonnant plutôt à la chasse qu'à l'agriculture, les Abénakis cèdent eux-mêmes à la pression démographique des villages canadiens-français environnants et, à partir de 1800, octroient contre cens et rentes des lots à des Blancs. Ces lots deviendront la propriété pleine et entière de leurs acquéreurs en 1880. Enfin, le flottage du bois sur la Saint-François, à partir de 1866, perturbe les activités traditionnelles

La réduction de leur territoire traditionnel de chasse incite les Abénakis à aller chasser sur un nouveau territoire de la rive nord du Saint Laurent. Mais, à la suite des pressions conjuguées des protagonistes de la colonisation des zones marginales (le curé François-Xavier-Antoine Labelle et autres) et des compagnies forestières, le gouvernement du Québec ne peut leur accorder qu'un territoire de 8 374 acres dans le township de Crespieul au sud du lac Saint-Jean. Jugeant ce territoire inaccessible, les Abénakis le vendent à une compagnie forestière. Ultérieurement, la création de clubs privés de chasse et de pêche dépossédera les Abénakis de leurs derniers territoires. Avec le déclin de la chasse à la fin du XIXe siècle, les Abénakis d'Odanak se tournent vers la production artisanale: fabrication de canots, de mocassins et, surtout, vannerie

Malgré une faiblesse générale de l'analyse, l'absence d'esprit critique quant à l'action missionnaire et le maintien de quelques stéréotypes, malgré une insistance trop grande sur les querelles de notables, enfin malgré le caractère souvent monotone et anecdotique du récit, l'ouvrage du père Charland fournit des informations précieuses sur les grands thèmes de l'histoire amérindienne : identité, acculturation, expropriation, statut colonial, rapports entre tribus, migrations... Aussi, alors que l'histoire des Amérindiens du Québec reste encore à écrire, le caractère quelque peu vieilli de l'œuvre ne doit pas faire oublier ses qualités de rigueur et surtout d'innovation

Denys Delage

OEUVRES

HISTOIRE DES ABÉNAKIS D'ODANAK (1675-1937)

Montréal, les Éditions du Lévrier, 1964, 368 p

ETUDES

Gordon M Day dans William C Sturtevant [general editor] Handbook of North American Indians Washington, Smithsonian Institute, 1978, vol. 15, p. 148-159

Lionel Groulx « Charland, Thomas-M, o.p., Histoire des Abénakis d'Odanak (1675-1937) » RHAF juin 1964, p. 153-155 [reproduil dans Québec, février 1965, p. 112-113]

Jacques Rousseau « Histoire des Abénaquis [sic] d'Odanak de Thomas-M. Charland » LAC 1964, p. 121

André-Paul SÉVIGNY les Abénakis. Habitat et migrations, 17e et 18e siècles Montréal, les Éditions Bellarmin, 1976, 247 p

André Vachon « Thomas-M. Charland, Histoire des Abénakis d'Odanak (1675-1937)» Recherches sociographiques janvier-avril 1967, p. 102-104

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