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L'AUBE D'OCRE

recueil de poésies de Gemma Tremblay

C'est avec l'Aube d'ocre, parue en 1961, que Gemma Tremblay tente, pour une deuxième fois, l'aventure de l'édition littéraire. Son nouveau livre renferme vingt-cinq poèmes en vers libres non assonances. Elle les a regroupés en trois sections thématiques : « l'Aube d'ocre », « le Pain noir » et « Petit-Jour ». La présentation extérieure est soignée ; deux très belles reproductions, l'une de Paul Beaulieu, l'autre de Jacques De Tonnancour, apportent à l'ouvrage une touche artistique

L'Aube d'ocre s'inscrit dans la même lignée que Rhapsodie auburn *, paru un an plus tôt. Le titre des deux livres suggère un lieu commun : du brun rouge (auburn) au brun jaune de l'ocre, il y a, en effet, une parenté dans l'ordre des couleurs. Les images, encore tirées du monde extérieur, impliquent des correspondances de partout sans privilégier la terre gaspésienne. Le fond poétique révèle des étapes de mûrissement et un début d'ouverture vers les autres. Le «je», omniprésent dans le premier recueil, passe plus facilement au « nous » dans la nouvelle création. La solitude est rompue. La poète cherche sincèrement la communion avec l'autre, après avoir expérimenté «le silence à la limite du cri » (« le Silence du cri ») et « se dressant entre nous nos deux effarentes [sic] solitudes » (« les Chemins disjoints »)

Au début de l'Aube d'ocre, la poète semble vivre la tension de la chair contre l'esprit, c'est-à-dire la lutte pour l'identité de sa poésie. L'image affabulatrice de cette lutte, c'est celle du feu : « L'incendie hurlait à l'antre des montagnes [...] [et] dans les ténèbres crépitaient les yeux rouges des buissons ». Malgré cette ferveur, malgré le refus obstiné de voir mourir sa flamme, elle sait tout de même admettre qu'« un âpre destin tranche le pain noir de notre dépendance » (« le Pain noir »). Non seulement les éléments de la nature comme le feu, mais encore certains êtres sont associés à l'imagerie poétique. L'arbre, dans l'imaginaire, c'est « comme un goupillon à l'orée des solitudes » («l'Orée des solitudes»). Sa silhouette, qui doit « Vivre dans des bras d'orages et de vents » (« II est facile de vivre »), peut être vue dans le profil de la poète tourmentée par les difficultés de l'art ou de l'existence. Tous les hommes ne doivent-ils pas vivre enracinés dans l'humus de la réalité quotidienne, «comme l'arbre dressé dans l'axe des forêts ° attentifs au verset des sèves ° une aurore collée au flanc » (« II est facile de vivre ») ? Autre thème privilégié : le temps de la nuit pour ce qu'il cache de mystère, de songes et d'angoisses. C'est seulement à « l'aube » que la poète peut lancer ce cri de triomphe : « Nous irons jusqu'au bout de notre joie ° [...] Nargue les ombres mange ta nuit » (« Reconnaissance de joie »). Le « Petit-Jour », dernière partie du recueil, est ainsi né après la mort sentimentale de la nuit. Alors, «tout devint clair au simple tourment de vivre » (« l'Aube d'ocre »), car Gemma Tremblay n'écrit que pour se dire ; elle n'a pas, déclare-t-elle, de message à livrer au lecteur

La critique a accueilli favorablement l'Aube d'ocre. L'on parle cependant de lyrisme gratuit, de mots à sonorité étrange, d'allitérations qui sentent la technique, d'une quête effrénée de vocabulaire. Les jeux de mots recherchés, l'hermétisme verbal et les correspondances avec le monde de partout, d'ici et d'ailleurs, déroutent la pensée et obligent souvent à une relecture. Il reste que l'Aube d'ocre témoigne d'un génie créateur. La poète, très bien douée, est à la recherche d'une forme, capable de transmuer en art les violentes comme les paisibles assurances de son attachante personnalité

Léona Tanguay

OEUVRES

L'AUBE D'OCRE Poèmes

Montréal, Éditions Beauchemin, 1961,60 p

ETUDES

[Anonyme] « Des poèmes de Gemma Tremblay» le Devoir 16 décembre 1961, p. 12

Jean-Pierre Aubin «la Démarche poétique de Gemma Tremblay » le Quartier latin 24 mars 1966, P. 7

F[rancis] D[ESROCHES] «l'Aube d'ocre de Gemma Tremblay » le Message des poètes 1962, p. 19

« Emprunts spontanés ou Coïncidence » le Message des poètes 1964, p. 20. –

Gaëtan DOSTIE « l'Ultime Droit de Gemma Tremblay » le Jour 13 mai 1974, p. 11

Antoine Goulet «la Société des Poètes canadiens-français » le Travailleur 6 janvier 1966, p. 1, 4

Élie Goulet « les Livres canadiens. [...] L'Aube d'ocre. Poèmes [...] » Culture décembre 1963, p. 415

Pierre DE GRANDPRÉ Histoire de la littérature française du Québec t. III, p. 264

Jean Guy « Notes bibliographiques » RUL décembre 1962, p. 391. –

Réginald Hamel John Hare et Paul Wyczynski DPAQ p. 656-657

Gilles HÉNAULT « Lyrisme et Gratuité » LAC 1961, p. 36-37

Gilles Marcotte « les Livres. Poésie, quand tu nous tiens !... » la Presse (supp.), 20 janvier 1962, p. 8-9. –

René Pageau « Coup d'oeil sur l'œuvre de Gemma Tremblay » l'Action nationale septembre 1970, p. 86-96 [v. p. 87-88]. —

Suzanne Paradis « Gemma Tremblay : de Rhapsodie auburn a Feux intermittents » le Soleil 13 septembre 1969, p. 36. —

Louise-L Trahan « l'Univers poétique de Gemma Tremblay » Thèse de maîtrise ès arts Montréal, McGill University, 1972, 130f

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