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AMADOU

roman de Louise Maheux-FORCIER

Née le 9 juin 1929 à Montréal, de Louis-Alfred Mafieux, banquier, et de Cécile Giguère, Louise Maheux-Forcier fait ses études à l'École supérieure Sainte-Croix où elle obtient un diplôme lettres-sciences en 1946. Elle acquiert une formation en musique au Conservatoire de musique et d'art dramatique du Québec puis un certificat d'enseignement (1952) à l'Académie de musique du Québec. Récipiendaire d'une bourse du Gouvernement du Québec, elle fait un stage d'études musicales à Paris (1952-1954) sous la direction d'Yves Nat puis suit plusieurs cours d'histoire de l'art à l'Université de Montréal. Son premier roman est couronné par l'obtention du prix du Cercle du livre de France (1963) et Une forêt pour Zoé lui vaut le prix du Gouverneur général (1970). Boursière du Conseil des arts du Canada en 1971, elle est attachée de recherches au Centre de recherches en civilisation canadiennefrançaise (CRCCF) (1972-1973) puis écrivain résident à l'Université d'Ottawa (1979). Membre de plusieurs jurys littéraires (Jean-Béraud, canado-belge, concours d'oeuvres dramatiques de Radio-Canada, Conseil des arts du Canada et du ministère des Affaires culturelles du Québec), elle fait également partie de l'Union des écrivains québécois, de la Société des auteurs, recherchistes, documentalistes et compositeurs (SARDEC), de la Société des auteurs et compositeurs dramatiques de France (SACD), de la Composers Authors & Publishers Association of Canada (CAPAC) et de l'Association des éditeurs de langue française (ADELE), en plus de collaborer à de nombreux périodiques dont Liberté, la Nouvelle Barre du jour, l'lngénu (France), la Voix des poètes (France) et les Écrits du Canada français. Son fonds d'archives est déposé au CRCCF de l'Université d'Ottawa. Elle a épousé Marcel Forcier, décorateur

Nathalie, la jeune héroïne du premier roman de Louise Maheux-Forcier, Amadou, qui a mérité le prix du Cercle du livre de France en 1963, est restée fidèle au souvenir d'une adolescente de son âge, Anne, qu'elle aimait éperdument et qui est morte noyée. Au hasard de ses voyages où elle cherche l'oubli et promène une sensibilité à fleur de peau, elle rencontre Julien, qu'elle aime comme elle peut, mais surtout la très belle Sylvia, maîtresse peu convaincue de Robert, un compagnon de bohème de Julien. Nathalie retrouve en Sylvia les qualités physiques et les charmes qui exercent sur elle un attrait irrésistible. Les deux couples font l'acquisition d'une vieille chapelle romane, quelque part en Normandie, et s'y installent dans un bonheur routinier. Julien éprouve à l'égard de Nathalie un drôle d'amour, l'oubliant pendant des jours, se livrant à une débauche de peinture et à un déluge d'alcool. Un bref voyage à Paris de Nathalie et Robert, sous prétexte d'aller acheter un cadeau d'anniversaire pour Sylvia, se prolonge une nuit où, finalement, les deux amis se donnent l'un à l'autre. À leur retour, Julien, pris de colère et de jalousie, casse tout, le phono et la gueule de Robert. Dégrisé, il revient humblement à la raison et épouse Nathalie, paradoxalement de plus en plus éprise de Sylvia. Devenu professeur de dessin, Julien «croupit, s'enlise, engraisse et n'est pas heureux ». Nathalie cherche à tromper la grisaille quotidienne en entretenant une correspondance secrète avec Sylvia. Surprise par son mari, qui lui arrache les lettres et s'acharne à détruire l'image de Sylvia, Nathalie lui donne la mort par le poison

Il serait sans doute facile d'affirmer que ce premier roman se ressent de l'inexpérience d'écriture de l'auteur, alors que tel n'est pas précisément le cas. Certes, il s'y trouve des erreurs de détail (quelques constructions irrégulières, une ponctuation parfois déficiente). Néanmoins, la romancière manifeste déjà une maîtrise certaine de la langue et de l'écriture, que confirmeront ses ouvrages subséquents : vocabulaire abondant, phrase souple et élégante, raffinement de l'expression, beauté des images, tout cela rendu, malgré tout, dans un style d'une agréable sobriété teinté de poésie. Là où, à vrai dire, résiderait l'inexpérience d'un premier livre, ce serait dans la profusion des réflexions sur la vie, l'art, l'amitié, le bien et le mal, le mensonge, dont le roman est en quelque sorte le prétexte, farci qu'il est de réminiscences de tous ordres, entre autres le rappel de souvenirs de voyages, qui constituent, à n'en pas douter, des références autobiographiques « adaptées »

Quant au sujet développé par la romancière, il a provoqué les hauts cris, car il transgressait un tabou : non seulement n'était-il ni conforme à l'usage ni décent de pratiquer ce genre de relations amoureuses, en l'occurrence le lesbianisme, mais était-il encore moins convenant d'en faire un étalage même prudent et réservé dans un roman. Toutefois, l'argument est bien développé et, si tous les personnages ne sont pas aussi nettement campés que Nathalie et Julien, les liens existant entre eux sont clairement définis, de même que les rapports plus ou moins distants entretenus avec le père et la mère, dont on retrouvera les figures omniprésentes dans les autres romans en quelque sorte comme repoussoirs ou justificatifs. De toute façon, le caractère nettement poétique et « immatériel » du roman, — qui tient presque de l'irréalité du personnage d'Anne, — l'empêche de verser dans une vulgaire exploitation charnelle qui eût pu être déplaisante. Il faut relire la critique du temps pour découvrir comment une morale étriquée a pu occulter une véritable critique littéraire de cet ouvrage

Gilles DORION

OEUVRES

AMADOU Roman

[Montréal], le Cercle du livre de France, ri9631, 157 d

ETUDES

[Anonyme] «Louise Maheux-Forcier remporte le prix du Cercle du livre de France » le Devoir 8 octobre 1963, p. 6

«les Livres. Amadou par Louise Maheux-Forcier » Bulletin du Cercle juif novembre 1963, p. 3

Jean-Guy Blondin « Aux sources de la rêverie poétique chez Louise Maheux-Forcier » LAQ 1971, p. 295-304

Monique Bosco « les Arts et les Autres. Amadou de Louise Forcier, un roman qui me scandalise » le Magazine Maclean décembre 1963, p. 91

André Brochu « Chronique du livre. Amadou ou : les cercles du mal » Parti pris janvier 1964, p. 58-60 [reproduit dans l'Instance critique, p. 338-341]

Solange Chalvin «le Plus récent auteur canadien Louise Maheux-Forcier nous raconte sa douceur de vivre » le Devoir 26 octobre 1963, p. 42

Jean-Claude CHOUL et Michel DE SMET «Des romans bien tranquilles: les prix du Cercle du livre de France(l96o-1965)» VI automne 1980, p. 128-145 [v. p. 134-136]

Cécile Cloutier « l'Homme dans les romans écrits par des femmes » Incidences avril 1964, p. 9-12 [v. p. 10]

Cécile Cloutier et Réjean ROBIDOUX «... l'Amadou qui côtoie l'étincelle » le Droit 9 novembre 1963, p. 11

Gilles DORION «la Littérature québécoise contemporaine 1960-1977. II. Le Roman » Études françaises octobre 1977, p. 301-338 [v. p. 316-317]

Jean Éthier-Blais « Livres en français. Romans et théâtre» UTQ July 1964, p. 505-521 [v. p. 511-513]

«Domaine québécois — roman. Louise Maheux-Forcier. Une œuvre lente, mesurée mais non sans profusion » le Devoir 31 janvier 1970, p. 13 [reproduit dans Québec, mai 1970, p. 127-129]

Paul Gay « Amadou » le Droit 2 novembre 1963, p. 17

« Louise Maheux-Forcier : Amadou » Lectures novembre 1963, p. 61-62

« l'Éciaboussement du bonheur de l'enfance » le Droit 11 novembre 1972, p. 19

Réginald Hamel John Hare et Paul Wyczynski DPAQ p. 468-469

Jean Hamelin «Un des meilleurs prix du Cercle. Amadou, de Louise Maheux-Forcier » le Devoir 19 octobre 1963, p. 13

Naïm Kattan « Montréal Letter » The Tamarack Review Winter 1964, p. 48-52 [v. p. 481

l'Illettré [pseudonyme de Harry Bernard] « Madame Maheux-Forcier et son Amadou » le Bien public 8 novembre 1965, p. 4

Clément LOCKQUELL « le Prix du Cercle du livre de France. Amadou de Louise Maheux-Forcier » l e Soleil 19 octobre 1963, p. 12

Louise LONGTIN «Amadou de Louise Maheux-Forcier » Lettres et Écritures avril 1964, p. 14-17

Michèle A Mailhot « Pour Noël, cinq auteurs féminins » Châtelaine décembre 1963, p. 55

Jean-Louis Major dans Pierre DE GRANDPRÉ [éditeur] Histoire de la littérature française du Québec t. IV, p. 137-140

Gilles Marcotte «Débuts romanesques: Louise Maheux-Forcier [...]» la Presse (supp.), 26 octobre 1963, p. 6

Claire Martin «l'Homme dans le roman canadien-français » Incidences avril 1964, p. 5-8 [v. p. 7]

Jean MÉNARD «Amadou de Louise Maheu [sic]-Forcier» LAC 1963, p. 22-24

Suzanne Paradis Femme fictive, Femme réelle p. 287-289

G[uy] R[OBERT] « Six écrivains canadiens. Romans, contes, nouvelles » le Petit Journal 5 janvier 1964, p. A-35

Réjean ROBIDOUX ALC t. III, p. 253-254

Yves Taschereau « Amadou, un roman attachant » le Quartier latin 5 novembre 1963, p. 13

Louise Trudel « Amadou de Louise Maheux-Forcier » Incidences avril 1964, p. 53-56

Georges-André Vachon «Amadou » Relations janvier 1964, p. 22 [reproduit dans Québec, mai 1964, p. 87]

Paul Wyczynski « Vers le roman-poème » Incidences mai 1965, p. 31-38

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