Collections - Bibliothèque et Archives nationales du Québec.
LES ABÎMES DE L'AUBE

roman de Jean-Paul PINSONNEAULT

Le troisième roman de Jean-Paul Pinsonneault, les Abîmes de l'aube, raconte sous la forme d'un journal intime la crise que traverse un adolescent de dix-sept ans, renvoyé du collège, en plein cœur d'année, pour avoir entretenu une liaison particulière avec un camarade. Sujet scabreux, au début des années 1960, mais traité avec tact par «un écrivain extrêmement consciencieux qui se refuse aux facilités du sentiment comme à celles de l'écriture », note avec à-propos Gilles Marcotte, lors de la parution du roman

Dès son retour dans sa famille, tiraillé entre un père faible, presque toujours absent, et une mère acariâtre, omniprésente, qui le déteste et qu'il hait, Jean Lebrun se réfugie dans les pages de son journal intime pour meubler son extrême solitude. Mais, à tant vouloir se « mettre à nu » et jeter sur lui « un regard impitoyable », afin de se découvrir tel qu'il est, à trop chercher la présence de son ami Laurent Chevalier qu'il aime, il en vient à douter de son geste d'écriture qui lui apparaît bientôt « comme une feinte » à laquelle il recourt pour se justifier, « comme un jeu futile, peut-être dangereux ». Il ne fait qu'aggraver son mal, qu'envenimer sa souffrance car « ces pages témoignent de [son] dégoût et de [son] avilissement ». Il a honte de lui et il se sent lâche et faible. Sa famille, il le sait, ne lui est d'aucun secours : ni sa mère, incapable de lui témoigner une parcelle d'affection, ni son père, veule, ni sa sœur Suzanne, ni Pierre C..., «un camarade des dernières vacances, discret et attentif aux autres », pourtant, ni même Sylvie Morand, qui ne parvient pas, malgré la tendresse qu'elle lui manifeste, à lui faire oublier Laurent. À mesure que la solitude et le désarroi l'envahissent, monte en lui une aversion de plus en plus marquée pour sa mère, qui le lui rend bien et qui lit en lui comme dans un livre ouvert. Le conflit atteint son paroxysme quand Jean apprend que cette femme n'est pas sa vraie mère, qu'il est le fruit d'une liaison de son père véritable avec une autre femme, morte peu après sa naissance. Ainsi s'explique cette haine que lui voue sa mère adoptive qui « se venge sur moi d'une femme que mon père, à son insu, continue d'aimer à travers moi », note-t-il avec lucidité et non sans douleur dans son journal. Sa solitude est immense. Même Laurent à qui il rend visite au collège lui échappe après qu'il a renoncé à Sylvie, simple faux-fuyant, selon lui. Il veut se consoler dans les bras d'une « bête à plaisirs » qui le souille. Après une discrète tentative de suicide, il retrouve toutefois un certain équilibre

Ainsi le héros de Pinsonneault débouche sur l'espoir car l'aube, enfin, s'annonce pleine de promesses. La longue plainte de l'adolescent, qui passe du monde pur de l'enfance au monde perturbé des adultes, ne manque pas de pathétique. Jean, à force de lutter, a compris qu'il doit assumer son destin d'homme, en dépit de sa naissance troublante et d'une mère rebutante qui n'est pas sans rappeler, par son caractère irascible, la Folcoche de Vipère au poing d'Hervé Bazin, ni cette mère austère et hostile à laquelle Pinsonneault nous avait déjà habitués dans le Mauvais Pain * et dans Jérôme Aquin *

Jean-Paul Pinsonneault, dans les Abîmes de l'aube, se révèle un maître de l'analyse intérieure grâce à une plume qu'il manie avec art et sobriété. Sa langue, d'une grande précision, lui permet de fouiller les moindres replis de la conscience. La relecture de ce beau roman nous amène à conclure qu'il mérite plus que l'oubli

Aurélien Boivin

OEUVRES

LES ABÎMES DE L'AUBE Roman

Montréal, Beauchemin, 1962, 174 p

ETUDES

[Anonyme] « les Livres. Les Abîmes de l'aube par Jean-Paul Pinsonneault » Bulletin du Cercle juif décembre 1962, p. 3. —

Louise BUSSIÈRE « Actualités littéraires » le Droit 24 novembre 1962, p. 8

Joseph D'Anjou « les Livres. Jean-Paul Pinsonneault ; les Abîmes de l'aube » Relations Juin 1963, p. 187

Gilles DORION «la Littérature québécoise contemporaine 1960-1977. II. Le Roman» Études françaises octobre 1977, p. 301-338 [v. p. 305]

Jean Éthier-Blais «Romans et Théâtre » UTQ July 1963, p. 500-511 [v. p. 505-506]

Paul Gay « le Vertige du mal » le Droit 8 décembre 1962, p. 13. –

Jean Hamelin « les Abîmes de l'aube de J.-P. Pinsonneault » le Devoir 24 novembre 1962, p. 11

Rita Leclerc «Jean-Paul Pinsonneault, les Abîmes de l'aube » Lectures janvier 1963, p. 120-122

Normand Leroux « les Abîmes de l'aube de Jean-Paul Pinsonneault » LAC 1962, p. 27-28

Michèle A Mailhot « Dans les salons littéraires » Châtelaine mars 1963, p. 16

Gilles Marcotte «les Livres. J.-P. Pinsonneault Claire France » la Presse (supp.), 1er décembre 1962, p. 8. —

André Melançon «Étude d'auteur canadien. Jean-Paul Pinsonneault » Lectures octobre 1965, p. 35-38

L R « Notes bibliographiques. Jean-Paul Pinsonneault, les Abîmes de l'aube » RUL octobre 1963, p. 195-196

André Renaud «les Abîmes de l'aube» le Droit 1er décembre 1962, p. 20

Réjean ROBIDOUX ALC t. III, p. 249

Plan du site | Droits d'auteur | Confidentialité | Déclaration de services aux citoyens | Accès à l'information
© Bibliothèque et Archives nationales du Québec