Collections - Bibliothèque et Archives nationales du Québec.
DISCOURS ET CONFÉRENCES

de Thomas Chapais.

Thomas Chapais, qui a publié en 1897 un premier tome de Discours et Conférences*, continue à réunir en deux autres tomes (1913, 1935) une quarantaine d'écrits divers, presque tous déjà connus par leur publication dans des périodiques et des ouvrages collectifs ou sous forme de brochures, et dont la valeur et l'importance sont très inégales.

Le tome daté de 1913 couvre la première décennie du XXe siècle alors que l'auteur, membre du Conseil législatif, s'est déjà taillé une réputation comme historien, conférencier et orateur de circonstance. À ce dernier titre, il lit une « Adresse au Gouverneur général du Canada à l'occasion de l'inauguration du monument Champlain » ; à trois reprises, il chante les mérites de la Saint-Jean Baptiste ; il porte un toast à la France. Ces textes, ternes et emphatiques, n'offrent plus guère, d'intérêt. Des conférences littéraires sur Ferdinand Brunetière, François Coppée et Louis Veuillot ressemblent beaucoup à celles qu'il prononça, dans sa jeunesse.

Ce que l'on retient du deuxième tome, ce sont plutôt, les pages où percent l'historien et le défenseur de la langue française. Un texte de 1901, publié à l'occasion de l'avènement d'Édouard VII, présente la genèse du serment du roi à l'égard des catholiques anglais ; Chapais raconte, avec l'enthousiasme des historiens d'autrefois, le fait d'armes de Dollard ; en octobre 1911, il est choisi pour prononcer le discours à l'inauguration du monument Montcalm parce qu'il publie, la même année, la biographie du célèbre défenseur de la Nouvelle-France. Dans cinq allocutions consacrées à la langue française, l'auteur soutient que cette langue est « la gardienne de la foi, des traditions, de la nationalité », qu'elle doit continuer à cohabiter avec l'anglais, qu'elle est protégée par la constitution, qu'elle possède des droits devant les tribunaux et que, même en Ontario, elle ne devrait pas être ostracisée.

Le tome publié en 1935 couvre un peu moins de vingt ans d'activité qui sont pour Chapais la fin de l'âgé mûr et marquent le début d'une verte vieillesse. Il contient des éloges funèbres, comme ceux de Joseph-Edmond Roy, de Narcisse-Eutrope Dionne, de monseigneur Paul-Eugène Roy, des panégyriques, comme ceux de sir George-Étienne Cartier et de l'abbé Édouard Quertier, apôtre de la tempérance. Devenu orateur célèbre, sénateur, historien consacré, plus que jamais Chapais participe aux grands anniversaires et aux manifestations patriotiques ou religieuses. De ces propos de l'orateur, trois discours importants forment, en quelque sorte, la synthèse de sa conception de l'histoire : un discours prononcé devant la Société royale, en 1924, sur « la Science et l'Art dans l'histoire », une conférence sur François-Xavier Garneau, prononcée en 1925 et un discours sur « la Critique en histoire » devant la Société historique du Canada en 1926. Ces textes permettent de mieux connaître l'historien sous trois aspects : son providentialisme, son loyalisme britannique et sa méthode historique. Les deux historiens dont il fait le plus, grand éloge sont providentialistes : Bossuet et Vico. Comme les catholiques conservateurs de son époque, l'historien, profondément religieux, ne laisse guère de jeu aux causes secondes et, pour lui, la mention de la Providence est plus qu'un procédé de style. Le providentialisme doit développer chez l'historien une certaine forme de loyalisme britannique, qui est d'ailleurs de mise dans les milieux bourgeois catholiques et conservateurs d'où il est issu et dans lesquels il évolue. Si les événements de l'histoire sont déterminés par Dieu pour punir ou éprouver les hommes, pourquoi la conquête, l'Acte de Québec de 1774, la défaite des patriotes, en 1837-1838, ne seraient-ils pas des événements n'ayant rien de tragique pour les Canadiens de langue française ? Autodidacte, Chapàis a puisé sa méthode historique chez les grands historiens qu'il admire, en particulier chez Fustel de Coulanges et le duc de Broglie. Ce dernier, qui a raconté les événements diplomatiques et militaires ayant marqué en Europe le XVIIIe siècle, est son modèle. Comme lui, il veut étudier scrupuleusement les documents, les pièces d'archives, pour raconter les événements en des pages où la forme littéraire égale la sûreté de l'information.

Dans ces deux recueils de discours, à part quelques textes plus importants que nous avons signalés, on trouve surtout le témoignage de l'époque assez longue que l'auteur a traversée et l'expression des idées que prônaient les catholiques conservateurs lors des premières années du XXe siècle au Québec.

Jean-Charles Bonenfant.

OEUVRES

DISCOURS ET CONFÉRENCES.

Deuxième série, Québec, J.-P. Garneau, 1913, 404 p. [Troisième série], Québec, Librairie Garneau ltée, 1935, 510 p. [Quelques discours de la deuxième série parurent d'abord dans la Presse, sous le pseudonyme « Ignotus » :] « Notes et Souvenirs [« la Langue française devant nos tribunaux »] ». la Presse, 4 septembre 1897, p. 12. « Notes et Souvenirs [« la Langue française et nos constitutions »] », 19 septembre 1903, p. 5. [Dans Bulletin du parler français au Canada :] «la Langue française au Canada », octobre 1910, p. 49-54. «La Langue, gardienne de la foi, des traditions, de la nationalité », mai-août 1912, p. 282-290 [reproduit dans Premier Congrès de la langue française au Canada, Québec, 24-30 juin 1912. Compte rendu, Québec, Imprimerie de l'Action sociale, 1913, p. 445-453]. [Dans la Revue canadienne :] « À travers les faits et les œuvres [« la Langue française dans les écoles de l'Ontario »] novembre 1912, p. 442-444. [D'autres discours parurent soit en brochure, soit dans des ouvrages collectifs :] « les Noces de diamant de la Société Saint-Jean-Baptiste en 1902 », dans Discours prononcés par l'hon. Thomas Chapais au banquet national du 23 juin 1902, Québec, L.-J. Demers, 1903, 20 p. « Le Jour que nous célébrons. Discours prononcé au banquet national, 23 juin 1902 », dans Honoré-Julien-Jeah-Baptiste Chouinard [éditeur]. Annales de la Société St-Jean-Baptiste de Québec. Volume III, de 1889 à 1901, Québec, la Cie d'imprimerie du « Soleil », 1903, p. 68-82. L'Apostolat des bons livres et l'Association catholique de la jeunesse canadienne-française, Québec, Imprimerie de «l'Événement», 1905, 23 p. « La Croix de Tempérance au Canada », dans Premier Congrès de tempérance du diocèse de Québec, Québec, Secrétariat des œuvres de l'Action sociale catholique, 1911, p. 330-340. « Discours prononcé au Congres eucharistique de Montréal le 10 septembre 1910 », dans XXIe Congrès eucharistique international, Montréal, Librairie Beauchemin, 1911, p. 154-157. [Quelques discours et allocutions de la troisième série parurent d'abord dans la Revue canadienne :] « la Question bilingue ontarienne », octobre 1915, p. 289-303. [Dans l'Apôtre :] « Sir Georges [sic] Cartier [« Dévoilement de la statue de Cartier »], octobre 1919, p. 45-52. [Dans l'Annuaire de l'université Laval :] « Éloges de M. le docteur Narcisse-Eutrope Dionne », 1917-1918, p. 148-152. [Dans MSRC :] « la Science et l'Art dans l'histoire », 1924, p. LVII-LXXI. [Dans Almanach de l'Action sociale catholique:] « Panégyrique de M. l'abbé Édouard Quertier, apôtre de la tempérance », 1926, p. 43-44. [D'autres discours parurent, soit en brochure, soit dans dés ouvrages collectifs:] « Discours prononcé au Collège de Sainte-Anne », dans Collège de Sainte-Anne de la Pocatière. Fêles et Souvenirs, 12 et 13 juin 1918, Québec, l'Action sociale ltée, 1918, p. 56-64. « Le Rôle social de la race canadienne-française », Semaine sociale du Canada, IIIème session, Montréal, Bibliothèque de l'Action française, 1922, p. 425-436. « François-Xavier Garneau » [« l'Histoire de Garneau »], Semaine d'histoire du Canada, Montréal, Société historique de Montréal, 1926, p. 1O-31. « La Critique en histoire », The Canadian Historical Association, Ottawa, Published by the Department of Public Archives, 1927, p. 5-13. « La Papauté et l'Ordre international », Semaine sociale du Canada, VIIe session, Montréal, Bibliothèque de l'Action canadienne-française, [1927], p. 417-432. « La Vierge Marie et le Canada », le Premier Congrès marial du diocèse de Québec, du 12 au 16 juin 1929. Compte rendu, Québec, l'Action sociale, 1931, p. 170-179. « Notre culte marial », le Deuxième Congrès mariai du diocèse de Québec, Québec, Imprimerie de l'Action sociale ltée, 1932, p. 119-126.

ETUDES

[Anonyme], « les Livres », le Canada, 1er février 1936, p. 2.

Élie-Joseph Auclair, « Notes bibliographiques », la Revue canadienne, septembre 1913, p. 281-288.

Jean-Charles Bonenfant, « Sir Thomas Chapais », Culture, 1946, p. 265-276 :

« Retour à Thomas Chapais », Recherches sociographiques, janvier-avril 1974, p. 41-55.

Adjutor Rivard, « les Livres », Bulletin du parler français au Canada, octobre 1913, p. 67-68.

Camille Roy, « Bibliographie canadienne », la Nouvelle-France, janvier 1914, p. 46-48.

Paul Sauriol, « Discours et Conférences de M. Chapais », le Devoir, 1er février 1936, p. 8.

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