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DES MOTS, DES VERS

recueil de poésies de Jules Tremblay.

Fils de Rémi Tremblay, journaliste et écrivain, et de Julie Lemery, Jules Tremblay naît à Montréal le 5 juillet 1879. Après ses études au collège Notre-Dame et à l'école Jacques-Cartier, il commence sa carrière de journaliste en 1896, en collaborant au Canada-français de Saint-Jean et à la Presse. Puis il devient successivement rédacteur au Temps, au Citizen, au Journal, à la Justice d'Ottawa, à la Patrie, au Canada, au Devoir et au Herald. Il participe aux différents mouvements sociaux et littéraires de Montréal et d'Ottawa, étant, tour à tour, secrétaire de l'Association canadienne-française d'éducation d'Ontario, président de l'Alliance française d'Ottawa, de la Canadian Authors Association, président du Bureau d'administration de la Bibliothèque municipale d'Ottawa... C'est comme traducteur en chef de l'Ordre du jour de la Chambre des communes qu'il termine sa carrière dans la fonction publique du Canada. Fortement estimé comme animateur culturel, Jules Tremblay est entré à l'École littéraire de Montréal en 1909, au moment où les jeunes écrivains en faveur du terroir la dominaient. Son œuvre poétique en sera marquée. Il meurt à Ottawa le 28 novembre 1927. Il avait épousé Blanche Carter.

Jules Tremblay ne pouvait trouver mieux comme titre de son premier recueil de poésies que Des mots, des vers. En effet, les thèmes sont aussi nombreux que les groupes de poèmes du recueil et les sujets en nombre égal aux poèmes eux-mêmes. Des poèmes suggérés par des lectures, nés de l'observation directe ou du souvenir, écrits sous l'inspiration du moment, des mots, des vers rassemblés au hasard.

Aucune unité, aucun lien logique n'existent entre les divers groupes de poèmes qui vont des évocations patriotiques aux joies enfantines, des ruines romaines aux Alpes neigeuses ; des liens très lâches se dessinent entre les divers poèmes coiffés d'un même titre. Ainsi, « les Joies », celles des enfants et celles des parents attentifs à leur éveil, rapprochent « la Crèche de Noël,» et «l'Oeuf de Pâques ». Il convient de chercher dans ce recueil de vers les thèmes principaux, ceux qui occupent manifestement la pensée de l'auteur, puisque Jules Tremblay est un cérébral dont le vers « dit toujours quelque chose ». Il faut également s'attarder à la forme dans laquelle le poète a coulé tous ses textes, car elle confère son originalité au recueil et constitue son premier facteur d'unité.

Parmi les thèmes, mentionnons d'abord la veine patriotique. Jules Tremblay est un Canadien ardent et il garde vivante en son cœur l'histoire du pays et de ses héros. Il célèbre la force des ancêtres. Au « soleil des tropiques », il préfère le froid de chez nous, qui « ressuscite les morts »; il se moque avec une fine ironie de « ces frileux et de ces frileuses » qui fuient nos hivers, craignant « nos frimas et notre neige » ; il oppose la Catalogne du pays, ce « modeste tissé que la lessive embaume, », à tout ce que produit l'industrie étrangère, tapis persans ou tapisserie d'Aubusson. Du même coup, il dénonce le snobisme des bourgeois qui remplissent leurs maisons de tout un « fouillis d'écarlate et de chrome », et déplore que ceux-là soient si aisément imités par les pauvres travailleurs.

Pour ses enfants, il publie quelques poèmes naïfs, jeunes et frais, dont trois (« Noël d'enfant », « la Crèche » et « Berceuse ») furent mis en musique. À ses amis et aux poètes il offre des vers badins, comme ceux de « la Troupe » qu'il dédie « Aux artistes des Soirées de Famille, saison 1901 », ou admiratifs, comme le sonnet « À David Devries ». À sa femme il ne rapporte de Rome « ni or ni gemmes » (car, dit-il, « mon cœur déborde plus que ma bourse n'est vide »), mais sa jeunesse et son désir («Retour»). Il en rapporte également des images: « Ruines », « Forum », « Colisée » ; des expériences : « Naufrage » et « le Chant du Corailleur ». Un autre groupe de poèmes assez cohérents; « les Altitudes », plantent un décor de montagnes et de neiges éternelles habitées par les gnomes. Choses apprises, semble-t-il, plutôt que choses observées. Notons enfin la foi du poète, une foi agissante qui s'affirme et combat l'incroyance, une foi qui « partout voit la trace de Dieu ».

Toutefois, c'est par sa qualité formelle que ce premier recueil de vers retient l'attention. Jules Tremblay se montre ici tel qu'il restera : un parnassien soucieux de la perfection du vers, de la strophe et du poème, ennemi surtout des confidences : « Mes yeux furent toujours grands ouverts, j'ai voyagé et je vous apporte le croquis des choses dont la plastique m'a inspiré. Que d'autres élaborent des thèses sentimentales ou métaphysiques » (Préface).

Jules Tremblay est un visuel. Mais si l'on ne compte pas ses images, tant elles sont nombreuses, les impressions auditives, olfactives, gustative ou tactiles sont à peu près absentes de sa poésie. Comme son maître et modèle Heredia, Jules Tremblay a cultivé et privilégié le sonnet, — treize des quarante et un poèmes de ce premier recueil sont des sonnets, — et comme lui, il prépare des chutes admirablement exécutées. Sa véritable originalité s'exprime par la richesse de son vocabulaire et la précision des termes choisis, par la recherche du mot rare, archaïque ou noble, qui impose au lecteur même cultivé le recours au dictionnaire.

Le premier recueil de vers de Jules Tremblay pouvait satisfaire les amateurs d'idées et de belles formes poétiques ; c'est sans doute ce qui a disposé ses confrères de l'École littéraire de Montréal a en approuver la publication.

Suzanne Lafrenière.

OEUVRES

DES MOTS, DES VERS,

Montréal, Librairie Beauchemin limitée, 1911, 228 p.

ETUDES

[Anonyme], « Bibliographie. Des mots, des vers, par M. Jules Tremblay », la Pairie, 22 février 1911, p. 14.

L. N. d'Aragnon. «Échos littéraires», le Nationaliste, 28 janvier 1912, p. 3.

Alphonse Beauregard, Préface du recueil, p. 9-12 [reproduite en partie dans le Devoir, 21 janvier 1911, p. 3]. –

Jean Charbonneau, l'École littéraire de Montréal, p. 247-250.

Émile Chartier. « Un poète de chez nous », le-Devoir, 3 et 4 mars 1911, p. 1.

Jules Gagnon, « Des mots, des vers par Jules Tremblay », le Nationaliste, 12 février 1911, p. 2.

Edmond Léo [pseudonyme d'Armand Chossegros], « Causerie littéraire. Des conditions de la poésie », le Devoir, 11 mars 1911, p. 1 ;

« les Livres. Les Soirées de l'École littéraire de Montréal », le Devoir, 23 janvier 1926, p. 1.

Léon Lorrain, « le Livre », le Nationaliste, 29 janvier 1911, p. 1.

Paul-O. Ouimet, « Musique et Poésie. Une ébauche », le Nationaliste, 19 mars 1911. p. 6.

Jean Picard, « Un livre nouveau », le Devoir, 31 janvier 1911, p. 1.

Camille Roy, « Courrier, littéraire. Des mots, des vers, par Jules Tremblay », l'Action sociale, 21 mars 1911, p. 5 [reproduit dans Érables en fleurs, p. 71-781.

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