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LE DÉBUTANT

roman d' Arsène BESSETTE.

Fils de Moïse Bessette, magistrat et homme politique, et de Valérie Lapalme, Arsène Bessette naît à Saint-Hilaire de Rouville le 20 décembre 1875. Il étudie au collège Sainte-Marie de Monnoir, puis, faute de pouvoir s'inscrire à l'université, il se lance dans le journalisme. En 1892 (?), il collabore au Canada-français de Saint-Jean et en devient rédacteur l'année suivante. Il se lie alors d'amitié avec le peintre Ozias Leduc. En 1903, il lance une première revue satirique, l'Étincelle, puis une seconde, le Taon, en 1908. Il entretient une correspondance avec Marie Le Franc pendant des années et songe même à l'épouser, mais Albine Lareau, sa collaboratrice au Canada-français, sera l'élue (1907). En 1914, il publie un roman de mœurs, le Débutant, bientôt condamné par l'archevêque de Montréal. Bessette doit alors quitter le Canada-français et se retirer à Montréal. Il y meurt le 21 juin 1921.

L'avis au lecteur dont Arsène Bessette a tenu à faire précéder son roman le Débutant laisse clairement entendre que cette œuvre a été inspirée par ses propres expériences, qu'elles fussent professionnelles, littéraires, politiques ou sentimentales. L'auteur « raconte ce qu'il connaît, sans se soucier de plaire à celui-ci ou de mécontenter celui-là, par simple amour de la vérité ». Arsène Bessette a donc transposé à quarante ans, dans ce roman, ce qu'il avait plus ou moins vécu à vingt ans. Paul Mirot, le petit paysan à l'intelligence précoce, ressemble sans doute au petit campagnard que fut Arsène Bessette dans sa jeunesse. La vivacité de son esprit laisse pressentir l'homme qui plus tard « joindra à l'amour de l'indépendance le culte de la beauté », bien qu'il ait été élevé dans un milieu fruste.

Mirot, découvert par le député Vaillant, venu visiter la cabane à sucre de l'oncle « Batèche », est accepté au journal le Populiste où « ses manières engageantes, son obligeance et sa franchise » le feront apprécier. Le voilà donc lancé dans le journalisme, apprenant son métier sur le tas. Une bonne façon de se socialiser en se frottant à tous les milieux. Il y gagne, en plus du savoir-faire professionnel, une assurance précieuse pour se faire aimer de Simone Laperle, une jeune et jolie veuve montréalaise, cousine de Jacques Vaillant, son meilleur ami. Devenu l'amant de Simone, il découvre en elle une femme tendre mais aussi une merveilleuse inspiratrice et une conseillère avisée. Elle l'initie au « monde ». Il se sent alors de taille à fonder avec Jacques Vaillant un nouveau journal, le Flambeau, avant de se lancer en politique et de tâter de la littérature, avec un premier roman, pour célébrer celle qu'il aime. Malheureusement tous ces débuts prometteurs vont tourner court : il échoue dans ses diverses entreprises et Simone Laperle, qu'un confesseur avait détournée de lui, meurt brutalement. Il ne lui reste que la ressource « de refaire sa vie sur une terre étrangère », instruit par l'expérience que « le grand enseignement de la nature » est que « l'homme vive dans l'avenir et non dans le passé afin que le présent soit fécond ».

On voudrait souhaiter que, après la condamnation du Débutant par l'Église et la perte de sa situation au Canada-français, Arsène Bessette eût quitté Saint-Jean dans des dispositions analogues. Hélas, il n'avait plus vingt ans et il végéta à Montréal jusqu'à sa mort.

Mais son livre est resté, grâce à quelques exemplaires sauvés du feu où ceux qui l'avaient acheté l'ont précipité pour ne pas contrevenir aux ordres du clergé. De cela il faut nous réjouir, car l'ouvrage est divertissant et bien construit. Les triples débuts de Paul Mirot (dans le journalisme, en amour et dans les lettres) sont développés à leur tour sur trois modes différents : celui de la description (de la nature, des mœurs électorales au début du siècle dans la province de Québec, de la vie d'un journal), celui de la narration (des aventures sentimentales et professionnelles de Mirot) et celui de la réflexion (sur la difficulté pour un jeune Canadien français de se réaliser, sur les dangers de l'idéologie « nationale », en littérature, au nom de laquelle « tout genre nouveau » était condamné comme « mauvais »). De plus, les deux structures de composition, — l'une individuelle où Mirot évolue seul, l'autre où il se trouve face à d'autres personnages ou au sein de milieux divers, — interfèrent en Mirot, ajoutant à la crédibilité de celui-ci et à l'expression de vécu et d'authenticité que dégage un récit foisonnant et cependant bien maîtrisé.

On regrette que le Débutant n'ait pas connu le succès qu'il méritait. Le livre n'est pas immoral, quoi qu'on en ait dit en 1914, — mais il fallait abattre l'auteur, ce libéral convaincu et franc-maçon de surcroît !

Or Arsène Bessette apportait là quelque chose de neuf, de solide, d'original dans le désert littéraire de l'époque, qui laissait bien augurer de ce qu'il écrirait ensuite. On l'a brisé et il n'a plus rien publié. Apprécions d'autant mieux alors l'aisance de plume, la qualité de style, le parti pris délibéré d'humour et de fantaisie pour éviter les pièges du mélodrame, sans oublier le recours, — alors inusité, — au dialogue, préféré au discours indirect à la première personne, qui rendent plaisante la lecture du Débutant.

Madeleine Ducrocq-Poirier.

OEUVRES

LE DÉBUTANT. Roman de mœurs du journalisme politique dans la province de Québec,

Saint-Jean, Imprimé par la Compagnie de publication «le Canada-français», 1914, 257 p. : Montréal, Éditions HMH, 1976, 283 p.

ETUDES

[Anonyme], « Il publiera un roman du terroir », la Presse, 28 février 1914, p. 27.

Madeleine Ducrocq-Poirier, « Arsène Bessette et Marie Le Franc », Colloque, Relations France-Québec au XIXe siècle, Paris, les Cahiers du Centre culturel canadien, n° 3 (avril 1974), p. 36-38 ;

Postface à l'édition de 1976, p. 261-283

le Roman canadien de langue française de 1860 à 1958, p. 262-269, 713-715.

Réginald Hamel John Hare et Paul Wyczynski, Dictionnaire pratique des auteurs québécois, p. 61. —

Albert Laberge, Journalistes, Écrivains et Artistes, Montréal, Édition privée, 1945, p. 25-32.

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