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CONTES DU VIEUX TEMPS

de Louis-Joseph DOUCET.

En 1907. Louis-Joseph Doucet se sépare de l'École littéraire de Montréal, aux tendances nettement esthétiques, pour adhérer à l'École du terroir, aux visées plus nationalistes et utilitaires. C'est dans la veine terroiriste que sont écrits les Contes du vieux temps, parus en 1911.

Le titre du volume est suivi, à bon droit d'ailleurs, du sous-titre Çà et là. Des quarante-huit intitulés que comporte la table des matières, en effet, quatorze seulement constituent des contes proprement dits ; les trente-quatre autres rubriques traitent plutôt de sujets divers, où l'auteur promène son lecteur de-ci de-là, au gré de ses considérations imprévisibles.

Parmi les quatorze contes du recueil, trois ont pour thème la mort (un enfant égaré dans la forêt meurt de froid ; un enfant atteint de phtisie s'éteint pendant la nuit de Noël ; un vieux Français meurt en Canada). Deux contes se ramènent à l'histoire de quelque amour malheureux ; deux autres moralisent, le premier en s'attaquant à l'ivrognerie, le second en exaltant le repentir chrétien ; deux autres encore font revivre Lanoraie, village natal de Doucet, Lanoraie en une nuit de Noël 1880 et Lanoraie au temps des Iroquois qui y ont martyrisé une petite fille. Enfin, et c'est peut-être la partie la plus intéressante du recueil, quatre contes font intervenir un élément magique (histoire de lévitation, vision d'un démon gigantesque à l'horizon, manoir hanté, loup-garou), tandis qu'un dernier conte anticipe sur la science-fiction (« Lettre écrite de la lune »).

Des trente-quatre autres intitulés qui ne sont point des contes, mais bien plutôt des propos divers se référant au sous-titre Çà et là, six s'attachent à décrire le lien muet qui relie la nature extérieure à la vie humaine (« l'Horizon », « Effets de nuit »...) ; quatre évoquent plus précisément les saisons («l'Hiver», «Avril»...); quatre chantent le pays, son présent ou son passé (« le Port de Montréal », « Fête nationale »...). On compte en outre quatre commentaires de chansons (« Un Canadien errant »...), l'analyse d'une fable de La Fontaine (« le Loup et le Chien »), des réflexions morales ou religieuses (« Honnêteté d'antan », « Pensées »...) et, enfin, des évocations de figures célèbres (Champlain, Musset, Émery Desroches, Edgar Poe).

À travers ces contes ou propos divers qui s'enchevêtrent pêle-mêle, baignant dans l'humus du terroir des années 1900, s'établit une impression générale de vie pénible, dure, remplie d'épreuves auxquelles on doit se résigner, pieusement ; le lecteur y notera la fréquence lancinante des termes « triste », « tristesse », « tristement ». Si parfois s'exprime très discrètement le désir d'une évasion, l'auteur opte finalement pour son terroir, car, s'exclame-t-il, « heureux l'être pétri de constance qui vit et meurt content du même coin... ! »

Louis-Joseph Doucet affectionne les descriptions, longues au point de l'emporter couramment sur l'action ; il prête en parole une âme aux choses, des sentiments volontiers moralisateurs, mélancoliques presque toujours. L'écriture est déparée par de nombreuses coquilles, des fautes d'orthographe et de syntaxe et une ponctuation fantaisiste ; malgré tout, il y flotte une touche de poésie qui la garde encore attachante.

Benoît Beaulieu.

OEUVRES

CONTES DU VIEUX TEMPS. Çà et là,

Montréal, J-G. Yon, 1911, 142 p.

ETUDES

Charles Gill, « Contes du vieux temps », le Nationaliste, 19 février 1911, p. 5.

Albert Lozeau, « Billets du soir. Contes du vieux temps », le Devoir, 28 janvier 1911, p. 1.

Camille Roy, « Courrier littéraire. Contes du vieux temps par Louis-Joseph Doucet », l'Action sociale, 6 mai 1911, p. 5 [reproduit dans Érables en fleurs, p. 47-54],

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