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LA CONQUÊTE ÉCONOMIQUE

et autres essais d' Édouard Montpetit.

Entre 1932 et 1942, Édouard Montpetit publie trois ouvrages ayant trait à la vie économique : Sous le signe de l'or (1932), les Cordons de la bourse (1935) et la Conquête économique (en trois tomes, 1938, 1940, 1942). La série des cinq volumes représente le corps, principal de l'effort « scientifique » qu'aurait voulu poursuivre Édouard Montpetit, au-delà de son œuvre d'éducation populaire en faveur de l'économie politique. L'ouvrage les Cordons de la bourse est le seul vraiment technique que publie Montpetit. En dépit du titre, la Conquête économique sert à couvrir les regrets qu'entretenait l'auteur de ne pouvoir faire davantage, car il est trop accaparé à l'Université de Montréal. Conscient de la demande du public pour des écrits de Montpetit, l'éditeur Bernard Valiquette le convainc de rééditer les textes d'actualité qu'il se laisse arracher pour des revues et des conférences. D'où la Conquête économique.

Sous le signe de l'or traite de la monnaie au temps où le monde en était au règne de l'étalonor. Ce n'est pas un ouvrage de théorie monétaire, donc d'analyse scientifique, mais bien de description et d'explication de l'appareil monétaire canadien et de ses mécanismes de fonctionnement. Le développement est centré sur ces concepts de base relatifs à la monnaie et aux systèmes monétaires. Il demeure un ouvrage utile à la connaissance des questions monétaires en général. De plus, il possède une valeur historique indéniable quant aux conceptions monétaires et au système canadien du premier tiers du XXe siècle. La troisième partie va au-delà de la pure technique. Au sujet des relations économiques internationales, elle apporte les éléments de base traditionnels relatifs aux équilibres de changes et aux diverses formules alors pratiquées pour les réaliser. La clarté de l'exposé fait de Sous le signe de l'or un ouvrage précieux.

Les Cordons de la bourse constituent un ouvrage du même genre pour les finances publiques, quoique beaucoup plus lié aux particularités des institutions britanniques en vigueur au Canada. Ici encore, il ne s'agit pas de la théorie de finances publiques, mais de la description et de l'explication des institutions et des mécanismes par lesquels se préparent, se votent et se déterminent les budgets au Canada. L'analyse est précédée d'une introduction sur les cheminements historiques par lesquels les Canadiens ont acquis la maîtrise des deniers publics à partir de leur état colonial. Le développement analytique est lui aussi accompagné de données historiques sur l'évolution des institutions et des pratiques financières. Cet ouvrage reste l'un des meilleurs exposés qui puisse être utilisé pour initier le profane aux divers rouages de l'élaboration des budgets à Ottawa et dans les capitales provinciales.

Les trois volumes de la Conquête économique ont chacun leur sous-titre, qui marque peut-être plus des intentions que des réalisations : I- Les Forces essentielles, II- Étapes, III- Perspectives.

La Conquête- I reprend d'abord la partie proprement économique de Pour une doctrine, après quoi sont groupés divers textes de nature économique parus précédemment dans des revues. Ces textes constituent une analyse de la situation au Québec et de l'œuvre d'un précurseur, Errol Bouchette. Le tout est inspiré par des optiques pratiques et politiques « d'indépendance économique du Canada français ». L'analyse économique est conduite vers des propositions que l'on retrouve à la base de la pensée d'Esdras Minville.

La Conquête- II, construite de la même façon, comporte d'abord un texte de quatre-vingt-dix pages sur le tourisme. La suite dévie du projet que suggère le titre et qu'annonce l'avant-propos du premier volume, et reprend trois chapitres du Front contre la vitre*. Le dernier chapitre développe un texte de Pour une doctrine sur les responsabilités intellectuelles des économistes.

La Conquête- III reprend certains textes parus dans les volumes précédents, auxquels l'auteur ajoute des articles sur le civisme, le milieu et la politique commerciale du Canada.

Pour bien apprécier l'œuvre de Montpetit, il importe de la replacer dans son temps. L'auteur a pris conscience que son rôle d'économiste au Québec l'obligeait à être plus un apôtre qu'un scientifique. S'étant vu au surplus confier la fonction de premier secrétaire d'une nouvelle université, il a finalement choisi de ne faire de science que ce qui était nécessaire pour comprendre, et faire comprendre au Canada français, l'importance de cultiver la science économique.

Dans ces conditions, il faut attacher beaucoup d'importance à la dimension culturelle de l'ensemble de son œuvre, ce qui le passionnait probablement plus que son rôle un peu obligé d'économiste officiel ou national. À cet égard, il a accompli l'essentiel de la tâche qui était réalisable : éveiller le peuple québécois au sens de l'économique, développer l'enseignement universitaire des sciences économiques et créer ainsi des milieux scientifiques authentiques.

« Si, affirme Léoppid Richer, Sous le signe de l'or a une valeur incontestable comme exposé général et logique et comme enseignement sûr, son mérite le plus immédiatement pratique est d'être le premier traité du genre adapté aux besoins du Canada. » Hermas Bastien, qui admire la densité de l'ouvrage en même temps que le dessein de vulgarisation de Montpetit, partage son avis : « Ce livre nous paraît un bel essai de nationalisation scientifique. »

L'ensemble de la critique est unanimement admiratif devant les Cordons de la bourse d'Édouard Montpetit, que l'on présente comme un maître dans le domaine des sciences économiques et dont on attend beaucoup, selon Louis-Philippe Roy : « Montpetit est un doctrinaire qui n'a pas encore écrit le fond de sa pensée. »

Avec la Conquête économique, les études de Montpetit constituent de véritables documents dans l'histoire de la pensée économique canadienne-française. Cette opinion est largement corroborée par des critiques nombreux. Gérard Dagenais, par exemple, estime que certains y trouveront des idées « audacieuses, des idées indispensables ». Léon Dufrost les décrit comme « utiles » et « nécessaires ». Le père Romain Légaré y observe « une certaine coquetterie de la forme littéraire qui rend agréable la lecture et évite la sécheresse ordinaire des considérations économiques ». L'œuvre écrite d'Édouard Montpetit n'a rien perdu de son actualité, en raison de sa grande richesse culturelle.

François-Albert Angers.

OEUVRES

LA CONQUÊTE ÉCONOMIQUE,

Montréal, Éditions Bernard Valiquette, 3 vol. : t. I : les Forces essentielles, [1939], 291 p. ; t. II : Étapes, [1940], 268. ; t. III : Perspectives, [1942], 294 p. Sous le signe de l'or, [Montréal], Éditions Albert Lévesque, [1932], 305 p. Les Cordons de la bourse, [Montréal], Éditions Albert Lévesque, [1935], 336 p.

ETUDES

[Anonyme], « Sous le signe de l'or par Édouard Montpetit », la Parole, 7 décembre 1932, p. 3 [reproduit le même jour dans la Liberté (Winnipee), p. 3]

« Sous le signe de l'or », l'Actualité économique, 1932-1933, p. 401-402 ;

« Deux livres canadiens à grand succès », le Droit, 22 février 1933, p. 3 [reproduit dans le Bien public, 23 février 1933, p. 8] [Sous le signe de l'or] ;

« les Cordons de la bourse », l'Actualité économique, 1935-1936, p. 488-489 ;

« les Cordons de la bourse. Le nouveau livre de M. Édouard Montpetit», le Devoir, 16 mai 1935, p. 3 ;

«les Livres», le Canada, 21 mai 1935, p. 2 [les Cordons de la bourse] ;

« Livres à lire. Les Cordons de la bourse par M. Édouard Montpetit », la Parole, 23 mai 1935, p. 2 ;

« Vient de paraître. La Conquête économique. T. L Les Forces essentielles, par M. Édouard Montpetit », l'Action catholique, 28 octobre 1938, p. 4.

François-Albert Angers, « Vie de l'esprit. La Conquête économique », l'Action nationale, février 1939, p. 160-167.

P-H. B., «Bibliographie», RUO, octobre-décembre 1935, p. 499-500 [les Cordons de la bourse].

Hermas Bastien, « Sous le signe de l'or », Revue dominicaine, janvier 1933, p. 36-41 [reproduit dans Témoignages. Études et profils littéraires, p. 63-72].

Roger Bédard. « M. Édouard Montpetit précurseur de la révolution tranquille », l'Action nationale, avril 1966, p. 899-928.

Camille Bertrand, « les Livres et leurs auteurs », le Devoir, 25 mai 1935, p. 19 [les Cordons de la bourse].

Carmel Brouillard, « Revue des livres », les Idées, octobre 1935, p. 255-256 [les Cordons de la bourse].

Jean Bruchési, « Quelques livres », l'Action universitaire, juin 1935, p. 26. —

Claude Charles, « Littérature canadienne. La Conquête économique », En Avant!, 11 novembre 1938, p. 3.

Émile Chartier, « la Vie de l'esprit au Canada français. 8e étude. La littérature politique, économique et sociale (1867-1920). Les écrivains récents », MSRC, 1935, section I, p. 43-55 [reproduit dans Au Canada français. La vie de l'esprit, p. 99-118].

Gérard Dagenais, « les Lettres. La Conquête économique de M. Édouard Montpetit », le Canada, 14 janvier 1939, p. 2.

Léon Dufrost, « De Montpetit à René Benjamin à travers Émile Faguet », le Bien public, 10 novembre 1938, p. 3.

Roger Duhamel, « les Livres », l'Action nationale, juin 1940, p. 456 [la Conquête économique].

Henri Girard, « les Livres. Rayons de lumière », le Canada, 31 mai 1935, p. 2 [les Cordons de la bourse].

Maurice Hébert, «les Cordons de la bourse», le Canada français, mars 1935, p. 659-665 [reproduit dans les Lettres au Canada français, p. 207-218].

Jules Jolicoeur [pseudonyme de Jean Chauvin], « Littérature canadienne », la Revue populaire, février 1933, p. 16 [Sous le signe de l'or].

René Laurence, « Bulletin bibliographique », l'Action nationale, décembre 1933, p. 267-270 [Sous le signe de l'or].

Romain Légaré, « Montpetit, Édouard, la Conquête économique », Culture, 1942, p. 560-56!.

Léon Lorrain, « Édouard Montpetit », dans Cahiers de l'Académie canadienne-française, vol. VII, Profils littéraires, 1963, p. 129-138.

Olivier Maurault, Aux Louisianais, Montréal, les Éditions des Dix, 1943, p. 99-101 [la Conquête économique. Étapes].

Gérard Parizeau, « les Cordons de la bourse », Revue dominicaine, janvier 1936, p. 40-45.

Léopold Richer, « les Nouveaux Livres. Sous le signe de l'or, par Édouard Montpetit », le Droit, 24 décembre 1932, p. 3.

Louis-Philippe Roy, « les Cordons de la bourse, par M. Édouard Montpetit », l'Action catholique, 23 décembre 1935, p. 4.

Paul Sauriol, « les Livres. Sous le signe de l'or (par Édouard Montpetit) », le Devoir, 6 décembre 1932, p. 1-2 ;

« les Cordons de la bourse, par M. Édouard Montpetit », le Devoir, 15 juin 1935, p. 1.

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