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CHRONIQUES

de Léon Lorrain.

Charles-Dufresne-Léon Lorrain naît à Iberville le 19 juin 1885, de Léon Lorrain, avocat et écrivain, et de Léontine Vincelette. Il fait ses études au Collège d'Iberville puis, en 1906, il commence une carrière en journalisme au quotidien le Canada. Rédacteur au journal le Devoir de 1910 à 1914, il collabore également au Nationaliste dès 1909 et en assume la direction de 1912 à 1915. Secrétaire de la Chambre de commerce de Montréal (1914-1923), il entre à la Banque canadienne nationale à titre de directeur de la publicité et de rédacteur attaché à la direction ; en 1935, il est nommé secrétaire général et occupe ce poste jusqu 'à sa retraite en 1963. Professeur de français à l'École des Hautes Études commerciales de 1917 à 1950, il obtient un diplôme honoris causa en sciences commerciales de l'Université de Montréal en 1950. Ardent défenseur de la langue française, principalement dans le monde des affaires, il a écrit deux volumes et plusieurs articles dans les périodiques pour promouvoir la langue française. Membre de la Société royale du Canada à partir de 1947, de la Société des Écrivains canadiens et du Cercle universitaire de Montréal dont il est un des fondateurs, il meurt à Montréal le 10 novembre 1978. Il avait épousé Juliette Pariseau le 15 février 1912.

CHRONIQUEUR au Devoir et au Nationaliste, Léon Lorrain réunit en volume une quarantaine d'articles parus du 17 août 1910 au 23 juillet 1912. Présentés sans ordre apparent, les chroniques, anecdotes et récits regroupés sous le titre de Chroniques sont pourtant reliés entre eux par un point commun : la recherche de l'insolite. Parus en première page des deux quotidiens, ces articles humoristiques servent de contrepoids aux propos parfois graves de l'éditorialiste ou du rédacteur de nouvelles.

Qu'il décrive l'hypocrisie bourgeoise de deux vieilles célibataires (« Fleurs de serre »), les imbécillités d'un énumérateur (« le Recensement »), les péripéties d'une soirée à l'opéra (« Chut »), les progrès en Chine au XXe siècle (« Chinoiserie »), les exigences dérisoires d'une femme de ménage (« la Laveuse moderne »), le froid au Québec (« le Froid »), ou la perte du Titanic (« l'Orgueil »), le chroniqueur ne manque pas une occasion de provoquer le rire, ou du moins le sourire, chez le lecteur. Il aborde les sujets les plus sérieux sur un ton badin. C'est ainsi qu'il défend les droits de la langue française (« Concordia Salus »), de la femme (« Avec une fleur ») et des pauvres (« Recorder, vous avez raison »), en démontrant le ridicule de certaines pratiques sociales courantes au début du siècle.

Lorrain possède l'art de la blague. Dans « le Marchand d'intrigues », il raconte comment un ancien camarade de classe est devenu riche à force de vendre des coupures de journaux aux écrivains américains. « Il n'est pas un banal fait divers dont on ne puisse tirer quelque intrigue de roman ou de conte », conclut l'auteur. Parmi les procédés humoristiques qui reviennent le plus souvent dans les Chroniques, mentionnons le sarcasme et la boutade. Dans « l'Antibruit », l'auteur se moque des journaux, qu'il trouve « si répandus, leurs comptes rendus si complets et leurs interviews si bien imaginées qu'on ne peut plus justifier l'existence du discours en public ». De telles saillies abondent sous la plume mordante du journaliste, qui n'épargne personne, y compris ses collègues. S'inspirant le plus souvent de l'actualité, il transforme un simple fait divers en un événement marquant. Dans « Doux Pays », il dépeint la fin tragique d'une femme médecin de New York, qui meurt dans la misère après avoir passé sa vie à soigner gratuitement les pauvres. Si elle avait été de son siècle, note le chroniqueur, elle se serait spécialisée dans le traitement des maladies de la gent canine, — profession lucrative, — et elle aurait laissé la charité et la philanthropie aux institutions d'État.

À cause de sa façon de saisir le ridicule des faits et gestes de son époque, Léon Lorrain mérite des appréciations louangeuses lors de la parution de ses Chroniques. Le comparant à Napoléon Lafortune, auteur d'un ouvrage analogue, intitulé À bout portant*, « Madeleine » (pseudonyme de madame Wilfrid-A. Huguenin) n'a que des éloges pour la verve spirituelle et le style « clair, concis, harmonieux » du chroniqueur. Godefroy Beaumanoir voit « de l'esprit, de la fantaisie, de l'émotion, de l'observation » dans ces courts textes. Ce qu'on admire surtout, ce n'est pas que l'auteur corrige certains travers de la société, mais qu'il les corrige en riant.

Kenneth Landry.

OEUVRES

CHRONIQUES,

Montréal, Éditions du «Devoir», 1912, 121 p. [Sauf « Petite Buffonnerie [sic] » et « Avec une fleur », qui semblent inédites, les chroniques parurent d'abord sous la rubrique « Billet du soir » en première page du Devoir :] « le Revers de l'or », 17 aoûl 1910. « Recorder, vous avez raison », 18 août 1910. « L'Antibruit », 6 septembre 1910. «Concordia Salus», 19 novembre 1910. «La Générosité», 14 décembre 1910. « Lettre ouverte », 3 janvier 1911. « Le Recensement », 5 juin 1911. «Il était deux petits garçons », 5 juillet 1911. «Une idée», 11 septembre 1911. «Le Marchand d'intrigues», 29 septembre 1911. « De la pluie », 3 octobre 1911. « Silhouette », 10 novembre 1911. « L'Art n'a pas de patrie », 13 novembre 1911. «Chut», 27 novembre 1911. «Fleurs de serre», 1er décembre 1911. « En avons-nous une santé! », 21 décembre 1911. «Année bissextile», 2 janvier 1912. « L'Esprit de l'escalier », 8 janvier 1912. « Au service du roi », 17 janvier 1912. «Le Système du pire», 19 janvier 1912. « La Vraie Solution », 22 janvier 1912. « Mlle la juge », 9 février 1912. « Le Froid », 13 février 1912. « Les Droits du chien », 1er mars 1912. « Pour remplacer les enfants », 22 février 1912. « Qu'est-ce à dire ? », 9 mars 1912. « C'est le printemps », 21 mars 1912. « Mieux qu'au théâtre », 27 mars 1912. « L'Animalisation », 3 avril 1912. « L'Orgueil », 19 avril 1912. « Simplifions », 25 avril 1912. «Le Prétexte est mauvais», 2 mai 1912. « Pour apprendre à parler », 8 mai 1912. « La Valeur du pittoresque [«le Pittoresque»], 23 juillet 1912. [En première page du Nationaliste, sous le pseudonyme de « Simon Bréval » :] « la Laveuse moderne», 22 octobre 1911. «Chinoiserie», 4 novembre 1911. « À propos de greffe », 14 janvier 1912. « Un amendement », 28 janvier 1912. « Doux Pays », 18 février 1912.

ETUDES

Godefroy Beaumanoir, « Causerie littéraire. Deux auteurs du Devoir. À bout ponant, par Nap. Tellier. Chroniques, par Léon Lorrain», le Devoir, 5 juin 1912, p. 1.

Madeleine [pseudonyme de madame Wilfrid-A. Huguenin], « Chronique », la Pairie, 3 juin 1912, p. 4 [reproduit sous le titre « Nap. Tellier et Léon Lorrain. Une jolie chronique de Madeleine», dans le Devoir, 8 juin 1912, p. 21.

Adjutor Rivard, « les Livres. Léon Lorrain. Chroniques », Bulletin du parler français au Canada, septembre 1912, p. 52-53.

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