Collections - Bibliothèque et Archives nationales du Québec.
CHEZ NOUS

et CHEZ NOS GENS, recueils de récits d' Adjutor RIVARD.

Adjutor Rivard naît à Saint-Grégoire de Nicolet le 22 janvier 1868, de Louis-Ludger Rivard, notaire, et de Paméla Harper. Après ses études classiques au Séminaire de Québec et ses études de droit à l'université Laval, il ouvre un bureau d'avocat à Chicoutimi en 1891. Il revient à Québec en 1895 pour entrer, l'année suivante, à la Faculté des arts de l'université Laval comme professeur d'élocution. En 1902, il fonde, avec l'abbé Stanislas-Alfred Lortie et Eugène Rouillard, la Société du Parler français. La même année paraît le bulletin de cette société auquel il collabore activement. En 1907, il participe également à la fondation de l'Action sociale et organise en 1912 le premier congrès du Parler français au Canada, qui a un retentissement considérable. Bâtonnier de la province en 1919, juge de la Cour d'appel en 1922, il reçoit de nombreux honneurs : membre de la Société royale du Canada, chevalier de l'Ordre de Saint-Grégoire le Grand, prix Devaine de l'Académie française, médaille Lorne Pierce pour l'ensemble de son œuvre. Il prend sa retraite en 1942 et meurt à Québec le 17 juillet 1945. Il avait épousé Joséphine Hamel le 30 juin 1896.

En 1914, Adjutor Rivard publie un premier recueil de douze brefs récits, intitulé Chez nous. Quatre ans plus tard, exploitant la même veine, il publie dix autres récits, sous le titre Chez nos gens. Une nouvelle édition, en 1919. fusionna les deux recueils sous le titre Chez nous, chez nos gens. En 1923, ils parurent séparément mais furent à nouveau réunis l'année suivante, sous le titre Chez nous. Chez nos gens. Les éditions ultérieures, en tout point conformes à l'édition de 1919, couronnée en 1920 par le prix Devaine de l'Académie française, parurent sous le titre Chez nous.

Les titres des premiers récits pourraient laisser croire que Rivard veut se consacrer à une sorte d'inventaire du folklore matériel que l'on trouvait dans les fermes, au temps jadis. Il n'en est rien. L'auteur ne semble pas avoir de plan bien défini et parle un peu au hasard d'objets tels que le ber, le poêle, les vieux instruments (aratoires), la chandelle ; de lieux comme la maison paternelle, la maison condamnée, la grand'chambre, le jardin, le ruisseau..., la patrie ; de circonstances de temps comme l'heure des vaches, en grand'charrette, au feu, la criée pour les âmes, le travail ; de personnes telles que les quêteux, le poète illettré, les écumeurs de tonnes et l'abonné.

Cette classification d'après les titres n'est pas toujours juste, car il s'agit le plus souvent de souvenirs à propos d'un objet, d'une personne ou d'un événement. Par le ber on remonte, de génération en génération, jusqu'aux débuts de la colonie pour rappeler les multiples existences dont il a marqué les commencements. Avec le poêle, ce sont les nombreuses conversations du cercle familial que l'on évoque, conversations bruyantes entre parents ou voisins, conversations intimes des époux. Quant aux vieux instruments, le van, la faucille, le fléau et le javelier, Rivard leur prête la parole pour qu'ils racontent leurs souvenirs. C'est à propos de la chandelle que l'auteur décrit avec le plus d'exactitude un aspect de la culture matérielle : comment on fabriquait les chandelles avant l'invention du moule.

La maison familiale est le lieu privilégié par excellence. Comme telle, elle devrait avoir droit à une description détaillée, qui fournirait des indications précieuses sur les mœurs d'autrefois. À la précision Rivard préfère des formules oratoires pas très heureuses : « II y en avait d'une parure plus opulente ; il n'y en avait pas de meilleures à voir. » La maison condamnée, lieu maudit qui fait peur aux enfants et attriste les voisins, s'est attiré la malédiction quand « le bien échut en partage à un fils en qui l'âme des aïeux ne devait point revivre ». La grand'chambre est un lieu réservé aux circonstances importantes de la vie : la visite annuelle du curé, les baptêmes et l'exposition des morts. Le jardin et le ruisseau, qui constituent l'aire naturelle de la maison, restent dans la mémoire de l'auteur à cause des souvenirs d'enfance qui s'y rattachent. La patrie n'est pas très distincte de ce monde. À son neveu qui lui demande ce qu'elle est l'oncle répond en désignant sa terre : « La patrie, c'est ça. »

La rubrique du temps est aussi fantaisiste que celle des lieux. Plutôt que de s'attacher aux grandes circonstances de la vie, le conteur s'en tient à des souvenirs plus ou moins personnels, des souvenirs d'enfance, il va sans dire : courses vagabondes dans les bosquets à l'heure des vaches, récolte des foins odoriférants dans la charrette, alarme du tocsin quand la foudre tombe sur une grange, criée pour les âmes à la sortie de la messe.

Rivard ne parle des personnes qu'au chapitre des quêteux. Il décrit diverses sortes de mendiants : ceux qui viennent de loin, ceux des paroisses voisines et le quêteux de la paroisse. Pour chaque catégorie, il donne une appréciation morale. Les autres récits, comme « Un poète illettré », « l'Abonné », « le Signe de la croix », sont destinés à mettre en valeur un bon mot.

Ce recueil s'inscrit dans un courant régionaliste qui cherche à définir le Canada français uniquement par rapport à la terre, une terre que l'on sent menacée par la montée de la civilisation urbaine et le progrès technique. Rivard parle d'une époque révolue, qu'il importe de fixer dans la mémoire collective pour que le peuple n'oublie pas ses racines. Il en parle aussi comme d'un paradis perdu, comme d'un âge d'or que l'on ne retrouvera plus. Il fait dire aux vieux instruments qui ont été remplacés par la technique moderne : « Notre besogne était meilleure, et plus saine, et plus joyeuse. » Bien que le souci didactique soit partout présent, Rivard sait parfois rendre la poésie des choses disparues : « Pauvre chandelle de suif! [...] Les ténèbres qu'elle ne dissipait que dans un cercle restreint, la craignaient à peine, l'enveloppaient de tous les côtés, et, pour peu que sa flamme hésitante vacillât, se jetaient méchamment sur elle pour l'éteindre. »

La recherche des vieux mots est souvent trop évidente : « le soleil grâle », « au mitan de la place », « gelauder », fréquentatif de geler. Rivard qualifiera ainsi sa langue : « C'est une langue rude et franche, héritée des ancêtres et dont les mots ne sont guère que du sens. »

Poussé par la critique régionaliste, distribué en prix dans les écoles, Chez nous. Chez nos gens connut de nombreuses éditions et demeura, dans l'esprit de plusieurs, l'exemple par excellence d'une certaine littérature canadienne.

Maurice Lemire.
  • OEUVRES

    CHEZ NOUS,

    Québec, l'Action sociale catholique, 1914, 145 p.; Montréal, Bibliothèque de l'Action française, 1923, 91 p.
  • OEUVRES

    CHEZ NOS GENS,

    Québec, Édition de l'Action sociale catholique, 1918, 135 p.: Montréal, Bibliothèque de l'Action française, 1923, 95 p.
  • OEUVRES

    CHEZ NOUS. CHEZ NOS GENS,

    Québec, Édition de l'Action sociale catholique, 1919, 257 p. : Montréal, Bibliothèque de l'Action française, 1924, 162 p. ; Québec, Garneau, 1941, 264 p.; [1943]: l'Action sociale catholique, 1949, 258 p. ; Éditions Garneau, 1975, 264 p. ; Chez nous. (Our old Québec Home), Toronto, McClelland & Stewart, 1924, 265 p. ; 1926 ; 1929, 201 p. [La plupart des récits de Chez nous parurent d'abord dans le Bulletin du parler français au Canada :] «le Poêle», mai 1910, p. 335-338 ; le Progrès du Saguenay, 26 mai 1910, p. 2 ; le Devoir, 4 juin 1910, p. 7 : l'Enseignement primaire, juin 1911, p. 626-628 ; Almanach des Cercles agricoles de la Province de Québec, Montréal, la Compagnie J.-B. Rolland, 1911, p. 45-48. « Un poète illettré », décembre 1910, p. 133-137. « L'Heure des vaches », avril 1912, p. 299-301; le Devoir, 11 mai 1912, p. 4 ; le Nationaliste, 19 septembre 1915, p. 6. 5 ; le Journal d'agriculture, 15 août 1918, p. 25 ; Almanach du peuple Beauchemin, Québec, J.-P. Garneau [et Montréal, Librairie Beauchemin limitée], 1918, p. 360-361. « Les Quêteux », mars 1912, p. 245-252 ; le Progrès du Saguenay, 18 et 25 octobre 1917, p. 6. «La Maison condamnée», décembre 1912, p. 147-149; le Progrès du Saguenay, 16 janvier 1913, p. 1 ; le Nationaliste, 19 septembre 1915, p. 6, 5. «La Patrie», mai 1915, p. 391-393; la Bonne Parole, octobre 1915, p. 9-10. [Dans le Devoir :] « le Ber », 28 novembre 1914, p. 3 ; Almanach du peuple Beauchemin, Montréal, Librairie Beauchemin limitée, 1916, p. 382-386 ; la Revue moderne, août 1924, p. 14-15. « Le Vieux Capitaine », 28 novembre 1914, p. 3. [Dans le Journal d'agriculture:] «En grand'charrette. Souvenir d'été», 15 décembre 1914, p. 129-130. « Un conte » [ « le Rosier mort » ], 15 mai 1918, p. 176. [Quelques textes de Chez nos gens parurent d'abord dans le Bulletin du parler français au Canada :] « la Maison », juin-août 1915, p. 444-445; le Nationaliste, 18 juillet 1915, p. 3. «La Criée pour les âmes», décembre 1915, p. 164-166; le Nationaliste, 23 janvier 1916, p. 7 ; le Droit, 29 août 1931, p. 5. «Le Jardin», décembre 1915, p. 167-169. [Dans le Nationaliste:] «les Vieux Instruments», 20 mai 1917, p. 5 ; Almanach de l'Action sociale catholique, 1917, p. 118-120. [Dans le Devoir:] « la Grand'Chambre », 21 mars 1918, p. 5 ; Almanach de l'Action sociale catholique, 1918, p. 20-21 ; la Liberté (Winnipeg), 24 juin 1924, p. 5. [Dans Mon Magazine :] « le Travail », mars 1928, p. 6-7.

ETUDES

[Anonyme,] « Chez nous », l'Action sociale, 9 novembre 1914, p. 1 ;

« Chez-nous [sic] », l'Action populaire, 12 novembre 1914, P-4 ;

«Bibliographie», l'Enseignement primaire, décembre 1914, p. 248-249 ;

«Littérature canadienne», l'Action catholique, 9 mars 1918, p. 1.

Élie-Joseph Auclair, «Notes bibliographiques», la Revue canadienne, avril 1918, p. 314-315.

Ernest Bilodeau, « Bibliographie », Un Canadien errant, 15 juin 1918, p. 6.

Jacques Brassier [pseudonyme de Lionel Groulx], «la Vie de l'Action française», l'Action française, août 1923, p. 124-125; septembre 1923, p. 186 ; octobre 1923, p. 252.

Émile Dubois, Autour du métier, p. 53-60.

Fantasio [pseudonyme de Donatien Frémont], « l'Alliance française. Adjutor Rivard », la Liberté (Winnipeg), 30 novembre 1927, p. 3.

Pierre de Grandpré [éditeur], Histoire de la littérature française du Québec, t. II, p. 117-120. —

Réginald Hamel, John Hare et Paul Wyczynski, Dictionnaire pratique des auteurs québécois, p. 587-588.

Jean-Charles Harvey, Pages de critique, p. 73-78.

M[arc]-A[ntonin] L[AMARCHE,] «Journaux. Livres et Revues. Chez nos gens», l'Action française, septembre 1918, p. 427-428.

Maurice Lebel, « Adjutor Rivard (1868-1945) », Journal de l'Instruction publique, janvier 1959, p. 441-445 [reproduit dans D'Octave Crémazie à Alain Grandbois, p. 97-104]. –

Léo (frère) [Onil Martel], « Adjutor Rivard, régionaliste, philologue, critique ». Thèse de maîtrise ès arts, Ottawa, Université d'Ottawa, 1950, XXXIX, 286 f.

Arthur Maheux, « Chez nos gens », Bulletin du parler français au Canada, avril 1918, p. 354-359.

Lucien Papillon, « Bio-bibliographie de Maître Adjutor Rivard », Montréal, École de bibliothécaires, Université de Montréal, 1949, 77 f.

Camille Roy, « Chez nous », Bulletin du parler français au Canada, décembre 1914, p. 155-157;

Manuel d'histoire de la littérature canadienne de langue française, 1930, p. 236-237.

Fernand Saint-Jacques, « Un livre bien canadien. Chez nous, par M. Adjutor Rivard », l'Action sociale, 25 novembre 1914, p. 5.

Jean Tillemont, « Chez nous », le Nationaliste, 24 août 1919, p. 1-2.

François Veuillot, « Un livre canadien », l'Action catholique, 26 janvier 1921, p. 3 [de la Libre Parole].

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