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LES CHEMINS DE L'ÂME

recueil de poésies d' Englebert GALLÈZE (pseudonyme de Lionel LÉVEILLÉ).

Fils de Stanislas Léveillé et de Georgiana Desrosiers, Lionel Léveillé naît à Saint-Gabriel-de-Brandon (Berthier) le 27 novembre 1875. Il fait ses études au Séminaire de Joliette et s'inscrit en droit à l'Université de Montréal, Admis au barreau en 1907, il exerce sa profession à Montréal. En 1915, il travaille à la rédaction de la Presse, mais revient, trois ans plus tard, à la pratique du droit. En 1929, il entre au bureau du protonotaire, au Palais de justice de Montréal, où il rédige les jugements. Il collabore, sous le pseudonyme d' « Englebert Gallèze », à la Revue canadienne, au Bulletin du parler français au Canada, au Terroir, au Nationaliste et au Devoir. Membre de l'École littéraire de Montréal depuis 1908, il en est le président pendant quatre ans (1919-1923) et le vice-président par la suite. Il est aussi membre de la Société des Écrivains canadiens. Il meurt à Montréal le 11 mai-1955. Il avait épousé Françoise Lavigne le 26 février 1924.

Sous le pseudonyme d'« Englebert Gallèze », Lionel Léveillé publie en 1910 son premier recueil de vers, les Chemins de l'âme. Une préface d'Albert Ferland nous le fait croire entièrement consacré au terroir. On y retrouve effectivement, dans la première partie, des scènes rustiques qui annoncent les Rapaillages* : « le Galant », « les Boules », « les Clochers », « les Semences », « les Derniers Sacrements ». Toutefois le ton a perdu de la grandiloquence coutumière à Fréchette et à Chapman. Les sujets sont traités sur le mode mineur, comme le voulait Verlaine. Le poète ne s'appesantit pas, il préfère suggérer. Le rythme court et fortement accentué de la chanson confère à une telle écriture une légèreté qui n'est pas dépourvue d'humour, comme nous le montre la chute de « Tristesse naïve » : le père éploré, qui vient de perdre sa femme, dit à sa fille : « [...] Faudrait ° Soigner Caillette et le petit goret. ° Pourquoi se laisser mourir tous ensemble ? »

Le recueil tout entier ne peut être qualifié de régionaliste uniquement à cause de ces quelques poèmes. Léveillé sait aussi chanter l'amour, toujours sur un mode mineur. Il adopte alors un ton où se reconnaît le Ronsard des Odes à Cassandre et le Verlaine de Romances sans paroles. « Pour ta fête », « Rêvé printanier », « Veux-tu ?» sont des poèmes en style direct, simple, parfois naïf, presque sans images. Mais le rythme en est varié et les arrangements sont souvent inattendus.

À cette première partie intitulée « les Roses » succèdent « les Chardons » qui ne compte que deux poèmes. Il s'agit de satires sociales. La première raille les « professionnels » qui se demandent, bien au chaud, comment un mendiant à peine vêtu peut supporter le froid cinglant. Le pauvre leur répond : « [...] Quant à mon secret ° C'est simple vous savez : je gèle. » L'autre poème, intitulé « Rions », recommande amèrement de rire puisque les rieurs l'emportent toujours.

Coiffée du titre « les Épines », la dernière partie regroupe des poèmes où domine la tristesse. Le poète a trouvé ici son assiette. Sa poésie s'intériorise en se polarisant autour des grands thèmes de la solitude, de la nuit, du chemin. Léveillé compose alors quelques très belles strophes où domine le souci de la musicalité : « Dans un morne étang, loin du monde ° Le fleuve a replié ses ondes ° Et repose sans murmurer ° Autour de lui l'homme s'agite ; ° L'oiseau chante ; le vent s'irrite ° Sans les troubler. » Le poète sait qu'il a reçu la solitude en partage, mais il ne l'affectionne pas. Il condamne le vieux garçon qui s'est voué à une solitude stérile (« Vieux Garçon »). Il rappelle la malédiction « Vae soli » qui pèse sur ceux qui n'engendrent pas : « Quand je vois réunis la vieillesse et l'enfance ° Je songe à ma stupide et stérile existence ° Et maudis les instants qui passent sans retour. » Dans la jeunesse, on peut goûter la solitude, mais non dans la vieillesse. Aux solitaires la nuit heureusement apporte le calme et le désistement : « Car la nuit maternelle et douce ° Prend dans ses noirs bras le chagrin ° Le berce longtemps, sans secousse ° Et l'endort dans son sein » (« Viens »). Sans attache, le solitaire est condamné à errer sur les grands chemins qui ne mènent nulle part, mais qui sont pourtant ceux de l'âme. Le poète y joue le rôle de « doux mendiant d'illusion », « Hanté sur les routes, sans trêve ° D'étranges visions. » Il s'interroge avec angoisse sur sa mission et finit par trouver cette formule heureuse : « Tu fais chanter, tu fais maudire ° Et, nul plus que toi, dans un cœur ° Ne sait retourner en délire ° Le tourment du bonheur. »

Les derniers poèmes, « la Douleur », « Désenchantement », « l'Erreur c'est nous », ne sont qu'un long gémissement sur la condition humaine. On y retrouve les accents lamartiniens de la Chute d'un ange, qui pourraient bien n'être que clichés romantiques, sans la note particulière de sincérité. Avec eux la poésie québécoise accentue une certaine dimension métaphysique.

Ce premier recueil de Léveillé est écrit d'une façon assez inégale. À côté de très belles strophes pleines de formules heureuses, de rythmes savants, de rimes riches, il en est d'autres, chevillées, vides, sans attrait. Les poésies narratives sont en général très prosaïques. Celles qui sourdent de l'intérieur de l'âme accèdent facilement à la haute poésie. La veine du poète est intimiste.

Maurice Lemire.

OEUVRES

LES CHEMINS DE L'ÂME. Poésies,

Montréal, Daoust et Tremblay, 1910, 109 p.

ETUDES

[Anonyme], « la Littérature canadienne », la Presse, 7 septembre 1910, p. 4.

Jean Charbonneau, l'École littéraire de Montréal, p. 199-209.

Émile Chartier, « Étude. Lionel Léveillé dit Englebert Gallèze (1875-1955) », Lectures, novembre 1962, p. 59-60.

Colette [pseudonyme d'Édouardine Lesage], « Vie au foyer. Les Chemins de rame », la Presse, 24 septembre 1910, p. 3.

G[ustave] C[omte], « les Chemins de l'âme par Englebert Gallèze », le Passe-Temps, 12 novembre 1910, p. 442.

Albert Ferland, « Une belle page littéraire », la Patrie, 24 septembre 1910, p. 7 [reproduit en guise de préface au recueil, p. 5-8].

Claude-Henri Grignon, Ombres et Clameurs, p. 156-163.

Albert Laberge, Peintres et Écrivains d'hier et d'aujourd'hui », p. 211-214.

Albert Lozeau, « les Chemins de l'âme », le Devoir, 19 septembre 1910, p. 1. —

Madeleine [pseudonyme de madame Wilfrid-A. Huguenin], « Nouvelle Oeuvre poétique. Les Chemins de l'âme », la Patrie, 24 septembre 1910, p. 7.

Jeanne Paul-Crouzet, Poésie au Canada, p. 249-262.

Adjutor Rivard, « les Livres », Bulletin du parler français au Canada, novembre 1910, p. 123-124. —

Camille Roy, « les Chemins de l'âme par Englebert Gallèze », le Nationaliste, 11 décembre 1910, p. 5 [reproduit dans Érables en fleurs, p. 23-3l].

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