Collections - Bibliothèque et Archives nationales du Québec.
BLEU, BLANC, ROUGE

chroniques et poèmes de COLOMBINE (pseudonyme d'Éva CIRCÉ).

Éva Circé naît à Montréal le 31 janvier 1871, de Narcisse Circé, marchand, et d'Exilda Décarie. Elle étudie au couvent des sœurs de Sainle-Anne à Lachine jusqu'en 1888. Avec l'appui de Louvigny de Montigny, elle se lance dans le journalisme en 1901. Chroniqueuse à l'Avenir, aux Débats, au Pionnier, au Nationaliste et au Monde illustré, elle signe ses articles des pseudonymes de « Colombine » ou de «Musette ». En 1902, elle fonde un journal littéraire, l'Étincelle. Pendant plus de vingt ans, elle collabore au journal le Monde ouvrier/Labor World, sous le pseudonyme de « Julien Saint-Michel ». Elle participe à la création de la Société des Auteurs canadiens. Fondatrice de la Bibliothèque municipale de Montréal en 1903, elle occupe le poste de bibliothécaire-adjoint (avec Hector Garneau) jusqu'en 1932. Dramaturge et lauréate de concours dramatiques, elle fait jouer en différents temps des pièces historiques, « Hindelang et De Lorimier », « Maisonneuve », et des comédies, « l'Anglomanie » et « le Fumeur endiablé ». Elle meurt à Montréal le 4 mai 1949. Elle avait épousé le docteur Pierre-Salomon Côté en avril 1905.

Parmi les pionnières du journalisme féminin au Québec, le nom de « Colombine » (pseudonyme d'Éva Circé) mérite de figurer à côté de ceux de « Françoise » (pseudonyme de Robertine Barry) et de madame Dandurand (née Joséphine Marchand). Chroniqueuse aux journaux l'Avenir, les Débats, le Pionnier et l'Étincelle vers le début du XXe siècle, elle rassemble des articles déjà parus et quelques-inédits dans un recueil intitulé Bleu, Blanc, Rouge. Voulant rendre hommage au tricolore français d'abord, «Colombine» évoque ensuite des analogies avec sa propre patrie, « la grande ligne bleue du fleuve, le drapeau blanc des croisés, la traînée de sang vermeil jaillie de la blessure de Montcalm ».

Les soixante-quatre textes forment un recueil hétérogène, comme l'indique le sous-titre, Poésies, paysages, causeries. On serait tenté d'ajouter qu'il renferme, en plus des chroniques, des contes, des anecdotes ; bref, un mélange de pièces qui font valoir le style de l'auteur dans plusieurs genres littéraires.

Journaliste, « Colombine » a aussi une vocation de moraliste. Ses écrits reflètent la manière de vivre, les usages, les coutumes et les préjugés des Canadiens français de son époque. Lorsqu'elle décrit les mœurs urbaines (« le Théâtre de la rue », « Petits Cireurs de bottes », « le Cocher », « le Déménagement »), elle ne peut s'empêcher de s'émerveiller devant ce « théâtre [...] fertile en vaudevilles, en comédies d'une minute, en mots à facettes, en décors inattendus ». Les mœurs rurales font l'objet d'une transposition en contes, légendes ou nouvelles, intitulés diversement « On baptême à la campagne », « le Masque de tire », «Ne dansez pas» et «le Dîner des rois ». Promeneuse solitaire, « Colombine » visite les environs de Montréal, se rendant à « Boucherville », à « l'Asile St-Jean-de-Dieu », à « Caughnawaga » et à « l'île Ste-Hélène ». Sa prose descriptive est souvent entrecoupée de réflexions diverses sur la condition humaine en général. Elle est particulièrement sensible aux manifestations de patriotisme et de nationalisme (« Rénovation nationale », « Mon pays, mes amours », « À propos de patriotisme »). Elle va jusqu'à s'en prendre ouvertement à l'impérialisme britannique dans certaines chroniques (« Bravo ! », « Paroles d'agonie »). Le thème de la mort occupe une place prépondérante dans ses écrits (« Une visite au cimetière », « Bébé-Ange », « Symphonie en blanc » « Requiescat in pace »), tout comme celui des saisons («Songeries d'octobre », « Souvenirs d'automne », « la Fin d'une tragédienne », « Sourire printanier »). Membre des Dames patronnesses de la Saint-Jean-Baptiste, elle s'intéresse autant à la condition féminine de l'ouvrière (« Comme une reine ») qu'à celle de l'écrivain (« les Femmes de lettres »), convaincue que « l'influence féminine est le grand levier de toute œuvre sociale ». Elle dénonce le triste sort des femmes journalistes (« Coups de plume », « le Mal d'écrire ») et elle défend le métier de chroniqueuse, précisant que c'est un travail non pas de thaumaturge ou de confesseur, mais d'écrivain, et qu'elle doit souvent endurer les « mièvreries sentimentales » et les « ineptes fadaises » des correspondants de journaux.

Au moment de la parution de Bleu, Blanc, Rouge, la critique, « Françoise » en tête, souligne la présence d'une « poésie de la tendresse, de la pitié, de la douleur » dans le recueil. En présentant l'auteur au public en 1901, Louvigny de Montigny faisait remarquer : « Une immense bonté d'impression, une extraordinaire distinction d'expression, une profonde horreur du lieu commun et du banal, un verbe mathématiquement parisien, un jugement pas du tout féminin, une émotion peut-être exagérée, une philosophie consolante, une franchise audacieuse, enfin une étonnante érudition : c'est Colombine. »

Kenneth Landry.

OEUVRES

BLEU, BLANC, ROUGE. Poésies, paysages, causeries,

[Montréal], Déom frères, 1903, 369 p. [La plupart des articles parurent d'abord sous les pseudonymes de « Colombine » ou de « Musette » dans l'Avenir, p. 3 :] « Comme une reine », 21 octobre 1900. « Requiescat in pace », 25 novembre 1900, p. 1. « Aimons-nous », 9 décembre 1900 [reproduit dans le Monde illustré, 7 septembre 1901, p. 292]. «Ne dansez pas», 16 décembre 1900. «Chronique» [«Noël»], 23 décembre 1900. « Les Rois », 6 janvier 1901. [Dans les Débats, généralement en p. 1 :] « Chronique » [« le Serment du couronnement »]. 10 février 1901. «Chronique» [«les Femmes de lettres »], 17 février 1901. «Chronique» [«les Moustaches»], 3 mars 1901. «Chronique» [«la Fin d'une tragédienne»], 10 mars 1901. « Erin to bragh ! », 17 mars 1901. « Chronique » [« le Bébé-Ange »], 24 mars 1901, p. 3. «Chronique» [«le Déménagement »], 14 avril 1901. « Chronique »] [« la Justice humaine »], 28 avril 1901. «Chronique» [«C'est la tireuse de cartes»], lO mai 1901. «Sur le vif. Le marché Bonsecours », 16 juin 1901, p. 3. « Paysage. L'île Sainte-Hélène », 23 juin 1901. « Chronique » [« l'Honneur »], 30 juin 1901. « En revenant de Saint-Ours», 14 juillet 1901, p. 2. « Caughnawaga », 21 juillet 1901, p. 2. «Boucherville», 28 juillet 1901. «Nouvelle canadienne. La voix de la raison», 11 août 1901. «Asile St-Jean de Dieu, Longue-Pointe », 18 août 1901. « Instantané. Le cocher», 1er septembre 1901. [Dans le Monde illustré:] « Québec », 30 novembre 1901, p. 491. « Symphonie en blanc », 14 décembre 1901, p. 523. [Dans le Pionnier :] « Bravo ! », 22 septembre 1901, p. 1. «Un baptême à la campagne», 22 septembre 1901, p. 2. «Mon premier livre», 29 septembre 1901, p. 2. «Souvenir d'automne», 6 octobre 1901, p. 1. « Désespérance », 13 octobre 1901, p. 1. « La Pipe », 13 octobre 1901, p. 8. « Les Femmes de lettres », 3 novembre 1901, p. 4. « Le Vieux Célibataire », 3 novembre 1901, p. 5. « Le Mois des morts », [« Une visite au cimetière »], 10 novembre 1901, p. 4. « La Fauvette et le Hibou. Allégorie », 10 novembre 1901, p. 7. « L'Inconnu », 17 novembre 1901, p. 5. « M. Stanislas Côté », 1er décembre 1901, p.2. «Le Masque de tire», 1er décembre 1901, p. 6. « Les Calomnieuses » [« la Calomnie »], 8 décembre 1901, p. 2. «Prière», 22 décembre 1901, p.2. « La Nouvelle Année », 29 décembre 1901, p. 1. « À propos de patriotisme », 29 décembre 1901, p. 6. « Le Dîner des rois », 5 janvier 1902, p. 1. «Coup de plume» [«Sciences psychiques»], 5 janvier 1902, p. 6. «Le Théâtre de la rue», 12 janvier 1902, p. 2. «Respect au lieu saint», 19 janvier 1902, p. 2. « Les Petits Exilés », 23 février 1902, p. 1-2. « France d'abord », 16 mars 1902, p. 2, « Estudiantina. Le béret », 30 mars 1902, p. 2. « Au sucre [sic]». 6 avril 1902, p. 1-2. «La Vraie Coupable», 13 avril 1902, p. 2. «La Vocation», 27 avril 1902, p. 2. « À Crémazie », 27 avril 1902, p. 2. « Pour vous, mesdames » [« les Dames patronnesses de la Saint-Jean-Baptiste »], 4 mai 1902, p. 1-2. « Les Vieux », 11 mai 1902, p. 1-2. [Dans la Pairie :] «le Tricolore. Légende » [« Bleu-Blanc-Rouge »], 26 juillet 1902, p. 9.

ETUDES

[Anonyme], « Une femme de lettres. Colombine, auteur de Bleu, Blanc, Rouge», l'Album universel, 2 mai 1903, p. 5 ;

« Nos Canadiennes françaises. Mademoiselle Éva Circé (Colombine)», la Pairie, 16 mai 1903, p. 22.

Georges Bellerive, Brèves Apologies de nos auteurs féminins, p. 77-79. —

Françoise [pseudonyme de Robertine Barry], « Bleu, Blanc, Rouge, par Colombine », le Journal de Françoise, 2 mai 1903, p. 45.

Raymonde Hébert, « Notes bio-bibliographiques sur Éva Circé-Côté, bibliothécaire et chroniqueuse », Montréal, École de bibliothécaires, Université de Montréal, 1952, 12 f. —

Madeleine [pseudonyme de Madeleine Gleason, plus tard madame Wilfrid-A. Huguenin], « Chronique », la Patrie, 20 avril 1903, p. 4 ;

Portraits de femmes, p. 103.

Marcelle [pseudonyme], « Bleu-Blanc-Rouge [ sic ] », le Soleil, 2 mai 1903, p. 7.

Louvigny DE MONTIGNY, « Silhouette. Mlle Éva Circé » le Monde illustré, 7 septembre 1901, p. 289.

Raphaël Ouimet, Biographies canadiennes-françaises, 1922, p. 331.

Louis Tytgat [pseudonyme ?], « Esquisses littéraires canadiennes. Colombine (Mlle Éva Circé)», le Soleil, 21 décembre 1903, p. 5.

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