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AU LARGE DE L'ÉCUEIL

roman d' Hector-J. BERNIER.

Fils de Camille Bernier, pilote, et d'Eulalie Lachance, Hector-J. Bernier naît à Saint-Michel de Bellechasse le 12 juillet 1886. Il étudie au Séminaire de Québec et à l'université Laval. Licencié en droit, il est admis au barreau en juillet 1911 mais n'exerce sa profession qu'une année, à Québec. Il écrit et publie deux romans et travaille à la bibliothèque du Parlement, à Ottawa. Il part étudier les lettres à Paris, quand éclate la première guerre mondiale. Rentré à Montréal, il collabore à la Patrie puis s'engage dans l'armée. Blessé à Vimy le 14 mars 1917, il demeure invalide jusqu'à sa mort. Hospitalisé à Sainte-Anne de Bellevue, il fait des séjours prolongés chez ses parents. À la mort de ceux-ci, en 1932, il rentre à l'hôpital pour ne plus en sortir. Il meurt le 30 juillet 1947.

Publie à Québec en 1912, et dédié aux « Défenseurs de la langue française au Canada à l'occasion du Congrès de 1912 », Au large de l'écueil illustre assez bien la teinte qu'avait prise le patriotisme, dans la province de Québec, au cours des grandes purges catholiques de la fin du xix° siècle. L'intrigue confronte deux idéologies : le matérialisme d'une France « sectaire et voltairienne » et le catholicisme canadien-français.

Sur le paquebot qui le ramène d'Europe, Jules, fils de l'industriel Augustin Hébert, fait la connaissance d'une jeune Parisienne, Marguerite Delorme, dont le père milite en faveur d'un monde athée et matérialiste. Les deux jeunes gens s'éprennent l'un de l'autre et continuent à se voir à Québec, à l'insu de leurs parents, puisque de telles fréquentations ne sauraient être admises dans les milieux bien pensants. Seule la sœur de Jules est mise dans la confidence. Au soir de son élection comme député fédéral du comté de Salaberry, Jules, rongé par le doute, s'ouvre de son amour coupable à son curé, qui lui ordonne de rompre sur-le-champ avec Marguerite (« Tu vois l'écueil, navigue au large ») et l'incite à travailler à l'unité du Canada. Mis au courant des fréquentations de leurs enfants, les deux pères les désapprouvent violemment. Séparés par la religion, Jules et Marguerite décident de ne plus se voir. La douleur de la séparation et l'effusion des larmes rouvrent des lésions anciennes et conduisent Marguerite à une cécité incurable. Touchée par la grâce et encouragée par la sœur de Jules, Marguerite se rend en pèlerinage à Sainte-Anne-de-Beaupré, où un miracle lui fait recouvrer la vue. Dépités, ses parents rentrent en France et la jeune fille peut enfin épouser Jules.

Bien qu'il soit fait presque tout entier de dialogues, ce roman n'atteint que rarement à une véritable intensité dramatique. Bernier a recherché un cadre approprié à l'exposé de ses idées. Nationalisme et catholicisme coïncident toujours à ses yeux, alors que l'athéisme s'identifie avec la France. Pour sauver le nationalisme canadien, il vaut mieux s'allier aux Canadiens anglais qui, somme toute, sont des chrétiens, contre les Français qui ne reconnaissent pas Dieu. Le double miracle qui vient dénouer l'intrigue montre jusqu'à quel point l'auteur est sûr de ses positions.

À sa parution, Au large de l'écueil connut un certain succès, grâce surtout aux articles élogieux de l'abbé Camille Roy, d'« Edmond Léo », de Léon Lorrain et de Louis-D. Durand, qui saluèrent le beau talent du jeune auteur dans des propos qui vont de l'éloge sobre au dithyrambe le plus échevelé. En revanche, il eut à subir l'éreintement de « Marcel Henry », et surtout de Jules Fournier qui alla jusqu'à stigmatiser l'« effroyable misère intellectuelle » de « notre jeunesse < instruite > dont M. Bernier n'est après tout que le symbole ». En 1966, Adrien Thério crut bon de proposer ce roman comme un exemple de chauvinisme des débuts du siècle.

Yvan-G. Lepage.

OEUVRES

AU LARGE DE L'ÉCUEIL. Roman canadien,

Québec, Imprimerie de « l'Événement », 1912, 319 p.

ETUDES

[Anonyme], « M. Henri Bourassa et M. Hector Bernier », l'Action, 16 novembre 1912, p. 1.

Berthelot Brunet, Histoire de la littérature canadienne-française, suivie de portraits d'écrivains, p. 223 et 225.

Colette [pseudonyme d'Édouardine Lesage], « Au large de l'écueil », la Presse, 15 juin 1912, p. 2.

Louis-D. Durand, « M. Hector Bernier et l'âme canadienne », le Nationaliste, 26 mai 1912, p. 1.

Jules Fournier, « Que ceux qui ont des yeux voient », l'Action, 10 août 1912, p. 1, 4 (reproduit dans Mon encrier, t. II, 1922, p. 132-161 ; 2e édition, 1970, p. 224-247)

« Vlan ! », l'Action, 10 août 1912, p. 1.

GINEVRA [pseudonyme de Georgina Lefaivre], « Au large de l'écueil », le Soleil, 25 mai 1921, p. 14.

Marcel Henry [pseudonyme de Marcel Dugas], « Propos littéraires. M. Ernest Beauregard, M. Jean Charbonneau, M. Hector Bernier, la Revue française et M. Paul Morin », l'Action, 28 septembre 1912, p. 1.

Edmond Léo [pseudonyme d'Armand Chossegros], « Causerie littéraire. Au large de l'écueil, par Hector Bernier », le Devoir, 25 mai 1912, p. 1. —

Yvan-G. , Lepage « Hector Bernier, romancier de l'idéalisme abstrait », Voix et Images, avril 1977, p. 358-364.

Jules-Siméon LeSage, Propos littéraires, 2e série, p. 219-223.

Léon Lorrain, « Deux romans canadiens », le Nationaliste, 19 mai 1912, p. 1.

Damase Potvin, « Littérature canadienne. Le romancier Hector Bernier », RUL, avril 1949, p. 700-706. –

Camille Roy, « Courrier littéraire. Au large de l'écueil par M. Hector Bernier », l'Action sociale, 21 mai 1912, p. 4 ;

« Causerie littéraire. Au large de l'écueil », la Nouvelle-France, juillet 1912, p. 298-307 [reproduit dans Nouveaux Essais de littérature canadienne, 1914, p. 328-344, et dans Romanciers de chez nous, p. 137-1501.

Adrien Thério [pseudonyme d'Adrien Thériault], « Un cas de masochisme exemplaire. Au large de l'écueil d'Hector Bernier », Livres et Auteurs canadiens, 1967, p. 197-204.

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