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À BOUT PORTANT

chroniques de Nap. Tellier (pseudonyme de. Napoléon Lafor-TUNE).

Fils de Cyrille Lafortune, cultivateur, et de Marie-Louise Bouthiller, Joseph-Napoléon Lafortune naît à Montréal le 19 janvier 1886. Ayant quitté l'école à l'âge de douze ans, il est successivement petit chasseur, caissier, commis dans une agence d'assurances et dans une compagnie de télégraphe où il devient chef de bureau. Il entreprend des cours de droit, qu'il abandonne pour cause de maladie. Une rencontre fortuite avec Olivar Asselin le lance dans le journalisme. Il entre au Devoir en 1910, où il est tour à tour reporter, chroniqueur, puis chef de l'information. Il accède en 1918 à la direction du Nationaliste. En 1920, il passe à l'administration de l'Action française, pour revenir au Devoir en 1921, à titre de gérant d'affaires. Il est l'auteur de pièces de théâtre, dont « Trigame » (1904), « la Mascarade manquée » (1905), et « Perpétue se marie » (1911) écrite en collaboration avec Léon Lorrain. Il meurt à Montréal le 9 janvier 1945. Il avait épousé Ernestine Marchand le 25 août 1908. Il était le père de l'abbé Ambroise Lafortune.

DÈS les premières années du journal le Devoir, trois chroniqueurs, aussi amusants que spirituels, s'y taillent une réputation enviable : Albert Lozeau, Léon Lorrain et Napoléon Lafortune. Les trois s'y partagent chaque semaine la rédaction des « Billets du soir ». En 1912, Napoléon Lafortune réunit en volume, sous le titre À bout portant, trente-six courts articles parus précédemment dans le Nationaliste et le Devoir, sous les pseudonymes- « Nap. Tellier », « Jean Pick » et « Max Sorel ».

Tout imprégnés d'humour, les textes ne sont pas des coups d'épée, mais plutôt des « pichenettes », à l'endroit de la bêtise humaine. Partant le plus souvent d'un fait divers réel ou fictif, l'auteur s'amuse à taquiner, entre autres « victimes », les policiers de la ville de Montréal (« le Policeman », « Galanterie policière »), le politicien Rodolphe Lemieux (écrit « Lemiew », dans « le Ministre, l'Horloger et la Montre » et dans « Bouton symbolique ») et les Juifs (« Vieux Papiers », « Cri du cœur », « Un patriote »). Il ridiculise les mœurs électorales (« les Morts qui parlent »), la carrière politique (« Triste Fin », « le Mouton »), la commercialisation du sport (« À propos de sport») et le pouvoir judiciaire (« Perrin Dandin »). Il n'épargne pas ses collègues et amis. À son fils qui veut entreprendre une carrière quelconque, il suggère : « Puisque tu n'es bon à rien [...] fais-toi journaliste. »

À la manière des auteurs de monologues comiques, Lafortune use tantôt de l'exagération et du sarcasme, tantôt du calembour et de l'euphémisme, pour stigmatiser les manies de ses contemporains. Il administre parfois des « pichenettes », parfois des coups de poing. Le ton varie d'un article à l'autre, allant d'une « douce raillerie » à une verve caustique. Comme un habile pugiliste, le chroniqueur porte des coups secs et décisifs ; ses adversaires n'ont qu'à bien se tenir.

. Lorsqu'elle compare À bout portant aux Chroniques* de Léon Lorrain, parues la même année, « Madeleine » (pseudonyme de madame Wilfrid-A. Huguenin) signale la « philosophie souriante » et « l'esprit primesautier » de Napoléon Lafortune. Ce dernier sait manier l'ironie, même à ses dépens. C'est pourquoi il propose, comme devise du journaliste, la phrase suivante : « Ce que j'ignore ne vaut pas la peine d'être appris. »

Kenneth Landry.

OEUVRES

À BOUT PORTANT. (Billets du soir),

Montréal, Éditions du « Devoir », 1912, 121 p. (Toutes les chroniques parurent d'abord sous les pseudonymes « Nap. Tellier », « Jean Pick » et « Max Sorel », dans le Nationaliste :]« Scène vécue. Ce qu'on s'amuse», 20 février 1910, p. 4 ; « Pichenettes. Histoire immorale » [« Triste Fin »], 1er mai 1910, p. 1. «la Démonstropathie », 12 octobre 1910, p. 1. « Pichenette. Un patriote », 22 janvier 1911, p. 6. « Pichenette. Laplume se convertit », 5 février 1911, p. 1. « Un argument », 26 novembre 1911, p. 6. « Tête de Turc. Le Policeman » [« le Policeman »], 14 janvier 1912, p. 2. « Pichenette. Vieux Papiers », 24 mars 1912, p. 6. [Dans le Devoir, p. 1 :] « le Ministre, l'Horloger et la Montre », 26 avril 1911, « Protestation » [« le Mouton »], 13 mai 1911. « Pauvres Poissons ! », 2 juin 1911. « Perrin Dandin. Farce judiciaire en deux actes et un épilogue », 14 juin 1911. « Enfoncé le midi! », 21 juin 1911. « Histoire mourante » [« Bonheur perdu »], 14 juillet 1911. « Bouton symbolique », 28 juillet 1911. « Ironie des mots », 9 septembre 1911. « Les Morts qui parlent », 19 septembre 1911. « Si c'était Rodolphe », 28 septembre 1911. « Le Milieu perdu », 17 octobre 1911. « Recensement », 19 octobre 1911. « Une histoire morale », 15 novembre 1911. « Demandes et Offres », 7 décembre 1911, « Sa voie », 13 décembre 1911, « M ... Bleus !», 18 décembre 1911. « Cri du cœur! », 23 décembre 1911. « Le Reporter », 30 décembre 1911. « Pauvres Chinois! », 3 janvier 1912. « Galanterie policière », 18 janvier 1912. « Photographie », 31 janvier 1912. « Le Tribun populaire », 5 février 1912. « À propos de sport », 12 février 1912. « Fait unique ! », 26 février 1912. « En 1915 », 5 mars 1912. « Soyons pratiques ! », 16 mars 1912. « L'Orange bouge », 28 mars 1912. « Soyez poète », 2 avril 1912.

ETUDES

[Anonyme], « À bout portant », l'Action, 25 mai 1912, p. 4.

Godefroy Beaumanoir, « Causerie littéraire. Deux auteurs du Devoir. À bout portant, par Nap. Tellier. Chroniques, par Léon Lorrain », le Devoir, 5 juin 1912, p. 1.

Maurice HUOT, Journalistes canadiens, [Trois-Rivières], Éditions du « Bien public », [1959], p. 63-65.

François Lafortune, « Bio-bibliographie de M. Napoléon Lafortune, journaliste », Montréal, École de bibliothécaires, Université de Montréal, 1944, 66 f.

Madeleine [pseudonyme de madame Wilfrid-A. Huguenin], « Chronique », la Patrie, 3 juin 1912, p. 4.

Henri NOVAIN, « l'Action et Nap. Tellier », le Nationaliste, 2 juin 1912, p. 1.

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