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LE THÉÂTRE DE NEPTUNE EN LA NOUVELLE-FRANCE

de Marc LESCARBOT.

LORSQUE MARC LESCARBOT rédige et fait jouer, le 14 novembre 1606, « le Théâtre de Neptune », son oeuvre ne compte que deux harangues latines prononcées à l'occasion du traité de Vervins, trois traductions d'opuscules latins sur des questions d'histoire religieuse et de médecine, et quelques poèmes de circonstance. Cet avocat déçu d' « un monde corrompu », au point de décider à « un jour de terme » de s'embarquer pour la Nouvelle-France, écrit là son premier et dernier essai dans un genre qu'il délaissera au profit de la poésie et surtout de l'histoire ; cette oeuvre composée « à la hâte » n'en constitue pas moins le premier spectacle dramatique de langue française conçu et joué dans les Amériques. En 1609, Lescarbot publie la première édition de l' Histoire de la Nouvelle-France*, son oeuvre principale ; ultérieurement il écrira des poèmes et quelques ouvrages à caractère socio-historique.

« Le Théâtre de Neptune » fait partie intégrante des Muses de la Nouvelle-France*. Pièce de bienvenue, il se situe entre deux poèmes d'adieu : les événements prennent vite figure d'épopée dans la colonie naissante de Port-Royal, qui a son chantre officiel. Aussi, à l'occasion du retour du sieur de Poutrincourt d'un voyage d'exploration au pays inhospitalier des Armouchiquois (Stage Harbour, Chatham, Cape Cod), Lescarbot, qui assume par intérim les charges administratives de l'Habitation, exerce-t-il ses dons de versificateur à préparer un jeu dramatique pour la fête d'accueil.

Entouré de sa cour de Tritons, Neptune s'avance majestueusement sur son chariot des mers à la rencontre de Poutrincourt, à son retour d'expédition. Le fils de Saturne se présente au Sagamos (capitaine) Poutrincourt en étalant fièrement sa glorieuse généalogie ; il assure que c'est grâce à sa bienveillante protection qu'est rendue possible la découverte de pays encore innommés. Le dieu des mers jure de favoriser l'héroïque ambition d' « établir ici un Royaume Français » sous la tutelle d'Henri IV. Le retentissement des trompettes marque la fin de ce premier discours, sert comme scène de transition musicale et annonce les harangues laudatives des six Tritons que Poutrincourt, muet, hiératique, l' « épée nue en main », écoute avec satisfaction. Cinq de ces Tritons débitent des discours de même inspiration pour invoquer le haut patronage de Neptune et assurer protection, succès et renommée immortelle au courageux explorateur. Les Tritons font aussi appel à la mère patrie afin qu'elle favorise le si noble dessein de fonder un établissement au « nouveau monde » ; le Sixième Triton termine par un hommage à « Henri le grand Roi ». Ces éloges protocolaires, trop académiques, sont heureusement interrompus par l'intervention du Cinquième Triton qui introduit, en gascon, une parenthèse gaillarde sur les prouesses amoureuses de Neptune, qui ne pense qu'à « faisio l'amou ».

Au cortège des Tritons se substitue le quatuor des Amérindiens de convention qui, tour à tour, adressent leurs hommages à Poutrincourt et lui présentent des offrandes. Le Premier Sauvage donne « un quartier d'Ellan ou Orignac » à l'émissaire du roi et affirme attendre des Français qu'ils implantent leur religion et policent les moeurs de son peuple. Plus habile chasseur qu'orateur, le Deuxième Sauvage parvient, après deux pénibles phrases adulatrices, à offrir ses peaux de castors. Quant au Troisième Sauvage, en présentant des matachiaz (écharpes et bracelets) confectionnés par sa maîtresse, il fait allusion aux ravages de Cupidon aussi bien en Nouvelle-France qu'en France. Sa maîtresse l'a exhorté, dit-il, à venir, « pour l'amour d'elle », porter ces présents au grand Sagamos ; elle ne sera satisfaite qu'en apprenant le bon accueil ménagé à son messager et à ses présents. Des excuses préludent au discours du Quatrième Sauvage dont la chasse n'a pas été fructueuse. Sans offrande, il se présente avec un harpon en main, disant qu'il espère trouver, grâce à Neptune, ce que Diane lui a refusé : « De quoi fournir ta cuisine ».

Viennent ensuite les remerciements improvisés de Poutrincourt (que Lescarbot n'a pas consignés) à Neptune et aux Amérindiens, lesquels sont invités au fort à prendre du caracona (pain). Après quoi la suite de Neptune entonne une courte chanson mélancolique priant le dieu des mers de protéger l'explorateur et ses compagnons, afin qu'ils puissent tous un jour revoir la France. La trompette ponctue de nouveau le changement de scène ; Poutrincourt et son escorte se dirigent vers le fort où ils sont accueillis triomphalement par des bordées de canons, dont les échos tonitruants se répercutent si longuement sur les coteaux avoisinants qu'il « semble à ce tonnerre que Proserpine soit en travail d'enfant ». Au fort Royal, «un compagnon de gaillarde humeur » les invite tous à passer à table et à « Autant délibére[r] des dents que des rognons ».

Dans le titre de ce très court texte dramatique de deux cent quarante-trois vers apparaît déjà une figure plus que familière à l'auteur ; Neptune paraît être le dieu tutélaire de ce poète qui a écrit les Muses en « Cherchant dessus Neptune un repos sans repos ». Cette divinité intervient dans la majorité des poèmes du recueil, ouvre et ferme les Muses en se manifestant dans le premier et les derniers vers, et se révèle en être un leitmotiv. Neptune est de tous les âges du théâtre, des Troyennes d'Euripide aux Amants magnifiques de Molière, mais sa présence est plus envahissante dans les spectacles et les fêtes nautiques de la Renaissance, dont « le Théâtre de Neptune » est une modeste illustration. Parmi les fêtes nautiques célèbres, on mentionne l'entrée à Rouen du roi Henri II et de Catherine de Médicis en 1550 et les fêtes de Fontainebleau en 1564, où, comme chez Lescarbot, Neptune est accompagné de six Tritons jouant du cornet, ou encore, à l'occasion du mariage de Joyeuse, les importantes fêtes de 1581, qui se déroulent partiellement sur la Seine avant de trouver leur dénouement dans un festin donné à l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés ; le même schéma, quoique moins élaboré, se reproduit à Port-Royal, où des agapes clôturent les réjouissances. Ces manifestations princières, dont on trouve des exemples similaires à la cour de Savoie et à Florence, illustrent deux types de relations possibles entre la scène et l'eau : parfois le spectacle nautique se déroule à l'intérieur du théâtre et parfois, c'est le cas sur l'Équille (rivière Annapolis), l'eau même sert de théâtre — « c'est la conquête du paysage par la scène » (Roussel). L'eau, presque partout présente dans les Muses, dictées par le « branle de[s] flots », trouve sa manifestation la plus spectaculaire lorsqu'elle devient l'élément premier du décor du jeu dramatique de Port-Royal ; elle épouse la scène pour lui communiquer toute sa puissance d'évocation, sa valeur mythique. Pour Lescarbot, l'eau contient toutes les promesses, permet l'exploration de mondes inconnus, favorise la bonne intelligence et le commerce entre les peuples, assure les conquêtes, permet l'établissement d' « un florissant Empire ».

Inscrit dans la tradition des fêtes nautiques, « le Théâtre de Neptune » emprunte le rituel des entrées et des triomphes de la fin du Moyen Âge et surtout de la Renaissance. L'entrée se définit comme « la rencontre de deux cortèges [royal et civique] aux portes de la ville ». Le triomphe à l'antique est destiné à assurer un accueil solennel au héros victorieux. La réception préparée en l'honneur de Poutrincourt satisfait à ces deux conditions puisque le héros de la fête est le représentant du roi revenant d'un voyage d'exploration. Là où cependant les caractéristiques du « Théâtre de Neptune » disfonctionnent par rapport aux normes de l'entrée et du triomphe, c'est que Poutrincourt n'a rien du prestige d'un roi ou d'un empereur romain et que son expédition a plutôt les allures d'un piteux échec. Ce disfonctionnement favorise le côté relativement amusant de la représentation. En plus, les discours ne sont pas écrits par un poète de cour payé pour un poème de circonstance, mais par un ami familier qui ne peut retenir des clins d'oeil complices propres à situer l'entrée dans un registre comique.

Le jeu dramatique n'en conserve pas moins ses attributs de fête avec tout ce que cela comporte de rituel et de sacré : la fête est le moyen privilégié de conjurer le mauvais sort par le rêve et le rire, de revivifier cette colonie naissante en proie à toutes les difficultés, de resserrer les liens de solidarité, de souligner son obédience indéfectible aux autorités constituées, de raviver la foi en des objectifs sociaux, politiques et religieux communs. Le théâtre, comme les arts en général, est de l'ordre de la magie et des sciences occultes pour l'homme de la Renaissance qui en attend la même efficacité. La fête princière prend toujours à cette époque la forme d'un diptyque : une partie publique où le peuple participe soit comme spectateur soit comme membre du cortège qui avance, strictement hiérarchisé, dans les rues de la ville, et une partie privée ayant lieu dans un palais ou un jardin particulier, et réservée aux seules autorités. La fête organisée par Lescarbot a un caractère plus « populaire » et plus libre ; toute la petite communauté, elle-même comédienne et spectatrice, assiste et participe à toutes les phases de la fête : l'accueil officiel de Neptune, le cortège bien irrégulier où « chacun prend sa route diversement » et le banquet à l' Habitation. Le public restreint, mais haut en couleurs, est composé entre autres de Jean de Biencourt, de Samuel de Champlain, de Robert, fils de Pontgravé, du pilote Pierre Augibaut dit Champdoré, de l'apothicaire Louis Hébert, du charpentier Daniel Hay, du chirurgien maître Estienne, du serrurier Jean du Val, le premier homme qui sera pendu au Canada, de François Ardamin, pourvoyeur de gibier pour l' Habitation. À une cinquantaine de personnes qui, par leur participation au spectacle, prennent conscience de leur entité et de leur rôle, se joignent, comme à l'occasion des repas de l'ordre de Bon Temps, fondé par Champlain l'hiver suivant, une vingtaine de Souriquois, ainsi que leur chef Membertou et sa famille. Port-Royal devient momentanément un carrefour où se croisent, dans un spectacle bigarré, Neptune et ses Tritons, des explorateurs de la Renaissance et des Amérindiens.

Les personnages de Lescarbot sont cependant peu représentatifs. Aux héros mythologiques par trop cérémonieux, s'adjoignent de pseudo-Amérindiens évoquant Diane et Cupidon et aussi faux que les bergers précieux des pastorales ; ils ne sont toutefois nullement ridicules et, alors que les Tritons ressassent à peu près tous le même discours grandiloquent et truffé de superlatifs, les quatre prétendus autochtones sont esquissés en quelques traits plus pittoresques : l'arc de l'un, le harpon de l'autre, leur canot et leurs présents apportent la touche de couleur locale. Le décor aussi parle aux yeux avec insistance, décor naturel d'abord, les flots de Port-Royal et leur richesse d'évocation, le trajet jusqu'à l' Habitation dont l'humble porte s'est métamorphosée en arc de triomphe grâce à une ornementation faite des armes de France, de couronnes de lauriers, de la devise du roi et de celles des sieurs de Monts et de Poutrincourt. Si l'auteur n'a pas jugé bon de rapporter le discours improvisé de Poutrincourt, il a en revanche brossé son meilleur portrait en la personne du « compagnon de gaillarde humeur » qui, avec son bagout coloré, accueille tous les convives au fort. À ces personnages, il faut aussi ajouter tous les hommes de la « barque » de Poutrincourt et tous ceux de l' Habitation, à la fois spectateurs et acteurs ; c'est une autre caractéristique de ce théâtre de participation que d'effacer les limites entre le réel et la fiction : les Tritons et leurs trompettes, et la « quarte pleine » de vin pour chacun, sont placés au même niveau de « vérité » dans cette représentation. Tout concourt au ton paradoxalement solennel et comique de la fête : double niveau recherché par Lescarbot d'ailleurs, comme il le souligne dans son Histoire de la Nouvelle-France : « [...] nous le [Poutrincourt] reçûmes joyeusement et avec une solennité toute nouvelle par delà ».

Spectacle sonore aussi avec les trompettes des Tritons, le bruit des vagues, les exclamations de surprise de ce public bon enfant qui voit surgir Neptune sur les flots, la prière nostalgique à Neptune « Chant[ée] en Musique à quatre parties » sur l'air de « la Petite Galiotte de France » (Marius Barbeau). Enfin, ce début du XVIIe siècle qui exploite encore peu les ressources de la litote s'exprime par le bruit des canons dont les échos retentissent « durant plus d'un quart d'heure ». Cette fête sans prétention se transforme en spectacle complet, où on en met plein la vue et les oreilles, où tous les sens trouvent leur compte ; tout se termine par un joyeux festin auquel tous sont conviés par un gai « bonimenteur » : « Entrez dedans, Messieurs, pour vôtre bien-venuë, ° Qu'avant boire chacun hautement éternu, ° Afin de décharger toutes froides humeurs ° Et remplir vos cerveaux de plus douces vapeurs. »

Cette gaieté se traduit de multiples façons : comparaisons pittoresques, formules truculentes, accumulation verbale, changements de niveaux de langue où Lescarbot conduit le lecteur de la langue protocolaire d'un dieu aux expressions savoureuses du Compagnon gaillard, utilisation du latin, d'une langue amérindienne et du gascon. Le texte cependant regorge aussi de références à la mythologie qui attestent à satiété l'érudition de l'humaniste. Les alexandrins de Neptune sont bien lourds, le rythme a beau varier avec l'utilisation d'heptasyllabes, d'octosyllabes et de décasyllabes, plusieurs discours, ceux des Tritons surtout, demeurent faussement éloquents, et la versification est laborieuse. Lescarbot s'en excuse, ces rimes « ont été faites à la hâte » ; le commentaire vaut pour toutes les Muses « mal peignées, et rustiquement vêtues », ce qui contribue par ailleurs à leur charme suranné. Le ton, parfois sentencieux et martial, est tempéré par une sourdine aimablement coquine, par cette distance critique et moqueuse, prise par l'auteur à l'égard de son texte, qui engage toute la complicité du spectateur.

Pourtant derrière ce masque souriant des réjouissances pourrait se dissimuler une réalité plus inquiétante ; les arts, dans les fêtes de la Renaissance, font souvent oeuvre de propagande, servent l'idéologie officielle, cachent un calcul politique. Jusqu'à quel point la fête n'a-t-elle pas alors pour but de maintenir le pouvoir établi ou de servir une cause dont la valeur peut paraître plus que douteuse ? Lescarbot a bonne conscience ; il faut préparer à la France « un florissant Empire ». Il lui semble aller de soi que les nations de la Nouvelle-France doivent vivre sous les lois d' « Henri le grand Roi des Français » : l'Européen qui joue le rôle du Premier Sauvage affirme sans broncher qu'il attend de ses colonisateurs la « piété », des « moeurs civiles » et tout « ce qui est beau, et repose en un Royal gouvernement ». Lescarbot fait bon marché de l'objection de ces « hommes scrupuleux [qui] font des difficultés partout » et s'interrogent sur leur droit à s'emparer de la terre des Amérindiens ; la formule du juriste chrétien ne tolère pas de réplique : « La terre donc appartenant de droit divin aux enfants de Dieu, il n'est ici question de recevoir le droit des Gens, et politique, par lequel ne serait loisible d'usurper la terre d'autrui. » L'objectif est si brutalement explicite qu'on ne peut du moins accuser Lescarbot de dissimulation. Le dramaturge, comme l'historien, convaincu de la valeur de sa cause, essaie simplement d'encourager les navigateurs et les futurs colons à être à la hauteur de leur tâche. En définitive, « montrer que nous vivions joyeusement » est le but avoué de cette entrée triomphale où les joyeusetés transcendent le calcul. La définition la plus concise et la plus pertinente de ce spectacle nautique doublé d'une entrée se rencontre à la fois chez Lescarbot et Champlain : « le Théâtre de Neptune » est d'abord une « gaillardise ».

Gilles GIRARD.

OEUVRES

« LE THÉÂTRE DE NEPTUNE EN LA NOUVELLE FRANCE »,

dans Marc LESCARBOT, les Muses de la Nouvelle France, À Paris, Chez Iean Millot, 1609, 66 p. [V. p. 19-29] ; 1611; 1612 ; À Paris, Chez Adrian Perier, 1617, 76 p. ; 1618; nouvelle édition publiée par Edwin Tross, Paris, Librairie Tross, 1866, p. 19-29 [d'après l'édition de 1612] ; Écrits du Canada français, 18 (1964), p. 284-295 : History of New France, with an English translation, notes and appendice by W. L. Grant and introduction by H. P. Biggar, Toronto, The Champlain Society, 1914, p. 473-479 [réimpression de l'édition de 1618] ; The Theatre of Neptune in New France, The French text with translation by Harriet Richardson, Boston, Houghton Mifflin Company, 1927, 28 p. [d'après l'édition de 1609] ; Neptune's Theatre, the first existing play written and produced in North America, by Marc Lescarbot, translated from the French by Edna B. Polman, New York and London, Samuel French, 1927. 14 p.

ETUDES

[ANONYME], « l'Oeuvre de Lescarbot. La Naissance de la tragédie en Amérique du Nord », le Devoir, 16 août 1926, p. 5.

Monique BAILLET, « Marc Lescarbot, historien de la Nouvelle-France ». Thèse de maîtrise, Evanston (Illinois), Northwestern University [Department of Romance Language], 1939, f. 10-11.

Jean BÉRAUD [pseudonyme de Jacques LAROCHE], 350 ans de théâtre au Canada français, p. 7-9.

Baudouin BURGER, ALC, V, p. 33-57.

Gilbert CHINARD, l'Amérique et le Rêve exotique dans la littérature française au XVIIe et XVIIIe siècle, p. 105-106.

Jean-Cleo GODIN et Laurent MAILHOT, le Théâtre québécois, [Montréal, H.M.H., 1970], p. 19-20.

Renée LELIÈVRE et Monique BAILLET, « Une entrée triomphale en Acadie en 1606 », Revue d'histoire du théâtre (Paris), avril-juin 1969, p. 134-141.

Alain PONTAUT, Dictionnaire critique du théâtre québécois, Montréal, Leméac, 1972, p. 106-108.

James C. TORY, « Une pièce de Lescarbot », le Devoir, 2 juillet 1926, p. 4.

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