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LA RÉCEPTION DE MONSEIGNEUR LE VICOMTE D'ARGENSON

drame anonyme.

PRÉSENTÉE le 28 juillet 1658 dans les jardins du collège de la compagnie de Jésus « à la vue de tout le peuple de Québec », comme le consigne dans le Journal* des jésuites le père Jean de Quen, supérieur des missions de la Nouvelle-France, la Réception de Monseigneur le vicomte d'Argenson est un drame de circonstance, écrit en français, en huron et en algonquin, pour saluer l'arrivée au pays de Pierre de Voyer, vicomte d'Argenson, cinquième gouverneur de la Nouvelle-France. Cet accueil réservé au gouverneur n'est pas sans rappeler le jeu dramatique de Marc Lescarbot, le Théâtre de Neptune*, représenté le 14 novembre 1606 à l'occasion du retour du sieur de Poutrincourt d'un voyage d'exploration chez les Armouchiquois.

Dans le prologue, le narrateur, Génie universel de la Nouvelle-France, présente à monseigneur le Gouverneur, dont la renommée, les vertus et les mérites l'ont devancé en terre canadienne, toutes les nations du Canada, unies « par l'entremise de la foi » d'après le protocole suivant : d'abord se succèdent quatre Français, « l'élite de [la] petite académie française » qui récitent en vers des compliments de circonstance. Le premier se réjouit de l'arrivée du Gouverneur, venu, « après mille morts évitées », « malgré le mauvais sort », « pour favoriser ces contrées ». Le deuxième renouvelle, au nom de tous, les serments de fidélité. Quant au troisième, il voit en ce nouveau gouverneur le vainqueur de la nation iroquoise. Le dernier chante la victoire finale.

Puis les nations huronne et algonquine témoignent à tour de rôle de leur obéissance et de leur soumission à Onnontio. Le Génie universel introduit ensuite les nations étrangères, qui s'adressent au Gouverneur en leur langue. Le Génie des Forêts traduit les messages des représentants de ces tribus accourues de loin « pour venir joindre au plus tôt [leurs] airs de joie » et pour offrir leurs hommages au représentant du roi. Quant aux esclaves, ils se plaignent de l'oppression et de la cruauté de la nation iroquoise qui les a retenus captifs.

Dans l'épilogue, le Génie universel, porte-parole de toutes les nations, promet au Gouverneur la loyauté de tous les sujets, jadis « pauvres barbares », qui déposent aux pieds de leur hôte, « leurs couronnes, les armes et les liens de leur captivité ». Car, « leurs arcs et leurs flèches auprès de [ses] léopards invincibles, leur seront dorénavant tout à fait inutiles ». Ils sont prêts à se placer sous son commandement pour faire régner la paix, la justice et l'ordre.

En 1890, Pierre-Georges Roy a publié ce texte en brochure mais sans en faire la description ni en indiquer la localisation. C'est toutefois Georges-Barthélemi Faribault qui a le mérite d'avoir rapporté de France la copie de ce manuscrit. Une autre copie identique à celle de Faribault se trouve parmi les papiers de Pierre-Joseph-Olivier Chauveau. Elle offre cependant avec le texte de Roy plusieurs variantes de détails. L'écriture très lisible permet de rectifier facilement ce qui semble être, dans la version de Roy, des fautes de copistes ou bien des erreurs de lecture. Par exemple, le nom de quelques acteurs se lit différemment : Du Quet au lieu de Dupont, Buissot au lieu de Buisson ; de même dans le texte, on lit clairement « félicité » au lieu de « fidélité », « céleste flamme » au lieu de « alerte flamme », « ancien » au lieu de « cousin », « famine » au lieu de « famille »... Dans la version de 1890, quelques mots sont omis. Des écarts plus considérables seraient à noter dans les passages en langues indiennes.

« Quant à la paternité du drame, il est difficile de l'attribuer à un jésuite en particulier, affirme Luc Lacourcière. Celui qui en prit l'initiative dut faire appel à la collaboration de ses confrères, au moins pour les langues amérindiennes. L'anonymat, qu'il soit collectif ou non, paraît intentionnel. Cependant le nom de tous les acteurs a été noté avec soin. » Narcisse-Eutrope Dionne a poussé plus loin les recherches et a pu préciser l'âge de chaque écolier et fournir même, sauf pour un seul, quelques notes biographiques.

Aurélien BOIVIN.

OEUVRES

LA RÉCEPTION DE MONSEIGNEUR LE VICOMTE D'ARGENSON par toutes les nations du païs de Canada à son entrée au gouvernement de la Nouvelle-France,

ANQ, Papiers de d'Argenson, deuxième série, I, f. 345-354 ; Papiers de P.-J.-O. Chauveau, cahier ms n° 2, p. 27-43 [Archives personnelles de Luc Lacourcière] ; publiée par Pierre-Georges Roy, Québec, Imprimerie Léger Brousseau, 1890, 23 p. ; dans Luc LACOURCIÈRE, Anthologie poétique de la Nouvelle-France, XVIIe siècle, Québec, les Presses de l'université Laval, 1966, p. 60-64.

ETUDES

[ANONYME], « Un manuscrit mis à jour », le Canadien, 29 août 1890, p. 2.

Jean BÉRAUD [pseudonyme de Jacques LAROCHE], 350 ans de théâtre au Canada français, p. 10-11.

Baudouin BURGER, l'Activité théâtrale au Québec (1765-1825), p. 39-40;

ALC, V, p. 33-57.

Louis-Raoul DE LORIMIER, « Réception de M. le gouverneur d'Argenson au collège des Jésuites à Québec (1658) », la Revue canadienne, 1918, p. 401-416.

Narcisse-Eutrope DIONNE, « le Théâtre à Québec de 1645 à 1670 », le Courrier du Canada, 4 septembre 1890, p. 2.

Amédée GOSSELIN, l'Instruction au Canada sous le Régime français (1635-1760), p. 309-311.

Luc LACOURCIÈRE, op. cit., p. 58-59.

Édouard-Zotique MASSCOTTE, « Bibliographies », le Monde illustré, 16 septembre 1890, p. 291.

Pierre-Georges ROY, « la Réception de Mgr le vicomte d'Argenson », BRH, 1930, p. 219-220.

André VACHON, « Chartier de Lotbinière, René-Louis », DBC, II, p, 142-145.

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