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JOURNAL DE LOUIS JOLLIET [...]

récit de voyage.

Louis Jolliet, fils de Jean Jolliet et de Marie d'Abancourt, est baptisé à Québec le 21 septembre 1645. Se croyant appelé au sacerdoce, il fait ses études classiques au Collège des jésuites de Québec, puis il change d'orientation et devient l'un des plus grands explorateurs canadiens. En 1673, avec le père Jacques Marquette, il découvre le Mississippi. En 1679, Jolliet entreprend un voyage à la baie d'Hudson et, en 1694, au Labrador. Il consacre le reste de son temps à l'exploitation des pêcheries de Mingan et d'Anticosti. Il enseigne, en outre, l'hydrographie à Québec. Il meurt à l'été de 1700.

DE TOUS les voyages de Louis Jolliet, celui du Labrador est le seul dont le journal ait été conservé. Ce document d'une grande importance historique est le premier à décrire de façon détaillée la côte du Labrador depuis le détroit de Belle-Isle jusqu'à Zoar (Labrador). En présentant son manuscrit à un fonctionnaire français, Jolliet en résumait le contenu : « J'ai écrit ce que j'ai jugé digne de remarque des terres, des passages, des Sauvages, de leurs moeurs, façons d'agir, politiques et autres choses inconnues jusqu'à présent. »

Louis Jolliet possédait déjà une vaste expérience de cartographe et de navigateur sur le Saint-Laurent. Il précisait au début de son journal : «Je ne marquerai rien en détail de ma route jusqu'à Mingan, étant le chemin dont j'ai tiré les rumbs de vent tant de fois, avec toutes les remarques de havres, îles et battures du fleuve sur lesquelles les cartes que j'ai envoyées en cour ont été faites avec toute l'exactitude possible. » Jolliet ne dit rien des passages qu'il n'avait pas visités, aimant mieux présenter une carte incomplète qu'erronée. Pour ce qui est du détroit de la baie d'Hudson, il se servit des mémoires d'Iberville, qui lui semblaient justes. L'un des buts de ce voyage d'exploration était de découvrir « d'autres passages que le détroit d'Hudson qui ne seraient pas si nord, et par conséquent hors du chemin des ennemis, pour entrer dans la baie ». Ce but ne devait pas être atteint. De toute la côte du Labrador Jolliet traça un tableau extrêmement précis. Il décrivit la végétation des côtes et des îles, le gibier et les poissons. Il indiqua les endroits dangereux et les havres sûrs. Certains sites baptisés par Jolliet ont conservé le même nom jusqu'à nos jours : il s'agit du havre Saint-François, de la Pointe au Caribou, de la baie Saint-Louis. Seize croquis complètent ces données. Les calculs des longitudes et des latitudes sont suffisamment précis, compte tenu des moyens de l'époque.

Jolliet et ses compagnons rencontrèrent des groupes d'Esquimaux très sociables, qui invitèrent les Français à visiter leurs villages. Jolliet eut donc tout le loisir d'observer et de décrire leur habitat, leurs vêtements, leur nourriture et leur comportement. Il fut frappé par les différences entre les Esquimaux et les autres Indiens. Les Esquimaux avaient la peau blanche et les cheveux frisés, ils ne mangeaient pas de viande rôtie. Par l'esprit et leur façon d'agir, ils tenaient beaucoup plus du Français que de l'Indien. Décrivant les vêtements des femmes, Jolliet précisa : « Leur sein est toujours caché quoiqu'elles le donnent à leurs enfants on ne le voit jamais en quoi elles sont plus réservées que nos Françaises qui en font gloire surtout les premières années de leur mariage. » Cette remarque n'est pas sans rappeler certains mandements des évêques canadiens au sujet de la modestie féminine. Mais Jolliet ne faisait pas preuve de pudibonderie ; s'il refusa les filles qu'on lui offrait pour la nuit, il rendit aux femmes et aux enfants leurs embrassades, y voyant « une marque d'amitié honnête et de civilité remarquable qui n'avaient rien de désagréable ». L'explorateur prit en note plusieurs mots de la langue esquimaude qui lui parut assez facile à apprendre. Les Esquimaux se montrèrent toujours « de bonne humeur, affables et aimant à rire ».

En bon négociant, Jolliet se préoccupa des ressources du pays et des possibilités d'exploitation. Il n'en vit guère, les terres paraissant fort ingrates en toutes choses. Les Esquimaux faisaient occasionnellement du commerce avec des navires pêcheurs, mais ils n'avaient à offrir que de l'huile de loup-marin et de baleine. La pêche à la morue aurait pu couvrir une partie des frais du voyage, mais ce poisson diminuait à mesure qu'on avançait vers le nord.

Après un voyage de cinq mois et demi, Jolliet revint à Québec où il mit la dernière main à son journal. La lecture de ce document nous rend plus sensible la perte de son récit de voyage au Mississippi. Dans un compte rendu ramassé d'une trentaine de pages, Jolliet fournit des données précieuses, il sait relever les détails intéressants et les décrire avec talent. Le portrait qu'il a donné des Esquimaux était le plus complet de son époque. Grand explorateur, Jolliet était aussi un bon narrateur. Ses talents avaient été reconnus par Frontenac qui lui décerna cet éloge justifié : « C'est un homme d'esprit, intelligent et capable de bien conduire une entreprise quand on la lui confiera. »

Marie-Aimée CLICHE.

OEUVRES

« JOURNAL DE LOUIS JOLLIET ALLANT À LA DÉCOUVERTE DU LABRADOR, 1694 »,

RAPQ, 1944, p. 147-206.

ETUDES

Jean DELANGLEZ, Louis Jolliet, vie et voyages (1645-1700), [Montréal], les Études de l'Institut d'histoire de l'Amérique française, 1950, 435 p.

Ernest GAGNON, Louis Jolliet, découvreur du Mississipi et du pays des Illinois, premier seigneur de l'île Anticosti. Étude biographique et historiographique, Québec, [s.é.], 1902, XV, 284 p.

Alain GRANDBOIS, Né à Québec, Montréal, Éditions Fides, 1948, 207 p.

André VACHON, « Jolliet, Louis », DBC, 1, p. 404-410.

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