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JOURNAL DE L'EXPÉDITION À LA BAIE D'HUDSON

récit de voyage du chevalier Pierre DE TROYES.

Pierre de Troyes arrive à Québec le 1er août 1685, en même temps que le gouverneur Denonville. En 1686, il commande l'expédition à la baie d'Hudson ; l'année suivante, il participe à l'expédition contre les Tsonnontouans. Nommé gouverneur de Niagara, il y meurt du scorbut le 8 mai 1688.

TROIS chroniqueurs ont raconté l'expédition de 1686 à la baie d'Hudson. Le premier est le commandant lui-même, le chevalier Pierre de Troyes. Le second est l'aumônier, le père Silvy, qui en fit un court récit dans une lettre à monseigneur de Saint-Vallier. Le troisième serait l'ingénieur de Catalogne. Le récit du chevalier de Troyes est le plus complet, comme on en pourra juger en examinant les deux autres, que l'abbé Caron a reproduits en appendice au Journal du chevalier de Troyes.

Pierre de Troyes, militaire de carrière, écrit dans un style assez lourd et il multiplie les fautes d'orthographe, mais il sait se rendre intéressant et spirituel. Les deux tiers du journal servent à décrire le voyage qui se déroule au milieu de difficultés de toutes sortes. Les voyageurs se mettent en route à la fin de mars : c'est l'époque du dégel et les embarcations restent prises dans la glace fondante. Les portages sont innombrables « au travers des bois affreux par leur solitude et incommodes à cause d'une grande quantité de roches éboulées et de bois abattu, le tout entremêlé d'épaisses fredoches qui rendent la route extrêmement violente ». Les Canadiens préfèrent se risquer à sauter les rapides plutôt que de faire un portage : les canots chavirent ou se brisent et les voyageurs perdent leurs bagages. Le climat printanier est rigoureux, avec ses pluies torrentielles et ses vents violents, mais le pire danger auquel échappent les membres de l'expédition est un incendie de forêt. Le chevalier de Troyes parsème son récit d'anecdotes amusantes. Il explique l'origine de plusieurs noms géographiques, comme portage des Allumettes, rapide des Calumets et rapide des Grelots. Il décrit les coutumes indiennes et canadiennes comme le baptême des nouveaux venus au passage de la roche nommée l'Oiseau. Observateur perspicace, il indique à quelle date il franchit la ligne de séparation des eaux et il attribue les nombreux portages au fait « qu'il y a une hauteur de terre qui règne en ce pays-là qui fait que toutes les rivières sont par cascades ».

Parvenu au but de son voyage, la baie d'Hudson, il trace le plan des forts qu'il doit prendre, chose qu'il juge nécessaire « pour donner au lecteur une idée plus parfaite de l'action [qu'il va] décrire ». Ses récits de combat sont vivants et imagés. Le plus connu est celui où Iberville, se jetant à l'intérieur du fort anglais « l'épée en une main et le fusil en l'autre [...] chamaillant hardiment de son épée sur tout ce qui se présentait, blessa quelques Anglais au visage et lâcha son coup de fusil dans un escalier où il entendait du bruit ». L'auteur attribue le succès de l'expédition à la valeur de ses troupes et à l'aide du ciel. L'histoire du voeu fait à sainte Anne à la veille de la prise du fort Albany est racontée de façon naïve mais convaincue.

À la suite de ces batailles, le commandant rend aux Canadiens « le témoignage de les avoir vus vigoureusement faire leur devoir ». Il ne se plaint pas moins amèrement de leur indiscipline. Déjà, au cours du voyage, les Canadiens s'étaient mutinés. Le père Silvy aida à les calmer, mais le commandant constata « que le naturel des Canadiens ne s'accorde guère avec la subordination ». Il s'empresse d'ajouter que « cela seul manque à [leur] valeur naturelle ». Ce jugement est ratifié par le témoignage de tous les administrateurs civils et militaires français. Le chevalier se montre beaucoup plus sévère envers ses ennemis les Anglais, auxquels il reproche leur lâcheté et leur négligence, qui « marquent bien le peu de valeur de cette nation si elle n'est aguerrie ».

La lecture de ce journal du chevalier de Troyes révèle un soldat intelligent, courageux et bon stratège, quoique d'une instruction peu poussée.

Marie-Aimée CLICHE.

OEUVRES

JOURNAL DE L'EXPÉDITION DU CHEVALIER DE TROYES À LA BAIE D'HUDSON, EN 1686,

édité et annoté par l'abbé Ivanhoë Caron, Beauceville, la Compagnie de « l'Ëclaireur », 1918, IX, 136 p.

ETUDES

Ivanhoë CARON, Introduction du Journal, p. 1-18.

Guy FRÉGAULT, Pierre Lemoyne d'Iberville, 2e édition, Montréal, Éditions Fides, 1968, 300 p.

Léopold LAMONTAGNE, « Troyes, Pierre de, dit chevalier de Troyes », DBC, I, p. 668-669.

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