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L'ÎLE DE SABLE

roman d' Henri-Émile CHEVALIER

EN 1853. Henri-Émile Chevalier explore l'île de Sable. L'année suivante, dans la Ruche littéraire, il publie en feuilleton « l'île de Sable. Épisode de la colonisation du Canada », un roman inspiré de la légende de Marguerite de Roberval. Pour avoir, au cours de la traversée, introduit son fiancé dans sa chambre, Marguerite est abandonnée dans l'île par son protecteur, le marquis de La Roche, sieur de Roberval.

Chevalier transforme complètement la légende rapportée par Marguerite de Navarre dans son Heptaméron et par André Thévet dans sa Cosmographie universelle. Il s'inspire du deuxième chapitre de l' Histoire du Canada* de Garneau, « une des meilleures oeuvres de l'esprit humain », écrit-il dans l'envoi de l'édition de 1862. Un long prologue présente les principaux personnages du drame. On assiste ensuite au départ pour la Nouvelle-France d'une expédition de colonisation sous la direction de Guillaume, marquis de La Roche-Gommard, sieur de Roberval, récemment nommé lieutenant général du Canada, de Jean, vicomte de Ganay, son futur gendre, et d'une quarantaine de repris de justice. La traversée est longue et pénible. À la suite d'une violente tempête et d'une mutinerie à bord du Castor, le capitaine et le marquis de La Roche, par crainte de la famine, contraignent une quarantaine de personnes à débarquer dans l'île de Sable. Jean de Ganay, la Guyonne, que l'on connaît sous le nom d'Yvon puisqu'elle s'est substituée à son demi-frère, et quatre matelots accompagnent les prisonniers.

Le groupe attend en vain le retour du Castor. Sous la direction de Jean de Ganay, les prisonniers organisent leur survivance. Le naufrage de l'Érable, second navire de l'expédition, anéantit tous leurs espoirs. La révolte éclate et fait plusieurs victimes. La Guyonne disparaît au moment même où le vicomte révèle sa véritable identité.

Cinq ans plus tard, la Guyonne retrouve Jean de Ganay. Elle relate son enlèvement par un sourd-muet, débarqué auparavant dans l'île. Elle a vécu seule après la mort de cet homme, en qui elle a reconnu son père. Jean et la Guyonne, en réalité Marie-Antoinette Guyonne, comtesse de Pentoëk, se déclarent leur amour. Lorsque le Castor aborde dans l'île pour ramener les survivants en France, les deux amoureux, aidés par leur serviteur Philippe, fuient en embarcation et atteignent les côtes de l'Acadie. Les deux amants s'y marient, mais la Guyonne meurt en couches.

Comme dans ses autres romans, Chevalier utilise maladroitement les séquences temporelles et a bien du mal à mener de front deux intrigues. Cette maladresse le contraint à abuser des digressions et des retours en arrière. Si l'intérêt est assez bien soutenu par les nombreuses péripéties, il est desservi par un style trop souvent emphatique. La présence du narrateur-dieu est envahissante et de nombreuses scènes choquent par leur invraisemblance. On s'imagine mal la Guyonne, enlevée à l'insu de tous les prisonniers, survivant aux rigueurs du climat et échappant enfin à la noyade.

Ce roman de Chevalier connut le succès, à en juger du moins par les nombreuses rééditions. Sous le titre l'île de Sable, il parut en volume à Paris en 1862, puis en 1878, et fait partie de la collection des « Drames de l'Amérique du Nord ». Un autre éditeur parisien publie le même texte en 1862 sous le titre Trente-neuf hommes pour une femme, premier volume de la collection des « Légendes de la mer ». Il fut réédité sous ce titre en 1873. Deux traductions ont paru à New York : l'une, en 1862, sous le titre 39 Men for one Woman, l'autre, l'année suivante, intitulée Adventures by sea and land of the Count De Ganay or The Devotion and Fidelity of a Woman.

Jean-Guy MORISSETTE et Aurélien BOIVIN.

OEUVRES

L'ÎLE DE SABLE. Épisode de la colonisation du Canada,

la Ruche littéraire, février-décembre 1854; Paris, Calmann-Lévy, 1862, 307 p. ; 1878 ; Trente-neuf hommes pour une femme. Épisode de la colonisation du Canada, Paris, E. Dentu, 1862, 279 p. ; Chartieu et Huillery, 1873, 64 p. ; 1874 ; 1878 ; 39 Men for one Woman. An Episode of the Colonization of Canada, translated from the French by E. I. Sears, New York, John Bradburn, 1862, V, 312 p. ; Adventures by sea and land of the Count De Ganay or The Devotion and Fidelity of a Woman. An Episode of Colonization of Canada, New York, John Bradburn, 1863, V, 312 p.

ETUDES

Beatrice CORRIGAN, « Henri-Émile Chevalier and his Novels of North America », The Romanic Review, 1944, p. 220-231.

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