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HISTOIRE DU CANADA, DE SON ÉGLISE ET DE SES MISSIONS

depuis la découverte de l'Amérique jusqu'à nos jours, de l'abbé Charles-Étienne BRASSEUR DE BOURBOURG.

Charles-Étienne Brasseur naît à Bourbourg (près de Dunkerque) le 8 septembre 1814. Il étudie la philosophie et la théologie à Gand (Belgique) et à Rome, où il est ordonné prêtre en 1845. Arrivé à Québec la même année, grâce aux pressions exercées par l'abbé Léon Gingras qui l'avait connu à Rome en 1844, il entreprend un cours d'histoire ecclésiastique qu'il doit bientôt abandonner. Il se consacre à des recherches historiques et doit quitter Québec en 1846, après la publication d'une Esquisse biographique sur Mgr de Laval qui déplaît aux autorités du séminaire. Il exerce son ministère à Boston, puis retourne en France en 1851. Historien et américaniste, il publie de nombreuses études et revient en Amérique à quatre reprises après 1852. Brasseur de Bourbourg meurt à Nice le 8 janvier 1874.

APRÈS avoir affirmé que l'histoire du Canada est en même temps celle de l'Église canadienne, l'abbé Charles-Étienne Brasseur de Bourbourg retraçait, dans le premier tome de son ouvrage, les circonstances qui amenèrent la France à fonder une colonie en Amérique du Nord. Il ne manquait pas de souligner le rôle que jouèrent, dans l'implantation sur les bords du Saint-Laurent d'une « Nouvelle France », les évêques de Québec, surtout monseigneur de Laval et monseigneur de Saint-Vallier, et les réalisations du clergé séculier et des religieux : jésuites, sulpiciens et récollets. Ce récit conduisait le lecteur jusqu'à la conquête.

Dans le second tome, l'abbé Brasseur menait son exposé depuis la proclamation de la paix entre la France et l'Angleterre, en 1763, jusqu'au concile provincial de Québec, en 1851.

De sympathique jusque-là, le ton changeait brusquement : « C'est avec la conquête, poursuivait l'auteur, que l'on voit commencer cette altération dans le caractère des Français du Canada, qui finit par n'en être plus que l'ombre. La timidité, la défiance et l'indécision, marques distinctives d'un peuple vaincu, apparaissent ; et ceci surtout devint remarquable dans le clergé et dans la noblesse, classes qui avaient le plus à craindre de la part du vainqueur. »

Cette accusation contre le clergé canadien, l'ecclésiastique français la diversifiait au fur et à mesure qu'apparaissaient sous sa plume les successeurs de monseigneur Briand sur le siège de Québec, « choisis par les gouverneurs du Canada », « imposés » au clergé, affirmant que « toutes les nominations, à peu d'exceptions près, eurent pour objet les membres de ce clergé les moins capables de soutenir le poids de l'épiscopat, et faits plutôt pour en déconsidérer le caractère auguste aux yeux des catholiques aussi bien que des protestants ». Même si «de grandes choses s'étaient opérées durant son épiscopat, à l'avantage de l'Église en Canada », monseigneur Plessis « eût été un grand homme » s'il « avait eu plus d'énergie vis-à-vis du gouvernement britannique, et s'il ne s'était pas laissé si souvent dominer par des craintes serviles ». « On ne peut se refuser à lui accorder de fort grandes qualités », concluait l'abbé Brasseur.

L'auteur, qui avait « connu et pu juger de près » monseigneur Signay, évêque titulaire du siège de Québec de 1831 à sa mort le 1er octobre 1850, « prêtre pieux, zélé, au fond, pour le bien de la religion, mais à courte vue, à idées rétrécies, minutieuses ; excellent d'ailleurs dans les détails de fabrique et de sacristie, mais incapable d'embrasser l'ensemble ou d'entrer dans les détails d'une administration régulière d'un diocèse aussi vaste que celui de Québec », traçait de ce diocèse « un tableau triste et sévère », tout en se défendant qu'il fût « faux ou exagéré ».

En revanche, le diocèse de Montréal, dont les bases avaient été posées par monseigneur Lartigue, sulpicien « comparativement éloquent et instruit pour son pays et les hommes de son pays dans les diverses branches d'enseignement ecclésiastique », semblait destiné « à devenir le plus beau et le plus grand du Canada », surtout depuis que monseigneur Bourget lui avait imprimé un élan décisif en faisant appel à des congrégations religieuses d'hommes et de femmes d'Europe. Pour résumer son appréciation sur Québec et Montréal, l'abbé Brasseur traçait le parallèle suivant : « Le diocèse de Québec se laissait vivre et végétait comme une plante sans sève depuis la mort de M. Plessis. Celui de Montréal, sous l'influence de son évêque et la protection de Marie [...], marchait de cette marche qui caractérise les grandes choses. [...] Québec [...] répudiait avec une défiance timide tout établissement religieux qui aurait pu exciter l'ombrage du gouvernement britannique, et se refusait à voir naître dans les villes et les forêts de son diocèse les grandes institutions qui ont planté la foi et la civilisation en Europe. »

Les derniers chapitres de son ouvrage, l'auteur les consacrait à décrire les missions des oblats de Marie-Immaculée à Bytown, au Saguenay et à la Rivière-Rouge, ainsi que celles des jésuites dans la presqu'île Manitoulin et au Sault-Sainte-Marie.

Au terme de son récit, l'abbé Brasseur résumait ses impressions sur les Canadiens français qui, « loin d'être anglifiés » au moment où il écrivait, avaient « cessé depuis longtemps d'être français » : « Dans les cités et les villes, il y a dans l'allure des Canadiens un je ne sais quoi qui leur est propre, qui n'est ni anglais, ni français : il y a un mélange d'antique simplicité et de politesse bourgeoise de la vieille province de France et de la nature saxonne, en même temps que l'amour du confortable anglais, qui fait que les Canadiens ne ressemblent à personne, bien que leurs moeurs en général soient plus en rapport avec le caractère français qu'avec le caractère britannique. »

Pour l'abbé Brasseur, l'assimilation des Canadiens français aux usages et à la langue des Anglais prenait un caractère inéluctable, d'autant plus que l'annexion du Canada aux États-Unis n'était qu'une question d'années : « Malgré la lutte encore actuellement si vive entre les deux races rivales, et qui amènera infailliblement la ruine de la puissance britannique dans les colonies de l'Amérique du Nord, ces races se fondront et l'élément français, quelque fort qu'il soit encore par le nombre et l'influence, s'absorbera dans l'élément anglo-celtique. »

L'Univers du 19 juillet 1852 annonçait que l' Histoire du Canada, de son Église et de ses missions venait de paraître à Paris. Le 24 novembre suivant, Georges-Barthélemi Faribault, greffier et traducteur à l'Assemblée législative, mandait à son ami montréalais Jacques Viger que l'ouvrage de l'abbé Brasseur, mis en vente à Québec par la librairie Bossange, Morel et cie. avait « causé un grand émoi parmi le clergé » et qu' « au bout de quelques heures tous les exemplaires [avaient] été enlevés » par le séminaire et l'archevêché.

L'abbé Ferland fut chargé d'en rédiger une réfutation. Ses Observations sur un ouvrage intitulé Histoire du Canada, etc., par M. l'abbé Brasseur de Bourbourg parurent dans le Journal de Québec en 1853. Réunies en brochure la même année à Québec, elles connurent une seconde édition amendée à Paris en février 1854.

Philippe SYLVAIN.

OEUVRES

HISTOIRE DU CANADA, DE SON ÉGLISE ET DE SES MISSIONS depuis la découverte de l'Amérique jusqu'à nos jours, écrite sur les documents inédits compulsés dans les archives de l'archevêché de Québec et de la ville de Québec, etc.,

Paris, Sagnier et Bray, 1852, 2 vol. : t. I : III. 328 p. ; t. II : 350 p.

ETUDES

Jean-Baptiste-Antoine FERLAND, Observations sur un ouvrage intitulé Histoire du Canada [...], le Journal de Québec, 22, 25, 29 janvier et 1er février 1853 : Québec, Imprimerie Augustin Côté et cie, 1853, 79 p.; Paris, Ch. Douriol, 1854, 94 p.

IGNOTUS [pseudonyme de Thomas CHAPAIS], « Notes et Souvenirs », la Presse, 10 août 1897, p. 5. —

Jean Gilmarie [sic] SHEA, « le Canada et ses historiens », le Journal de Québec, 8 mai et 5 juin 1855, p. 1.

Philippe SYLVAIN, « Brasseur de Bourbourg, Charles-Étienne », DBC, X, p. 92-94 ;

la Vie et l'Oeuvre de Henry de Courcy (1820-1861), premier historien de l'Église catholique aux États-Unis, Québec, Presses universitaires Laval, 1955, p. 189-224.

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