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FELLUNA

légende de Jean-Éraste-Protais D'ODET D'ORSONNENS.

Jean-Éraste-Protais d'Odet d'Orsonnens naît à Saint-Roch-de-L'Achigan le 12 avril 1836, deuxième fils de Sophie-Louise-Marie Rocher et de Protais d'Odet d'Orsonnens, patricien de Fribourg, venu au Canada en 1810, en qualité de capitaine de la compagnie des grenadiers du régiment de Meuron. Jean-Éraste étudie quelques années au Collège de L'Assomption (1846-1848), puis on perd sa trace pour le retrouver en 1856 : il collabore alors à la Patrie et y publie quelques contes ; il collabore aussi à la Guêpe et y fait paraître, outre plusieurs lettres, « Angélina. Épisode de l'insurrection canadienne de 1837-1838 » (1859) et un roman, « Une apparition » (I860). Il meurt après 1899.

D'ABORD PUBLIÉ en feuilleton dans la Patrie de 1856, Felluna reprend le thème de « l'Iroquoise »*. Un parti de guerre huron enlève l'Iroquoise Felluna. Gros-Renard, le fiancé de Felluna, constate bien vite la disparition de sa bien-aimée et part à sa recherche. Il découvre d'abord un message et bientôt la captive. Il attaque les ravisseurs avec tant d'impétuosité qu'il les oblige à retraiter, mais sans libérer Felluna. Il laisse la vie sauve à un prisonnier à condition qu'il l'introduise auprès de sa fiancée.

À la bourgade huronne, la mère de Tueur-de-Caribou — le prisonnier de Gros-Renard — adopte Felluna et le père Daniel l'instruit des vérités de la religion. Le jour même du baptême de la catéchumène, Tueur-de-Caribou ménage aux amoureux un rendez-vous secret. Felluna refuse de céder aux instances de Gros-Renard qui la prie de réintégrer avec lui la tribu ; elle est désormais chrétienne et elle restera auprès de la Robe-noire. Pendant l'entretien un groupe d'éclaireurs iroquois survient. Les Hurons font une sortie pour repousser l'agresseur et découvrent Felluna et son amoureux. Ils la condamnent au feu pour avoir déserté la bourgade. Gros-Renard, mortellement blessé lors de l'assaut, se fait baptiser à la veille du supplice de sa fiancée pour l'accompagner dans l'autre monde.

Cette histoire comporte les éléments essentiels de la légende de l'« Iroquoise » : enlèvement, baptême de la captive, refus de quitter le camp ennemi pour rester fidèle à la foi nouvelle et finalement le martyre. Toutefois, dans l'esprit d'Éraste d'Orsonnens, il ne s'agit pas d'une simple reprise de la légende traditionnelle. L'auteur poursuit un but plus précis, la glorification des missionnaires. Dès les premières lignes de son récit, il déclare : « Dans un essai dont le but est de faire connaître les Hurons, l'on ne peut se dispenser de parler des hommes admirables qui leur enseignèrent les vérités du salut, tant l'histoire des uns est étroitement liée à celle des autres [...]. Jamais des hommes n'ont montré autant de foi active, d'abnégation et de courage que ceux qui prêchèrent la foi aux Sauvages du Canada. » Et l'auteur de continuer son éloge en soulignant les motifs spirituels qui ont amené les missionnaires ici. Il décrit les difficultés de l'apostolat dans des conditions déplorables : les portages, le froid, la neige et toujours la menace des Iroquois. Puis il termine son panégyrique par un jugement d'excellence : «De tous les Apôtres d'Amérique, il n'y en a pas qui aient déployé autant d'intrépidité unie à tant de renoncement. »

Après un tel prologue, nous serions justifiés d'attendre un récit qui mette en valeur le rôle du missionnaire au milieu des Indiens. Mais le père Daniel n'occupe pas plus de place dans Felluna que le père Mesnard dans « l'Iroquoise » et dans « Françoise Brunon ». D'Orsonnens voulait illustrer les grands dévouements qui ont présidé à la naissance de la colonie, en mettant en valeur le travail des missionnaires. Mais il ne réussit qu'à moitié.

Ce feuilleton est repris en volume la même année. L'auteur y ajoute deux autres récits : « Une épluchette de blé d'lnde », incorporée par la suite à son roman Une apparition* (ch. III), et « Une résurrection », déjà publiée dans la Patrie du 9 juin 1856.

Maurice LEMIRE.

OEUVRES

FELLUNA, LA VIERGE IROQUOISE. UNE ÉPLUCHETTE DE BLÉ D'INDE. UNE RÉSURRECTION,

Montréal, Imprimé par Senécal et Daniel, 1856, 78 p. « Une résurrection », la Patrie, 9 juin 1856, p. 1. « Felluna. Esquisses indiennes », la Patrie, 22 août-1er septembre 1856, p. 1 ; le Littérateur canadien, 11 avril-11 mai 1861. « Une épluchette de blé d'Inde », dans Jean-Éraste-Protais D'ODET D'ORSONNENS, Une apparition, p. 33-43 : le Littérateur canadien, 15-22 juin 1861 ; la Revue populaire, septembre 1908, p. 80-83.

ETUDES

Aurélien BOIVIN, le Conte littéraire québécois au XIXe siècle, p. 292-294.

Maurice LEMIRE, les Grands Thèmes nationalistes du roman historique canadien-français, p. 29.

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