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FABLES

de Paul STEVENS.

Né en Belgique le 1er mai 1830, Paul Stevens est le fils de Jacques-Joseph Stevens, chef de bureau au ministère de la Guerre à Bruxelles, et d'Adélaïde-Rosa-Josepha Wautier. Arrivé au Canada avant juillet 1854, il se fixe d'abord à Berthier où il épouse, le 10 mai 1855, Marie Valier dit Léveillé. Collaborateur au Pays, à l'Ordre, au National et à l'Avenir, puis rédacteur de la Patrie en 1857, il devient, à l'automne de la même année, professeur de français et plus tard principal du Collège de Chambly. À partir de septembre 1858, il donne des cours de français et de dessin à Montréal et, en 1860, fonde avec Édouard Sempé et Charles-Waugh Sabatier, l'Artiste, journal littéraire et artistique qui disparaît après le deuxième numéro. Il participe activement aux travaux du Cabinet de lecture paroissial et y prononce dès 1858 plusieurs conférences. Il accepte le poste de précepteur des familles Chaussegros de Léry et Saveuse de Beaujeu, à Coteau-du-Lac. C'est là qu'il meurt le 29 octobre 1881. Il a publié ses Fables en 1857 et ses Contes populaires en 1867.

LA FONTAINE avait dédié le premier recueil de ses fables à monseigneur le dauphin ; c'est à Denis-Benjamin Viger que Paul Stevens adresse les soixante-quatre apologues, publiés d'abord dans le Pays, la Patrie, le National et l'A venir, qu'il réunit en 1857 sous le titre Fables.

Nous sommes en présence d'un travail d'imitation. Les emprunts aux prédécesseurs (Simonide, Phèdre, Ésope), les références aux dieux de la mythologie, les changements de mètres, les figurations d'animaux et d'êtres humains, de nombreuses situations, plusieurs vers mêmes, appartiennent au fabuliste du XVIIe siècle. Si ses paraphrases sont lourdes, encombrées d'épisodes superflus, Stevens en use parfois librement avec ses modèles ; il lui arrive même de fondre en une seule fable deux sources différentes, de substituer aux dénouements originaux des dénouements de son cru : le bouc laisse le renard croupir au fond du puits, la Mort reste sourde aux prières du bûcheron, l'ambivalence de la chauve-souris est cause de sa perte ; l'aventure du lièvre et de la tortue inspire une moralité nouvelle : « Le talent n'est point nécessaire ° Si l'on ne sait pas s'en servir. »

Quelles leçons Stevens veut-il transmettre ? Que la société abonde en ambitieux, en fourbes, dont le sage doit se méfier. Que le bonheur, si tant est qu'il habite la terre, réside dans l'acceptation de son sort, dans la recherche de la mesure, de l'équilibre : étant donné l'inconstance de la Fortune, tout changement de situation, par le voyage ou par la réussite sociale, tourne à l'échec. Mieux vaut vivre au fond de sa campagne, « pauvre, mais libre ». N'essayons pas d'avoir raison sur les critiques, les sots, les imposteurs, mesquins incorrigibles et prompts à se venger. L'ensemble est une vague évocation de la réalité contemporaine. Deux fables seulement : «la Boîte aux lettres et le Télégraphe », « le Cheval, la Locomotive et le Télégraphe », traitent de la marche inexorable du Progrès, malgré l'ignorance et le fanatisme. Mais elles sont par trop simplistes.

Plus habile versificateur que fabuliste, Stevens propose une vision du monde dénuée de profondeur et d'originalité. Le lyrisme des historiettes est incolore, aride, bien pâle reflet de celui que ce « fils adoptif du Canada » a prétendu ranimer.

Jacques BLAIS.

OEUVRES

FABLES,

Montréal, de l'Imprimerie de John Lovell, 1857, 119 p. [d'abord parues pour la plupart dans quelques journaux : le Pays, 1861, p. 1 :] « Naufrage de Simonide », 1er avril. « Les Deux chats plaidant par devant le singe », 5 avril. « Le Rustre, le Bouffon et le Peuple romain », 17 avril. « Le Rat et ses amis», 2 mai. «Les Singes», 13 mai. « L'Âne et le Renard en société », 27 mai 1856. « Le Soleil et la Vapeur » [« Le Soleil et la Brume »], 29 mai. « Le Loup et le Chien », 3 juin ; le National, 5 juin. « Le Loup et l'Âne », 3 juin ; le National 5 juin. « Le Chat bohémien et les Lapins », 7 juin. « Le Loup et le Cabri », 10 juin ; le National, 12 juin. « Les Deux chèvres », 10 juin ; le National, 10 juin. « Le Coq et le Chien », 21 juin. « Le Portrait parlant », 8 juillet. « L'Aigle et la Tortue », 12 juillet. « Le Chien, le Coq et le Renard », 15 juillet [non signé]. « Le Cerf et le Manant », 17 juillet. « L'Écho et le Malheur » [«L'Écho et le Malheureux»], 19 juillet. «La Mouche et le Taureau», 26 juillet. «Le Loup et l'Âne» [«L'Âne et le Loup»], 2 août. «Le Cerf, le Mouton et le Loup» [« Le Mouton, le Cerf et le Loup»], 16 août. « Le Songe», 16 septembre. «La Chasse au bonheur», 16 septembre. [Dans l'Avenir, en 1856, page 2 ou 3 :] « le Chat et la Souris » [« Le Vieux Chat et la Souris »], 24 juillet. « Le Buisson et la Brebis », 24 juillet. « Le Loup et le Porc-Épic », 7 août. « Le Chat et la Chauve-souris », 7 août. « Le Renard et le Lion » [« Le Renard à la cour du lion »], 4 septembre. « Le Loup et l'Agneau », 4 septembre. « Le Pêcheur et le Gougeon », 11 septembre. « Le Chat, le Renard et le Singe », 2 octobre. « Les Poissons et le Héron », 9 octobre. [Dans la Patrie, en 1856, p. 1 :] « le Loup, l'Âne et l'Ânon », 26 mai ; le Pays, 27 juin. « L'Âne sauvage et l'Âne domestique », 23 mai. « Le Renard et le Bouc», 28 mai. « Le Rat de ville et le Rat des champs », 6 juin. « La Boîte aux lettres et le Télégraphe », 5 décembre. [Dans le National, en 1856, p. 1 : ] « le Crapaud médecin et le Renard », 19 août. « Le Lion et la Grenouille », 23 août. « Le Gland et les Champignons », 26 août. « Le Fanfaron mis à sa place », 2 septembre. « La Mule et le Singe », 4 septembre. « La Rosé et le Papillon », 6 septembre. «Le Renard et les Raisins», 10 septembre. « Ésope et le Méchant Poète », 13 septembre. « Les Deux livres », 27 septembre. « La Guenon et ses petits », 30 septembre. « L'Oiseau moqueur et le Pinçon », 2 octobre. « Le Chat et la Souris», 9 octobre. «Le Loup et le Sort», 11 octobre. « La Fourmi et la Chrysalide », 18 octobre. « Le Mâtin et l'Épagneul », 21 octobre. «L'Esprit fort», 20 octobre. «Le Héron», 30 octobre. « Ésope jouant aux noix », 6 novembre. « Le Chasseur et son chien », 8 novembre. « La Mort du bûcheron », 11 novembre.

ETUDES

[ANONYME], « Bibliographie », la Minerve, 3l octobre 1857, p. 2.

Paul STEVENS, « Lecture de Paul Stevens, Écuyer, sur la fable », la Minerve, 23 avril 1857, p. 1-2.

Félix VOGELI, « Bibliographie », le Pays, 22 octobre 1857, p. 2 ;

« M. Vogeli et la Patrie », le Pays, 27 octobre 1857, p. 2.

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