Collections - Bibliothèque et Archives nationales du Québec.
ESQUISSE SUR LE CANADA CONSIDÉRÉ SOUS LE POINT DE VUE ÉCONOMISTE

essai de Joseph-Charles TACHÉ.

Fils de Charles Taché et de Louise-Henriette Boucher de La Broquerie, Joseph-Charles Taché naît à Kamouraska le 24 décembre 1820. Orphelin dès l'âge de cinq ans, il fréquente d'abord l'école du village, puis le Séminaire de Québec. Admis à l'école de Médecine à la fin de sa rhétorique, il obtient son diplôme le 16 novembre 1844. Il se fixe alors à Rimouski et y épouse le 1er juillet 1847 Françoise Lepage. Élu député conservateur à la Chambre des communes en 1847, il assume, dès son premier mandat, la charge de correspondant parlementaire pour l'Ami de la religion et de la patrie. Le 24 mars, il devient directeur de la Société d'agriculture, nomination qui l'oblige à publier dans le Journal de l'Instruction publique plusieurs articles destinés aux agriculteurs. Il participe en 1854 au débat sur la tenure seigneuriale et publie De la tenure seigneuriale et son projet de commutation. En 1855, on le nomme représentant du Canada à l'Exposition universelle de Paris. Avant son départ, il s'est attaqué au rougisme et à ses tenants en publiant la Pléiade rouge, sous la signature de « Gaspard Le-Mage ». Renonçant à ta politique active, il fonde le 2 février 1857 le Courrier du Canada avec Hector-Louis Langevin et Alfred Garneau. Il participe, en 1861, à la fondation des Soirées canadiennes, qu'il dirige seul à partir de 1863, à la suite d'un désaccord avec les autres membres de la direction. Il publie Trois légendes de mon pays (1861) et Forestiers et Voyageurs (1863). Le 3 août 1864, il devient sous-ministre de l'Agriculture et des Statistiques, et, en 1878, docteur en médecine. Il entretient, dans la Minerve, une polémique avec Benjamin Sulte à partir du 27 mars 1883, puis avec l'abbé Henri-Raymond Casgrain, en juin de la même année. En 1885, il publie les Sablons et l'île Saint-Barnabe et les Asiles d'aliénés de la province de Québec et leurs détracteurs. Le 30 juin 1888, il remet sa démission au gouvernement canadien et meurt à Ottawa le 16 avril 1894.

EN OCTOBRE 1854, le gouvernement du Canada-Uni acceptait de participer à l'Exposition universelle de Paris, annoncée pour 1855 ; il créait un comité provincial de deux cents membres, qui lui-même désignerait un comité exécutif. Joseph-Charles Taché, député de la circonscription de Rimouski, fut élu secrétaire de ce dernier groupe et, dès le 10 avril 1855, il publiait un Rapport préliminaire qui décrivait le plan et les détails de la contribution canadienne. Ce travail valut à Taché d'être nommé commissaire du Canada à l'Exposition universelle.

Entre-temps, le député de Rimouski avait participé à un concours littéraire organisé par le comité exécutif ; on demandait un ouvrage précis sur le Canada, ses ressources et les avantages qu'il offrait au point de vue des communications ; pour déterminer les gagnants, les juges devaient se baser sur l'utilité pratique, la clarté et la précision des écrits. Joseph-Charles Taché présenta un essai intitulé Esquisse sur le Canada considéré sous le point de vue économiste et il obtint le troisième prix (en fait, le premier prix de langue française, puisque les deux premiers prix étaient attribués à des écrits de langue anglaise).

L'ouvrage de Taché se ressent des limites imposées par le concours. Destiné à un public étranger, il présente une matière simple (« un livre que vous prenez avec vous, dans la poche de votre redingote ou dans le secrétaire de votre malle pour le lire sur un bateau à vapeur, dans un char de chemin de fer, quand le tracas des affaires vous en laisse le temps »). La matière est donc restreinte et les renseignements très sommaires ; l'auteur le reconnaît et souligne que « l'homme de lettres n'y trouvera guère de littérature, le touriste peu de pittoresque, le savant à peine de science, l'économiste pas assez de chiffres peut-être ». C'est exactement le sentiment d'un lecteur d'aujourd'hui.

Taché divise son ouvrage en huit chapitres. Le premier ne contient que des notions préliminaires sur l'importance du Canada et ses progrès depuis 1760. Le deuxième est intitulé « Renseignements géographiques », mais il s'agit de la description de la remontée du Saint-Laurent, des Îles-de-la-Madeleine au lac Supérieur, avec des notes sur les établissements rencontrés le long des deux rives. Dans son troisième chapitre, Taché résume à grands traits les principales époques de l'histoire du Canada ; il attribue à l'abandon par la Métropole la faiblesse et la perte de la Nouvelle-France et il glisse furtivement sur les problèmes constitutionnels d'après la conquête. Des renseignements géologiques et météorologiques rapides et précis constituent le quatrième chapitre, et un relevé de productions naturelles et manufacturées, le cinquième ; c'est davantage une énumération qu'une analyse. Avec son chapitre sur les voies de communication, l'auteur pénètre au coeur de son sujet ; il se fait plus prolixe et met à contribution tout son art de la persuasion. Il ne s'attarde guère aux routes terrestres, car « de bons chemins ordinaires traversent en tout sens la province », ni aux chemins de fer, qui sont peu nombreux et la plupart en voie de construction. Toute son attention est retenue par la route navigable du Saint-Laurent, qu'il prétend « sans rivale » et qui est « la meilleure et la plus sûre, et la plus économique pour l'émigrant » ; pour Taché, il ne fait aucun doute que les marchandises destinées au Canada et à l'Ouest américain doivent prendre la voie du Saint-Laurent, car elle est « la plus courte et la plus directe » vers l'Europe, la moins coûteuse et la plus sûre pour « la conservation de certains articles de commerce qui ne peuvent impunément supporter une longue exposition à la chaleur, et dont beaucoup en effet sont détériorés par le long trajet des eaux chaudes, pour être peu profondes et retenues sans cours, du canal de l'Érié dans l'état de New York » ; il rejette du revers de la main l'objection de la fermeture du fleuve l'hiver et des dangers de la navigation sur le Saint-Laurent, et il termine en s'excusant de toujours comparer le Canada aux États-Unis : « Trop souvent, en France, on attribue aux Américains tout ce qui se fait dans l'Amérique du Nord». Taché revient à sa tâche descriptive dans son chapitre vu sur les « Institutions politiques et civiles du Canada » ; les remarques aseptisées de l'auteur ne laissent guère deviner qu'il y ait eu au Canada des conflits scolaires ou religieux. Enfin, le dernier chapitre, le plus long, donne des renseignements statistiques sur la population, l'agriculture, l'éducation, les travaux publics, les finances et le commerce du pays. Ce qui amène Taché à conclure que « peu de pays offrent un plus bel avenir aux émigrants et à leur postérité, surtout aux agriculteurs [...] qui ont la sage détermination de le demeurer ». Sa mission est accomplie puisque le but de l'ouvrage était « d'appeler l'émigration vers le Canada ».

La principale qualité de cette oeuvre est la précision des renseignements et la clarté de leur présentation. C'est ce que reconnaissent les quelques critiques qui en parlent, dont Charles Robin qui, dans son Histoire illustrée de l'Exposition universelle, souligne que « l'Esquisse sur le Canada est une de ces oeuvres qui, dans un pays comme le nôtre [la France], atteignent leur but ». Le volume a connu une diffusion facile, puisque 5 000 exemplaires ont été imprimés et distribués aux frais du gouvernement canadien. Quant à Joseph-Charles Taché, il a voulu compléter son travail en publiant le Catalogue raisonné des produits canadiens exposés à Paris en 1855 et le Canada à l'Exposition universelle de 1855, qui nous permettent de reconstituer la participation canadienne à cet événement international.

Nive VOISINE.

OEUVRES

ESQUISSE SUR LE CANADA CONSIDÉRÉ SOUS LE POINT DE VUE ÉCONOMISTE,

Paris, Hector Bossange et fils, 1855, 180 p. [Une partie en fut publiée dans le Journal de Québec, 23-27 octobre 1855.]

ETUDES

Éveline BOSSÉ, Joseph-Charles Taché (1820-1894). Un grand représentant de l'élite canadienne française, p. 103-125.

A. DES ESSARTS, « le Canada vu de Paris », le Canadien, 14 septembre 1855, p. 2 [reproduit de l'Ami de la religion].

Hippolyte MOREAU, « Revue des livres. Esquisse sur le Canada [...] », le Canadien, 14 septembre 1855, p. 2 [reproduit de l'Abeille impériale (France)].

A. DE. PUIBUSQUE, « Esquisse sur le Canada, par J. C. Taché [...] », le Canadien, 3 septembre 1885, p. 2 [reproduit de l'Athenoeum français].

Charles ROBIN, Histoire illustrée de l'Exposition universelle par catégories d'industries, avec notices sur les exposants. Première partie, Paris, Furne, 1855, XVI, 388 p.

Joseph-Charles TACHÉ, Catalogue raisonné des produits canadiens exposés à Paris en 1855, Paris, Imprimerie G.-A. Pinard, 1855, 118 p.

le Canada et l'Exposition universelle de 1855, Toronto, John Lovell, 1856, 477 p.

Plan du site | Droits d'auteur | Confidentialité | Déclaration de services aux citoyens | Accès à l'information
© Bibliothèque et Archives nationales du Québec