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DISCOURS PRONONCÉS DEVANT L'INSTITUT CANADIEN DE MONTRÉAL

d' Étienne PARENT.

Journaliste, avocat, député, fonctionnaire et essayiste, Étienne Parent naît à Beauport le 2 mai 1802, du mariage d'Étienne-François Parent et de Josephte Clouet. En 1814, il entreprend au Collège de Nicolet des études secondaires qu'il poursuit au Séminaire de Québec jusqu'en 1821. L'année suivante, il devient rédacteur du Canadien. Étudiant en droit (1825-1829), il est journaliste à la Gazette de Québec (1825), puis traducteur français adjoint et conseiller juridique de l'Assemblée du Bas-Canada (1827). Admis au barreau en 1829, il épouse le 30 juin de la même année Marie-Mathilde-Henriette Grenier. En 1833, on lui confie le nouveau poste de bibliothécaire de l'Assemblée et, en 1835, on le nomme greffier. Emprisonné à Québec, à la suite des événements de 1837-1838, puis libéré, il revient au Canadien en avril 1839. L'année suivante, il publie une revue, le Coin du feu, avec Jean-Baptiste Fréchette. Député du comté de Saguenay (1841), greffier du Conseil exécutif (1842), sous-secrétaire de la province du Canada (1847), sous-secrétaire d'État au gouvernement fédéral (1868), Étienne Parent meurt à Ottawa le 22 décembre 1874.

ÉTIENNE PARENT s'était surtout fait connaître comme journaliste au Canadien ; pendant plus de vingt ans, il avait tenté d'exprimer la conscience du peuple canadien-français et d'éclairer ses compatriotes. Devenu fonctionnaire, il avait suivi les déplacements du siège du gouvernement de la province du Canada ; il avait ainsi habité successivement Kingston, Montréal, Toronto et Québec. C'est à l'occasion de son séjour à Montréal, de 1844 à 1849, qu'il donne une série de cinq conférences, réunies plus tard sous le titre Discours prononcés devant l'Institut canadien de Montréal.

La première conférence, prononcée le 22 janvier 1846, s'intitule « l'Industrie comme moyen de conserver notre nationalité ». Parent relie notre survivance à nos efforts, puisque nous sommes environnés de toutes parts d'une nationalité étrangère menaçante. La Providence a placé notre peuple dans cette situation, à chacun de se défendre dans le respect des règles sacrées de la morale publique.

Le conférencier s'intéresse surtout aux « moyens sociaux », c'est-à-dire à l'effort individuel qui se situe en dehors du mouvement politique ou de l'action religieuse. Le clergé a fait sa part ; aux hommes politiques de ne pas confondre intérêt particulier et intérêt national, car si pour obtenir justice nous devons avoir deux fois raison, nous aurons deux fois tort si nous nous trompons. Pour Parent, notre nationalité est plus menacée que notre liberté politique. Il faut donc la sauver en nous tournant vers l'industrie. En Amérique, seule l'industrie peut établir la puissance sociale d'une nation. Pour le Bas-Canada, le préjugé contre le travail manuel et l'industrie est non seulement absurde mais suicidaire. Si nous sommes exploités et n'occupons que des situations effacées, c'est que nous abandonnons à d'autres les richesses du pays. L'intelligence ne manque pas, mais nos compatriotes sont défavorisés par le défaut d'instruction et de capitaux. Et le peu de soins que nous apportons à maintenir une entreprise familiale ou canadienne n'est pas de nature à redresser cette fâcheuse situation.

Il faut donc, selon Parent, encourager les jeunes à promouvoir l'industrie. Ce serait prendre les intérêts de la jeunesse et assurer le maintien de notre nationalité menacée par la domination et l'exploitation d'une autre « race ».

Le 19 novembre 1846, il traite de l'« Importance de l'étude de l'économie politique ». En introduction, il reprend les idées exposées le 22 janvier de la même année : il faut lancer la jeunesse dans l'industrie qui, seule, assurera à la nation l'influence sociale tout en la détournant des professions libérales encombrées. Il insiste ensuite sur la nécessité d'étudier l'économie politique, si l'on veut, comme peuple, maîtriser une situation toujours précaire.

« Du travail chez l'homme », tel est le thème de sa conférence du 23 septembre 1847. Parent veut montrer la noblesse du travail et, surtout, l'obligation de s'y astreindre. Il s'en prend d'abord aux préjugés contre le travail : l'oisiveté glorifiée aux dépens de l'effort et des travailleurs, et le caractère pénible du travail imposé à l'homme.

Parent qualifie d'aberration le discrédit dans lequel est tombé le travail au profit de la fainéantise. L'homme a été créé pour travailler ; l'oisiveté s'oppose donc à la volonté de Dieu et mérite le mépris. Certains pères dotent si bien leurs fils qu'ils les dispensent du travail et les empêchent ainsi de servir leurs semblables. La nature même de l'homme l'oblige au travail. Intelligent, il ne trouve le bonheur que dans l'action. S'enfermer dans l'oisiveté, c'est perdre son droit de suprématie sur la création.

Loin d'être une punition, le travail est une collaboration avec le Créateur. Dans cette optique, les nouveaux dirigeants, sortis du peuple, proclament l'obligation pour tout homme de travailler selon ses forces, son intelligence et sa position sociale. À « Noblesse oblige » il oppose « Richesse oblige », parce que l'argent est maintenant la principale distinction sociale. Alors les riches ont le devoir d'augmenter leur fortune, de former leur esprit par des études utiles et de s'occuper des oeuvres de bienfaisance, car les richesses proviennent de Dieu et de la société et il faut rendre à chacun ce qui lui est dû, en vue du progrès et du bonheur de l'humanité.

Les peuples les plus industrieux parviennent les premiers à la liberté et, seuls, ils savent la conserver. Le travail est donc, pour le conférencier, le fondement de la prospérité d'un pays. La richesse d'un État est toujours proportionnelle au nombre de ses travailleurs. Au besoin, l'intervention du gouvernement forcera les parasites à participer activement à la formation d'une société nouvelle. Les aristocrates qui considèrent que le travail est avilissant disparaîtront comme les aborigènes, victimes des mêmes préjugés.

Enfin Parent conclut que ce serait trahir les vues du Créateur de réduire le travail aux seuls intérêts d'un individu ou d'une communauté. Encore plus que les individus les nations doivent rejeter l'égoïsme. Que vienne donc le jour où, par son travail, notre peuple tiendra son rôle dans le grand drame du monde, lui qui est peut-être destiné « à instituer dans la politique de ce continent cet esprit de bienveillance et de générosité sans laquelle la société humaine ne saurait atteindre la plus noble de ses fins, le progrès moral et intellectuel de notre espèce » !

Le 19 février 1848, dans ses « Considérations sur notre système d'éducation populaire, sur l'éducation en général et les moyens législatifs d'y pourvoir », Parent critique la législation canadienne et indique des correctifs qui la rendraient plus utile au peuple. Enfin, le conférencier termine sa série d'entretiens le 17 décembre 1848 par un travail intitulé « Du prêtre et du spiritualisme dans ses rapports avec la société ». Il y définit longuement le « spiritualisme social » avant de décrire le rôle du prêtre dans la société nouvelle. Ses vues, larges et généreuses, témoignent d'un grand respect pour le clergé.

Ces cinq conférences sont typiques de la manière de Parent. L'idée centrale en est toujours la nationalité et ses moyens d'affirmation. Réaliste, l'auteur convie ses compatriotes au travail, à l'étude, à la conquête économique ; mais, en même temps, il les incite à se dépasser en leur proposant des projets utopiques. Ce dernier trait des conférences explique sans doute leur relatif succès jusqu'à la fin du siècle.

Benoît BERNIER.

OEUVRES

DISCOURS PRONONCÉS PAR M. É. PARENT DEVANT L'INSTITUT CANADIEN DE MONTRÉAL,

Montréal, de l'imprimerie de Lovell et Gibson, 1850, 157 p.; dans Jean-Charles FALARDEAU, Étienne Parent, 1802-1874, Montréal, la Presse, [1975], p. 35-326.

ETUDES

Benoît BERNIER, « À propos d'Étienne Parent », RHAF, juin 1973, p. 86-90.

Jean-Charles FALARDEAU, « Parent, Étienne », DBC, X, p. 633-641 ; Présentation de l'édition de 1975, p. 11-31.

Paul-Eugène GOSSELIN, Étienne Parent.

Louis NOURRY, « la Pensée économique d'Étienne Parent, 1822-1852 », Thèse de maîtrise en histoire, Montréal, Université de Montréal, 1969, X, 188 f. ;

« la Pensée politique d'Étienne Parent ». Thèse de doctorat en histoire. Montréal, Université de Montréal, 1971, 2 vol., XIV, 702 f. [pagination continue].

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