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DESCRIPTION GÉOGRAPHIQUE ET HISTORIQUE DES CÔTES DE L'AMÉRIQUE SEPTENTRIONALE

de Nicolas DENYS.

Fils de Jacques Denys de La Thibaudière et de Marie Cosnier, Nicolas Denys naît à Tours en 1598. Marchand à La Rochelle en 1632, il s'occupe de recruter des colons pour une expédition en Acadie. Il devient le représentant de la Compagnie de la Nouvelle-France et il établit des postes de pèche et de traite à Port-Rossignol (Liverpool, N.-É.), à Saint-Pierre, à Nipisiguit (Bathurst, N.-B.) à Miscou et à Chedabouctou. De nombreux malheurs s'abattent alors sur lui. Des démêlés avec le gouverneur de l'Acadie, d'Aulnay (et par la suite, avec la veuve d'Aulnay) lui valent de perdre une concession de terres boisées à La Hève, d'être expulsé du poste de Miscou (1647), d'être emprisonné puis relâché à Québec (1651) pour avoir occupé des postes de pêche au Cap-Breton, d'être à nouveau fait prisonnier en 1653, cette fois à Port-Royal, par un créancier du gouverneur d'Aulnay. Aussitôt libéré, il se rend en France et il gagne sa cause, sans être dédommagé pour la perte de ses postes. En 1653, il acquiert de vastes territoires dans la région du golfe Saint-Laurent et y organise une compagnie de pêche et de traite. En 1660, il établit sa famille à Chedabouctou. Ses affaires baissent et il déménage à Saint-Pierre avec sa femme, Marguerite Lafite, qu'il a épousée en 1642. Après l'incendie de sa demeure et de ses dépendances, Nicolas Denvs se retire à Nipisiguit, où il écrit sa Description géographique et historique... Ruiné, il meurt, probablement à Nipisiguit, en 1688.

IL S'AGIT de l'oeuvre d'un homme d'action qui, après de nombreuses infortunes, s'improvisa écrivain. Son oeuvre a quelque chose des récits de voyage et des relations missionnaires fort à la mode au XVIIe siècle. Aucun ouvrage d'ensemble en français n'avait encore été consacré à l'Acadie. Marc Lescarbot avait chanté la région de Port-Royal, Champlain décrivait en géographe les côtes acadiennes mais il s'était assez peu attardé à l'ensemble du milieu, et le jésuite Pierre Biard s'était surtout attaché à décrire la population amérindienne. Cette vaste partie de la Nouvelle-France, que les Français tentaient de coloniser, était encore sans nom officiel, mais, comme il s'agissait de l'aire nordique bien connue et cartographiée de l'Amérique, on s'explique la dénomination d'« Amérique septentrionale » utilisée par Denys.

Dans le premier volume, Denys décrit avec soin les côtes qu'il connaît, à partir du Penobscot. Sa description, du point de vue de la géographie et des sciences naturelles, est assez complète : il parle de la faune, de la flore, des ressources naturelles et des configurations du relief côtier. L'histoire intervient dans la narration d'événements connus de l'auteur ou vécus par lui. L'écrivain rappelle les querelles, les guerres intestines qui déchirent la colonie acadienne à ses débuts, la laborieuse administration de la colonie et ses propres entreprises de colonisateur et d'administrateur, souvent mises en échec par les convoitises de ses rivaux. Le second volume est davantage une oeuvre de propagande. Des pages sont consacrées à la comparaison du climat acadien avec le climat français : données et conclusions portent à croire qu'ils sont quasi identiques. La description de la pêche à la morue occupe une large place. L'auteur présente avec force détails les techniques de la pêche d'été, qui était et qui restera l'activité dominante de ces régions maritimes proches des bancs de morue. Il s'attarde autant à la vie des pêcheurs qu'à la construction d'un bateau. Denys croit beaucoup à la pêche comme moyen de promotion de l'Acadie et il vante les charmes de la vie aventureuse des pêcheurs côtiers. Suivent des considérations sur la faune et la flore du même pays. Elles forment une petite synthèse des croyances et légendes du temps sur certains animaux. Même si les groupes d'appartenance ne sont guère identifiés, on apprend beaucoup sur le genre de vie des Amérindiens. Le changement social du monde indigène est présenté avec réalisme.

Denys donne à son essai la forme d'un rapport ou d'une relation. À la façon de Samuel de Champlain, des jésuites ou de Chrestien Le Clercq, il mêle la description géographique, l'histoire et le récit autobiographique. Les titres des deux volumes sont présentés à la manière du temps ; très explicites, ils énumèrent le contenu hétéroclite de chaque livre. Mais la description n'est pas scientifique.

Cette oeuvre de propagande, faible quand elle décrit le climat, devient intéressante quand elle raconte les événements historiques dont Denys est le seul à parler, quand elle communique sa connaissance des pêcheries et des Amérindiens (sans doute des Micmacs). En traitant ces deux derniers thèmes, l'auteur atteint à une certaine qualité littéraire. Cependant, l'ensemble de l'oeuvre reste pauvre. Denys avait peu fréquenté l'école ; le style, le vocabulaire, la construction des phrases se ressentent de cette lacune. Il n'épargne ni l'ennui ni la lassitude à son lecteur, sauf dans la moitié du second volume consacrée à la pêche de la morue où le style s'anime et la plume s'affine.

Ces descriptions trahissent une double visée de l'auteur : il veut expliquer ses échecs personnels par les machinations de ses ennemis et recruter des colons pour l'Acadie. Denys, déjà avancé en âge, ne put voir les résultats de son travail de propagandiste, qui n'eut pas le succès escompté : les colons ne vinrent pas et les affaires de Denys se détériorèrent. Néanmoins, ses écrits firent connaître un pays de promesses qui prendra le nom d'Acadie.

Christian MORISSONNEAU.

OEUVRES

DESCRIPTION GÉOGRAPHIQUE ET HISTORIQUE DES COSTES DE L'AMÉRIQUE SEPTENTRIONALE. Avec l'histoire naturelle du Païs. Par Monsieur Denys, Gouverneur Lieutenant Général pour le Roy, et propriétaire de toutes les terres et Isles qui sont depuis le Cap de Campseaux, jusques au Cap des Roziers,

Paris, Louis Billaine, 1672, 2 vol. : t. I ; 267 p. ; t. II ; Histoire naturelle des peuples, des animaux, des arbres et plantes de l'Amérique septentrionale, avec une description exacte de la pêche des Moluës [morues] tant sur le Grand-Banc qu'à la coste ; et de tout ce qui s'y pratique de plus particulier, 480 p. ; Paris, Claude Barbin ; The Description and Natural History of the Coasts of North America (Acadia), translated and edited, with a memoir of the author, collateral documents, and a reprint of the original, by William F. Ganong, Toronto, The Champlain Society, 1908, XVI, 625 p. ; Geographische en historische. Beschrijving der husten van Noord America, met de natuurlijke historie des landts : Door den Heer Denys, Gouverneur Lieutenant General voor den Kohing van Vrankrijk, en Eigenaar van alle de landen an eilanden welke zijn van Cap de Campseaux aftot aan Cap des Roziers, Amsterdam, Jan ten Hoorn, 1688, VI, 200 p. [traduction hollandaise].

ETUDES

René BAUDRY, « Quelques documents nouveaux sur Nicolas Denys », RHAF, juin 1955, p. 14-30.

Roger COMEAU, « Nicolas Denys. pionnier canadien », RHAF, juin 1955, p. 31-54.

Robert LE BLANT, « les Études historiques sur la colonie française d'Acadie, 1603-1713 », la Revue d'histoire des colonies, 1948, p.94-102.

George MACBEATH, « Denys, Nicolas », DBC, I, p. 264-267.

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