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LE CONSEILLER DU PEUPLE

ou Réflexions adressées aux Canadiens français, par UN COMPATRIOTE (pseudonyme de l'abbé David-Hercule BEAUDRY).

Fils de Louis Beaudry et de Julie Bambridge, David-Hercule Beaudry naît à Québec le 11 juillet 1822. Ordonné prêtre à Saint-Rémi-de-Napierville le 28 février 1849, il est successivement curé de Saint-André-d'Argenleuil, de Saint-Jean-Chrysostome, de Saint-Constant et de Saint-Rémy-de-La-Salle. Il meurt à Napierville le 2 janvier 1876.

PAR SON TITRE et son contenu, cet ouvrage s'apparente au Conseiller du peuple publié par Lamartine en 1849. Les deux ouvrages procèdent d'une vision élitiste et romantique « du peuple qui a besoin d'être éclairé, modéré, instruit, conseillé ».

Quand il publie ses réflexions sous le pseudonyme d'« Un Compatriote », l'abbé David-Hercule Beaudry est curé de Saint-Constant, paroisse rurale de la plaine de Montréal. Ce lettré qui se plaît à « observer le cours des événements, à les étudier, à les comparer », a du moraliste le goût de la solitude et le pessimisme. Témoin de l'émigration des ruraux vers les villes américaines, des luttes politico-religieuses où s'affrontent son évêque et les membres de l'Institut canadien, des dépenses inconsidérées de ses ouailles (et sans doute le confident de leurs péchés), il ne peut s'empêcher de voir, dans ces faits et ces événements, les signes avant-coureurs d'une dégénérescence de l'ordre social.

La situation européenne, notamment les agissements des révolutionnaires italiens, amplifie ses craintes, car « les mêmes causes produisent les mêmes effets ». La pauvre Europe, pervertie par de mauvaises doctrines, est en train de retomber dans l'état de barbarie d'où la religion l'avait tirée. Ces doctrines corruptrices, déjà à l'oeuvre au Québec, ont commencé à « miner un fonds si riche de probité, d'honnêteté, de droiture ». L'heure est venue de sonner le tocsin, en dénonçant les politiciens de tout acabit qui flattent le peuple pour mieux le corrompre et en exorcisant, « par un retour aux nobles traditions », la société des fléaux qui la menacent (le luxe, l'ivrognerie, la cupidité, les mauvaises lectures). Plus que jamais, il faut enseigner au peuple que les voies qui mènent au « bien-être social » sont le christianisme et l'Église catholique, et que l'avenir de la nationalité réside dans la colonisation des terres neuves.

Beaudry n'innove pas sur le plan de la pensée : son volume n'est qu'une collection de lieux communs empruntés aux idéologues qui scribouillent dans les journaux. Son originalité est de vulgariser l'idéologie clérico-nationaliste. Beaudry sait parler aux petites gens. Il utilise fort naturellement la phrase lapidaire, l'antithèse, le tableau navrant ou idyllique, l'exemple choc, le cliché émouvant. Cette rhétorique explique le succès de son oeuvre, plusieurs fois réimprimée et diffusée à des milliers d'exemplaires. Sa formule, maintes fois plagiée dans les journaux, sera reprise dans les Mines du célèbre Pierre-Zacharie Lacasse, l'un des auteurs les plus lus de la fin du XIXe siècle.

On ne lit plus — et depuis longtemps — le Conseiller du peuple. Si d'aventure un historien se risquait à le parcourir, il ferait ample moisson d'archétypes très révélateurs de la perception que les Canadiens français avaient d'eux-mêmes en 1860 : « les Américains n'obéissent à d'autres lois qu'à celle de la fortune » ; « il n'y a pas de classe chez nous : ni riches, ni pauvres » : « ceux que nous appelons pauvres seraient bourgeois dans d'autres sociétés » ; « les Canadiens français sont issus de l'élite de la race française ».

André BEAULIEU et Jean HAMELIN.

OEUVRES

LE CONSEILLER DU PEUPLE ou Réflexions adressées aux Canadiens-Français

[sic], Montréal, Typographie d'Eusèbe Senécal, 1861, 218, III p. ; Québec, J.-A. Langlais, 1877; Mile-End, Imprimerie de l'Institution des Sourds-Muets, 1885, 227, III p.

ETUDES

[ANONYME], « le Conseiller du peuple », le Courrier du Canada, 3 mai 1861, p. 2.

Norbert THIBAULT, « Études littéraires. Le Conseiller du peuple ou Réflexions adressées aux Canadiens-Français par Un Compatriote », le Courrier du Canada, 6 et 13 avril 1866, p. 1-2.

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