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COLONISATION

poème d' Octave CRÉMAZIE.

CE POÈME, offert en étrenne par le Journal de Québec du 4 janvier 1853, est-il « le premier où s'affirme le don poétique de Crémazie » (Michel Dassonville) ? Sa sincérité n'excuse pas sa faiblesse. Fréchette et Casgrain (qui l'a exclu des Oeuvres complètes*) l'ont sévèrement, justement jugé. Odette Condemine a relevé plusieurs emprunts : à la Bible, à Hugo, à Lamartine, à Garneau. Au milieu de cette forêt d'alexandrins, l'hymne octosyllabique à la patrie n'est pas une éclaircie : c'est la chanson populaire d'Eustache Bérat, « Ma Normandie », assaisonnée de vagues souvenirs de voyage et d'une nostalgie à la Du Bellay. On a parfois reproduit des extraits du poème sous les titres « Émigration » (vers 91-144) et d'« Invocation à la charité» (vers 145-186). C'est là, en effet, l'essentiel de l'argument, et de l'argumentation de Crémazie. « On ne saurait trop insister sur l'actualité de ce poème au moment où il fut publié : Crémazie contribuait à sa façon au raidissement canadien sans lequel le Bill d'Union aurait eu les conséquences les plus désastreuses », note Dassonville. Mais la « façon » du poète, ici, est celle de n'importe quel orateur ou propagandiste : « Tout est dans ce seul mot : COLONISATION. » Le mot d'ordre ne suffit pas, même illustré, en majuscules également, des noms d'O'Reilly, de Mailloux, de Boucher, d'Hébert, de Pilote, et de tous les missionnaires-colonisateurs des cantons de l'Est. « Ces généreuses voix nous trouvent insensibles », hélas ! Malgré les comparaisons à O'Connell, les pleurs de Rachel, les paraboles évangéliques, le « vil pain » opposé à la « lyre infinie », cette pièce de circonstance, (mal) engagée, n'est à retenir que pour mémoire. Elle verse à l'histoire un document, et non pas un poème.

Laurent MAILHOT.

OEUVRES

« COLONISATION, Premier jour de l'an 1853 »,

le Journal de Québec, 4 janvier 1853, p. 1 ; « Colonisation », la Littérature canadienne de 1850 à I860, II, 1854, p. 15-21 ; Oeuvres I – Poésies, texte établi, annoté et présenté par Odette Condemine, Ottawa, Éditions de l'Université d'Ottawa, 1972, p. 263-270.

ETUDES

Odette CONDEMINE, op. cit., p. 452-456.

Michel DASSONVILLE, Crémazie, p. 27-29.

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