Collections - Bibliothèque et Archives nationales du Québec.
LE CAP AU DIABLE

nouvelle de Charles DEGUISE.

Né à Kamouraska le 28 septembre 1827, Charles Deguise fait ses études au Collège de Sainte-Anne-de-la-Pocatière. Il renonce temporairement à ses études médicales à l'université Laval pour se consacrer à l'enseignement, à Saint-Henri d'abord, puis à Lotbinière. Admis à la pratique de la médecine en 1851, il exerce sa profession à Québec jusqu'en 1858, et à Sainte-Anne-de-la-Pocatière jusqu'en 1870. En 1874, il est nommé inspecteur du port de Québec. Dans cette ville, il est juge de paix, juge de la Cour des commissaires et adjoint au coroner. Il collabore à plusieurs périodiques dont le National, la Revue canadienne, l'Opinion publique, l'Album de la Minerve, le Défricheur, la Gazette des campagnes et le Journal de Québec. IL est l'auteur de quelques contes et légendes, dont le Cap au diable (1863), et d'un roman, Hélika. Mémoires d'un vieux maître d'école (1871). Il meurt à Québec le 4 février 1884.

EN 1862, le docteur Charles Deguise fait paraître dans la Gazette des campagnes, de Sainte-Anne-de-la-Pocatière, une longue nouvelle intitulée le Cap au diable. Il s'agit d'une variation sur le thème fort exploité de la déportation des Acadiens.

Dans un poste isolé de la côte acadienne, les Saint-Aubin se livrent à la pêche hauturière. Le père se rend un jour aux Mines et tombe aux mains des Anglais qui déportent les Acadiens. Apprenant le sort de son mari, madame Saint-Aubin s'embarque avec sa fille Hermine à bord d'un navire irlandais qui transporte des émigrants à Québec. Le navire fait naufrage dans le golfe et les deux femmes sont recueillies par des Indiens de la région de Trois-Rivières. Le temps passe, Saint-Aubin erre sur le continent puis vient par hasard s'établir à Trois-Rivières, comme marchand. Venus échanger des fourrures. des Indiens sont accompagnés d'une fillette en qui Saint-Aubin reconnaît son enfant. Bientôt réunie, la famille regagne son ancien foyer.

Cette oeuvre a le seul mérite d'inaugurer le thème de la déportation des Acadiens. Charles Deguise a beaucoup de mal à construire des intrigues cohérentes. Comment les habitants de la côte Atlantique auraient-ils pu savoir qu'un navire irlandais chargé d'immigrants naviguait vers eux ? Comment ce transatlantique aurait-il fait escale dans un poste perdu de l'Acadie pour prendre à son bord madame Saint-Aubin ? Comment ce navire irlandais pouvait-il se diriger vers Québec en 1755 ? Toutes ces invraisemblances échappent à Deguise et l'on se demande pourquoi, dans le cas de madame Saint-Aubin, il n'a pas tout simplement invoqué le hasard comme il le fait pour le mari ? Mais alors y eût-il resté matière suffisante pour une nouvelle ?

Les contemporains de Charles Deguise ne semblaient pas l'entendre ainsi. Sous le pseudonyme d'« Henry de Vincennes », un chroniqueur du Canadien fait l'éloge du feuilleton de la Gazette des campagnes. Mais il se place à un point de vue bien particulier : «On le voit, Charles Deguise est chrétien par-dessus tout, son style s'est retrempé fortement au contact de Chateaubriand et d'Auguste Nicolas, pour cela nous prédisons à ses écrits une vogue toute populaire. » 11 eut partiellement raison, puisque le Cap au diable fut reproduit dans trois périodiques et connut deux éditions en volume.

Maurice LEMIRE

OEUVRES

LE CAP AU DIABLE. Légende canadienne,

la Gazette des campagnes, 4 novembre 1862-18 février 1863 ; Sainte-Anne-de-la-Pocatière, Firmin Proulx, 1863, 45 p. ; le Défricheur, 3 septembre-15 octobre 1863 ; la Revue canadienne, novembre et décembre 1871, p. 846-870, 881-898 ; Montréal, Eusèbe Senécal, 1873, 44 p.

ETUDES

Narcisse-Henri-Édouard FAUCHER DE SAINT-MAURICE, Choses et Autres, p. 49-54.

Edmond LAREAU, Histoire de la littérature canadienne, p. 323-327.

Maurice LEMIRE, les Grands Thèmes nationalistes du roman historique canadien-français, p. 104-105.

Henry DE VINCENNES [pseudonyme], « Causerie littéraire. Le Cap au diable, légende par C. DeGuise », le Canadien, 24 mars 1863, p. 1.

Plan du site | Droits d'auteur | Confidentialité | Déclaration de services aux citoyens | Accès à l'information
© Bibliothèque et Archives nationales du Québec