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LA BATELIÈRE DU SAINT-LAURENT

nouvelle d' Henri-Emile CHEVALIER.

QUELQUES semaines après la publication dans la Patrie, en septembre 1854, de « la Vengeance d'une Iroquoise*», Henri-Emile Chevalier fait paraître, sous le pseudonyme « Chauchefoin », « la Batelière du Saint-Laurent », un épisode de la guerre de 1812. En 1858, Lovell éditera cette nouvelle, sous le titre de l'Héroïne de Châteauguay, sans changements majeurs, si ce n'est pour le langage populaire.

L'action se déroule à Beauharnois entre la mi-septembre et la fin d'octobre 1813. Marie Bertholet a juré de venger la mort de ses parents assassinés par quelques Indiens à la solde des Américains, pendant qu'elle servait de guide à l'état-major américain. Elle aime en secret un jeune maître d'école, Jean, qui lui fournit l'occasion de se venger. Il connaît le plan d'attaque des troupes ennemies, car il a accepté de guider, lui aussi, le régiment de Purdy. Pendant que le jeune homme s'ingénie à égarer les militaires yankees en forêt, Marie, déguisée en pêcheur, se présente au colonel de Salaberry et lui révèle la stratégie des ennemis. Le colonel met en doute ces révélations et fait interner le délateur. Il alerte cependant son état-major. Un militaire américain, Henry Wolf, grièvement blessé, est bientôt incarcéré dans le même cachot que Marie. La jeune fille reconnaît d'abord en lui un des officiers qu'elle a conduits à Four-Corners, un mois plus tôt, puis, à la vue du médaillon qu'il porte, le fiancé de Mathilde, sa soeur de lait. Comme le mouvement des troupes ennemies répond au plan qu'elle avait annoncé, Salaberry libère Marie et l'accepte comme volontaire. Elle se couvre de gloire et sauve le colonel d'une mort certaine. Après la déroute des Américains, elle obtient du vainqueur la grâce de son compagnon de captivité. Une cruelle déception l'attend sur le chemin du retour quand elle découvre le cadavre de Jean. Elle se réfugie dans un cloître, pendant que Mathilde épouse l'officier gracié.

Dans cette nouvelle historique, la psychologie des personnages est plutôt sommaire. Jean se présente d'abord comme un jeune homme pusillanime, « malingre et chétif ». Une fois Marie en captivité, il se transforme complètement. Au risque de sa vie, il accepte hardiment d'égarer en forêt le régiment de Purdy. La transformation de Marie est tout aussi étonnante : cette jeune campagnarde ignorante devient, après le massacre de ses parents, pleine d'énergie, d'astuce et d'ingéniosité. Sa démarche auprès de Salaberry rappelle celle de Madeleine Bouvart (À la brunante*) auprès de Carleton, lors du siège de Québec, en 1775.

Ce roman inaugure le cycle des guerres canado-américaines dans l'histoire de notre roman. Bien qu'il vienne après les Fiancés de 1812*, il est le premier à prétendre que les Anglais doivent aux Canadiens d'avoir gardé leurs colonies en Amérique du Nord. En laissant entendre que Salaberry a pu compter sur les révélations d'une humble fille, le romancier faisait partager au peuple les lauriers de la victoire. Cette interprétation ne doit cependant pas nous tromper sur les intentions de Chevalier. Pour lui, il s'agit toujours d'exploiter à vil prix l'exotisme américain. Les coups de main des Indiens et leurs cruautés sont longuement décrits. Le décor répond toujours à l'attente des lecteurs européens. Les situations romanesques ont, pour cette raison, un aspect de préfabriqué et de conventionnel.

Aurélien BOIVIN.

OEUVRES

LA BATELIÈRE DU ST. LAURENT,

la Patrie, 24 octobre-14 novembre 1854; [reproduit sous le titre] l'Héroïne de Chateauguay. Épisode de la guerre de 1813 suivi de l'Iroquoise de Caughnawaga, Montréal, John Lovell, 1858, 125 p. ; les Étrennes 1874. Recueil de litterature choisie, 1874, 32 p.; la Concorde, 20 août-24 septembre 1879.

ETUDES

Aurélien BOIVIN, le Conte littéraire québécois au XIXe siècle, p. 96-101.

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