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ANNALES DE L'HÔTEL-DIEU DE MONTRÉAL

de soeur Marie MORIN.

Marie Morin naît à Québec le 19 mars 1649. À l'âge de treize ans, elle entre au noviciat des hospitalières de Ville-Marie. Le 27 octobre 1671, elle est la première Canadienne à prononcer des voeux solennels au sein de cette communauté. Elle exerce les fonctions de dépositaire et de supérieure pendant de nombreuses années. Entre 1697 et 1725, elle rédige les Annales de l'Hôtel-Dieu. Elle meurt le 8 août 1730.

SOEUR MARIE MORIN entreprend la rédaction des Annales à la demande de plusieurs religieuses de France. Son but est de procurer à ses consoeurs un sujet de récréation, mais surtout d'édification, en mettant sous leurs yeux l'exemple des vertus héroïques des premières hospitalières de Montréal. Soeur Morin a vécu dans l'intimité des trois religieuses venues de La Flèche pour seconder puis remplacer Jeanne Mance à l'hôpital de Montréal. Elle est donc bien placée pour raconter les débuts de cette communauté et de cet hôpital qui sont étroitement liés à la fondation de Ville-Marie.

Les religieuses pionnières, les soeurs Judith Brésoles, Catherine Macé et Marie Maillet, sont présentées comme des modèles de toutes les vertus. Soeur Morin consacre plusieurs chapitres à leur biographie. À travers ces portraits on retrouve la mentalité des religieuses de l'époque.

La principale vertu à pratiquer est l'abandon à la volonté de Dieu. Les épreuves sont acceptées comme des moyens de sanctification. Après les incendies de 1695 et de 1721, soeur Morin tire la conclusion que Dieu veut que sa communauté reste pauvre et elle se résigne. Mais la volonté divine s'exprime habituellement par la bouche des supérieures, d'où l'importance d'une observance stricte de la règle. On se méfie des religieuses visionnaires. Elles risquent de sombrer dans l'illusion si elles désirent autre chose que la volonté de leurs supérieures. Soeur Morin fait une exception pour la soeur Macé qui, dans un rêve, reçoit du ciel l'assurance que Dieu veut la présence des hospitalières à Montréal. Soeur Morin croit aussi aux apparitions et aux sortilèges. Elle raconte une visite du diable à l'Hôtel-Dieu. C'est l'une des premières fois qu'il est question de diablerie dans la littérature québécoise. L'annaliste de l'Hôtel-Dieu de Québec en parle également.

La vertu de pauvreté est chérie par les religieuses plus que toutes les commodités du monde, écrit soeur Morin. Cette pauvreté trop réelle rend superflues les mortifications que les religieuses s'imposent pour contraindre la nature. C'est bien le moment de faire de nécessité vertu, surtout dans la période difficile des débuts. Mais l'auteur, supérieure d'une communauté et donc femme d'affaires, ne peut mépriser complètement les biens matériels. Après avoir loué l'esprit de pauvreté de Maisonneuve et de Jeanne Mance, elle ajoute que si la fondatrice « s'était montrée plus ménagère, elle aurait laissé les affaires de son hôpital en meilleur état ». Soeur Morin témoigne plus d'estime à Marguerite Bourgeoys qui réglait aussi bien les affaires temporelles que les affaires spirituelles.

En toute occasion, soeur Morin fait preuve de ce sens pratique qui équilibre l'exercice des vertus chrétiennes. Par exemple, elle attache beaucoup d'importance à la vertu d'humilité, mais note avec satisfaction que plusieurs religieuses de sa communauté viennent des premières familles du Canada. De telles relations sont assurément fort utiles à une communauté naissante.

Parallèlement au récit de la fondation de l'Hôtel-Dieu, soeur Morin décrit les débuts de Ville-Marie et de la congrégation de Marguerite Bourgeoys. Au premier rang des misères supportées par les religieuses fondatrices, elle place la pauvreté et la peur des Iroquois. Ces épreuves étaient partagées par tous les pionniers de Ville-Marie dans le même esprit chrétien qui fait dire à l'annaliste que « ce cher Montréal dans son commencement était une image de la primitive Église ». Après 1663, cependant, il faut déchanter. L'arrivée du régiment de Carignan « ruine la vigne du Seigneur et établit le vice et le péché ». La religieuse vieillissante regrette le bon vieux temps où les difficultés matérielles favorisaient la pratique de la vertu.

Le manuscrit des Annales, conservé à l'Hôtel-Dieu de Montréal, compte plus de trois cents pages. En 1921, la Société historique de Montréal en a publié une large partie. En 1937, Léo Pariseau fit paraître dans le Journal de l'Hôtel-Dieu de Montréal le récit de l'incendie de 1695. À ces extraits s'ajoutent les pages où soeur Morin raconte le siège de Québec en 1690. le naufrage de l'île aux Oeufs en 1711 et l'incendie de 1721.

Marie-Aimée CLICHF.

OEUVRES

ANNALES DE L'HÔTEL-DIEU DE MONTRÉAL.

collationnées et annotées par MM. Aegidius Fauteux et al.. Montréal, Imprimerie des éditeurs limitée, 1921, XI, 252 p. Léo PARISEAU, « Pages inédites du premier écrivain canadien », Journal de l'Hôtel-Dieu de Montréal, mai-juin 1937, p. 121-142 et juillet-août 1937, p. 185-203.

ETUDES

Hélène BERNIER, « Morin, Marie », DBC, II, p. 511-513.

[EN COLLABORATION], l'Hôtel-Dieu de Montreal, 1642-1973, Montréal, Éditions Hurtubise H.M.H., 1973, 346 p.

Esther LEFEBVRE, Marie Morin, premier historien canadien de Ville-Marie, Montréal et Paris, Fides, 1959, 205 p.

Maria MONDOUX, l'Hôtel-Dieu, premier hôpital de Montréal, d'après les annales manuscrite les documents originaux de l'Institut des religieuses hospitalières de Saint-Joseph et autres sources, 1642-1763, Montréal, [ s. é ], 1942, 417 p.

Victor MORIN, Introduction à l'édition de 1921, p. VII-XI.

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