Collections - Bibliothèque et Archives nationales du Québec.
LES RÉVÉLATIONS DU CRIME

ou Cambray et ses complices, récit romancé de François-Réal ANGERS.

François-Real Angers naît à la Pointe-aux-Trembles (Neuville) le 20 novembre 1812, de François Angers et Marie des Anges Larue. Il fait ses études classiques au Petit Séminaire de Québec, où il est un des fondateurs (9 décembre 1830) de la première société littéraire de l'institution. Étudiant en droit, il publie à compte d'auteur son Système de sténographie applicable au français et à l'anglais (1836), la clef sans doute de son succès comme secrétaire des débats à l'Assemblée législative. Il est admis au barreau le 6 octobre 1837. Vers la même époque, il publie dans divers journaux des poèmes conserves dans les deux premiers tomes du Répertoire national de James Huston. Il épouse le 4 avril 1832 Louise-Adèle Taschereau : leur fils Auguste-Réal (1838-1919) deviendra en 1887 lieutenant-gouverneur du Québec. Co-éditeur de la Revue de législation et de jurisprudence (1845-1848), président de l'Institut canadien de Québec (1850-1851), François-Réal Angers défend les censitaires devant la cour seigneuriale présidée par le juge en chef Louis-Hippolyte La Fontaine et collabore à la publication des Décisions des tribunaux du Bas-Canada (1856). Il meurt à Québec le 23 mars 1860. Il a épousé en secondes noces, le 23 novembre 1853, Marie-Louise Panet.

CETTE bonne ville de Québec, qui avait connu, en 1832 et en 1834; le fléau du choléra, subit dans le courant de cette dernière année une nouvelle épreuve : le règne de terreur instauré par les bandits qu'on appelait « les brigands du Cap-Rouge », dont les méfaits alimentaient les colonnes de la Gazette de Québec et du Québec Mercury. Cette épouvantable série de vols, d'assassinats et de sacrilèges a été racontée dans le détail par Pierre-Georges Roy dans les Cahiers des Dix (1938) et par John Hare dans son introduction à la réédition (1969) du récit d'Angers ; il suffit ici de rappeler les principaux événements relevés par Angers dans l'ouvrage qu'il publia en juillet 1837, à peine deux mois après la conclusion de l'affaire.

Pendant l'été de 1833 un commerçant de bois, George Waterworth, fit la connaissance d'un nommé « Cambray », en réalité Charles Chambers, marchand de bois apparemment respectable et frère d'un futur maire de Québec. Ayant commencé par des vols de bois et par l'escamotage d'une chaloupe, les deux complices devinrent plus audacieux l'été suivant, s'associant d'autres fripons pour rafler des cages de billots et pour s'emparer d'un coffre-fort. L'année 1835 fut marquée par des vols avec effraction à Québec et dans les environs, et par le vol sacrilège de la chapelle de la Congrégation, dont l'argenterie fut passée au creuset par la bande. S'enhardissant, Chambers et Waterworth, de concert avec Nicolas Mathieu et deux autres compères, terrorisèrent une dame de Québec et pillèrent sa maison ; après coup ils n'hésitèrent pas à expédier dans l'autre monde un complice indiscret. Chambers et ses associés furent finalement arrêtés au mois de juin 1835. Au premier procès tenu le 25 septembre devant le juge en chef Jonathan Sewell, Chambers fut acquitté. Il le fut de nouveau à son deuxième procès en mars 1836. Cinq mois plus tard il se vit arrêter une troisième fois. Waterworth témoigna pour la couronne contre lui, et, le 31 mars 1837, Chambers et Mathieu furent condamnés à être pendus pour vol avec effraction. Leur peine fut commuée par la suite en déportation, et, le 29 mai 1837, les deux condamnés, dûment enchaînés, furent embarqués pour la colonie pénale de la Nouvelle-Galles du Sud.

Admirateur de Frédéric Soulié, qu'il cite dans son ouvrage, Angers précise dans quel but d'utilité publique il a raconté les aventures de la bande : « Notre objet, écrit-il, n'est pas simplement de satisfaire la curiosité par le récit d'aventures extraordinaires, mais bien d'appeler l'attention du Législateur aux misères et aux souffrances de l'humanité, comme de soulever des questions de morale publique. »

« Peu de sociétés, poursuit-il, eu égard au nombre de la population, comptent autant de criminels que la nôtre », situation qu'Angers attribue « aux imperfections du code pénal, dont la sévérité est un gage certain d'impunité, à l'usage des peines afflictives et flétrissantes, au système pernicieux des prisons, au manque de maisons de refuge pour occuper les vagabonds, et de Pénitentiaires pour réformer les condamnés. » Son ouvrage est parsemé de réflexions sur la société de son temps, sur la mentalité du criminel et sur les anomalies de la justice ; le témoignage hautement contrit de Waterworth, ainsi que les commentaires ironiques de Chambers, sont copieusement cités dans le texte. Bref, le ton adopté par Angers rappelle, en dépit de l'évidente sincérité du jeune auteur, celui des feuilletonistes français de l'époque, menant vertueusement le procès de leur société en racontant les aventures horrifiantes de ses scélérats.

Il est évident que le récit d'Angers, ayant à peine les dimensions d'une nouvelle, n'a rien d'un roman-feuilleton. En réalité, il ne s'agit même pas d'un roman, les événements et les personnages du livre étant réels et non imaginés. L'on aurait donc tort d'y voir le premier roman canadien-français. En tant que récit romancé d'un épisode d'histoire sociale, cependant, les Révélations du crime restent un des ouvrages les plus lisibles et les plus répandus de la première moitié du XIXe siècle canadien. Réédité en 1867 par B. Sauvageau à Québec et traduit en anglais à Montréal la même année, le livre parut une troisième fois à Québec en 1880. C'est à partir de cette dernière édition, fidèle en tout point au premier texte, qu'a été établie l'édition moderne en fac-similé.

David M. HAYNE.

OEUVRES

LES RÉVÉLATIONS DU CRIME ou Cambray et ses complices. Chroniques canadiennes de 1834,

Québec, J.-B. Fréchette, 1837, 73 p.; l'Ère nouvelle, 25 juin-26 août 1858; Québec, B. Sauvageau, 1867, 62 p.; le Franc-Parleur, 13 octobre 1870-2 février 1871; Québec, [s.é.], 1880, 105 p.; le Saint-Laurent, 11 octobre-30 décembre 1898; Montréal, Réédition-Québec, [1969], XVII, 105 p. ; The Canadian Brigands. An Intensely Exciting Story of Crime in Quebec, Thirty Years ago ! , Montreal, R. Worthington, 1867, 31 p.

ETUDES

[ANONYME], « Nécrologie », la Minerve, 3 avril 1860, p. 3.

John HARE, Présentation de la réédition de 1969, p. I-XVII.

Pierre-Georges ROY, « la Bande de Chambers », les Cahiers des Dix, 3 (1938), p. 89-113.

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